L'agence Scope Ratings a réduit la perspective de la note de l'Etat belge.

Pour la première fois depuis le début de la crise politique qui paralyse l'Etat fédéral, une agence de notation a lancé un avertissement à la Belgique. Certes, Scope Ratings n'est qu'une toute petite agence d'évaluation financière, bien loin des trois géants du secteur que sont Moody's, S&P et Fitch. Mais son analyse de la qualité d'emprunteur de l'Etat belge mériterait l'attention des politiciens qui louvoient devant la difficulté de former une majorité fédérale.

Quand une crise politique commence à inquiéter des acteurs de la finance, ce n'est jamais bon signe.

Scope prend acte de l'aggravation du dérapage budgétaire. Selon l'agence de notation, ce dernier pourrait menacer le profil d'emprunteur fiable dont la Belgique bénéficie. La perspective de la note belge a donc été abaissée à "négative" au lieu de "stable". Si la situation ne s'améliore pas, Scope pourrait mettre sa menace à exécution et rétrograder le rating même de l'Etat belge. Un rating moins bon peut avoir des effets sur la charge d'intérêts d'un pays: quand les investisseurs estiment que le profil d'emprunteur d'un Etat se dégrade, ils exigent des intérêts plus élevés pour le risque pris en lui prêtant de l'argent. Résultat: le refinancement de la dette publique coûte plus cher.

Nous n'en sommes pas (encore?) là. Mais quand une crise politique commence à inquiéter des acteurs de la finance, ce n'est jamais bon signe. On se souviendra que lors de la crise de 2010-2011, qui avait valu à la Belgique le peu enviable record du monde de jours sans gouvernement, les taux d'intérêt des emprunts belges avaient grimpé en flèche. Le contexte était, certes, très différent avec la crise de la dette dans la zone euro. Mais l'inquiétude des investisseurs à l'égard de la Belgique avait finalement rappelé les politiciens à leurs responsabilités et un gouvernement avait été formé en moins d'un mois.

On ne connaîtra sans doute plus une telle pression des marchés, parce que les achats de la Banque centrale européenne ont tellement comprimé les taux d'intérêt qu'ils ont provoqué un aléa moral: les politiciens ne sont plus sous la menace d'une soudaine montée des taux. Sans la BCE, nous aurions peut-être un exécutif fédéral...

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