Baisser la TVA dans l’horeca ne sauvera pas la restauration

Seule une minorité de restaurants disposent d'une terrasse, ce qui limite les capacités du secteur tant que perdure la crise sanitaire. ©BELGA

La diminution à 6% de la TVA dans l’horeca devrait d'abord profiter aux restaurateurs. À condition toutefois qu’ils puissent accueillir davantage de clients.

Depuis le 8 mai et jusqu’au 30 septembre 2021, un taux de TVA limité à 6% (au lieu de 12%) s’applique dans l’horeca, pas seulement pour les repas, mais également pour les boissons. Objectif du gouvernement: donner un coup de pouce temporaire à un secteur frappé de plein fouet par la crise sanitaire.

6%
de TVA
Depuis le 8 mai et jusqu’au 30 septembre 2021, un taux de TVA limité à 6% s'applique dans l'Horeca.

D’après l’Ires, le service des études économiques de l’UCLouvain, ce geste devrait en premier lieu bénéficier aux établissements plutôt qu’aux consommateurs. Ce qui est d’ailleurs l’objectif principal de la mesure.

Par contre, prévient Jean Hindriks, professeur d’économie à l’UCLouvain et coauteur (avec Valerio Serse) de l’étude de l’Ires, "une fois la mesure adoptée, il n’est plus possible de revenir en arrière au niveau des prix". Autrement dit, une baisse temporaire de la TVA se traduit par une hausse durable des prix.

"Une baisse temporaire de la TVA se traduit par une hausse durable des prix."
Jean Hindriks
Professeur d'économie à l'UCLouvain

Les exemples français et finlandais

L’étude s’appuie sur l’expérience française où le gouvernement Fillon avait, en 2009, ramené la TVA dans l’Horeca de 19,6 à 5,5% avant de la relever progressivement à 10% en 2014. L’asymétrie suivante avait pu être observée: lorsque la TVA diminue, les prix baissent peu et c’est principalement le restaurateur qui empoche la marge ainsi dégagée; lorsque la TVA ensuite remonte, les prix augmentent plus fortement qu’ils n’ont baissé.

Les auteurs de l’étude ont également étudié la baisse de la TVA de 22 à 8% dans les salons de coiffure en Finlande en 2007. Cette baisse a été répercutée pour 40% sur le prix au client et pour 60% sur les profits des coiffeurs. En 2012, la TVA est revenue à 22%, ce qui a été répercuté pour 80% sur les prix des consommateurs contre 20% sur les bénéfices des coiffeurs.

Cette asymétrie s’explique par les coûts d’ajustement qui sont différents entre une baisse et une hausse de la production, la baisse étant plus facile à mettre en œuvre que la hausse. Pour un restaurateur, il est possible de réduire de moitié sa production à court terme, mais pas de la doubler.

Hindriks et Serse pointent cependant une exception, c’est le secteur de l’électricité. En 2014, la TVA était passée de 21 à 6% avant de remonter à 21% en 2015. À chaque fois, la variation s’est intégralement répercutée sur les prix à la consommation. Pourquoi? Parce qu’il s’agit d’un secteur en grande partie régulé (pour la distribution et le transport) et que de nombreux contrats de fourniture sont difficiles à modifier sur le court terme.

"La baisse de TVA rapportera aux restaurateurs s’ils peuvent faire du chiffre d’affaires. S’ils ne vendent pas de plats, ils ne peuvent pas réaliser de marges."
Jean Hindriks
Professeur d'économie à UCLouvain

Augmenter les capacités

Reste aussi à voir si diminuer la TVA peut réellement aider l’horeca à s’extraire de la très mauvaise situation dans laquelle il se trouve aujourd’hui. Jean Hindriks n’en est pas totalement convaincu. "Il faut s’attaquer au cœur du problème. Si le secteur va mal, ce n’est pas d’abord parce que les prix sont trop faibles, c’est parce que les capacités sont restreintes par les mesures sanitaires. La baisse de TVA rapportera aux restaurateurs s’ils peuvent faire du chiffre d’affaires. S’ils ne vendent pas de plats, ils ne peuvent pas réaliser de marges."

Pour permettre à la clientèle de revenir en masse, il faudrait selon lui pouvoir élargir les terrasses ou subsidier le matériel d'aération et de ventilation par exemple. Or une majorité des restaurants ne disposent même pas d’espace en terrasse.

Il reste donc à espérer que les assouplissements prévus à partir du 9 juin ainsi qu’une météo plus clémente puissent apporter aux restaurateurs le coup de pouce nécessaire pour accueillir davantage de clientèle.

Le résumé

  • La diminution à 6% de la TVA dans l’horeca devrait profiter en premier lieu aux restaurateurs.
  • À condition toutefois qu’ils aient la possibilité de réaliser du chiffre d'affaires.
  • Or les contraintes sanitaires actuelles bloquent les capacités des restaurateurs, notamment en terrasse.
  • Les expériences en France et en Finlande montrent qu'une baisse temporaire de la TVA se traduit par une hausse durable des prix.

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