interview

Bart De Smet (FEB): "Les politiques doivent passer à l'action"

Bart De Smet est devenu ce jeudi le nouveau président de la Fédération des Entreprises de Belgique.

Bart De Smet est devenu ce jeudi président de la Fédération des Entreprises de Belgique (FEB). À 62 ans, celui qui pilote le groupe d’assurances Ageas n’entend pas faire de la figuration en succédant à Bernard Gilliot au poste de "patron des patrons".

Dans cette nouvelle fonction, il entend bien mettre à profit son expérience de faiseur de compromis. Son credo: rassembler des partenaires autour d’ambitions communes pour réaliser de grandes choses. La polarisation nord-sud, employeurs-travailleurs ou encore politiques-citoyens, il ne veut pas en entendre parler. Si l’absence de gouvernement fédéral le préoccupe, il se refuse à fustiger des hommes politiques, dont la tâche n’est pas aisée. Rencontre.

Quelles sont vos intentions en tant que président de la FEB pour les trois prochaines années?

Mon message principal est que nous devons avoir beaucoup plus d’ambitions en Belgique pour l’horizon 2030, année où le pays fêtera son bicentenaire. En dix ans, on peut penser à beaucoup de choses d’un point de vue stratégique, on dispose aussi de suffisamment de temps pour entamer des actions dont les résultats se feront ressentir. Nous devons entre autres avoir l’ambition de mieux nous positionner dans les classements internationaux, dans lesquels nous ne scorons pas toujours de manière optimale. Je veux nous faire revenir au top, car il y a d’autres petits pays qui y parviennent. A côté de cela, je compte insister sur le fait que des actions isolées des entreprises, du monde politique et des citoyens auront moins d’impact que si nous travaillons tous ensemble sur des projets communs.

Vous pensez en particulier au domaine socio-économique ou votre raisonnement est plus large?

C’est plus large étant donné les défis qui se présentent. Ça concerne l’énergie, la mobilité, la sécurité sociale, la migration…

Pour avancer sur tous ces points, un gouvernement fédéral serait nécessaire. Or la crise ne semble pas proche de son terme…

Si on continue à chercher une solution où chaque parti obtient tout ce qu’il souhaite, on ne va pas y arriver.
Bart De Smet
Président de la FEB

C’est aussi le défi au niveau politique, si on continue à chercher une solution où chaque parti obtient tout ce qu’il souhaite, on ne va pas y arriver. Il faut voir quels sont les grands chantiers, les points sur lesquels tout le monde est d’accord et avancer sur cette base.

N’est-ce pas ce que les informateurs successifs font depuis des mois?

C’est un bon début. Maintenant, il n’y a que deux solutions. Soit on décide de dire que comme nous ne sommes pas d’accord, on ne fait rien. Soit on décide d’avancer sur certains points. Il faut passer à l’action au lieu de se concentrer sur les éléments de désaccords. 

La méthode ne semble malgré tout pas porter ses fruits…

J'espère et je pense que le sentiment d'urgence est désormais présent. De nouvelles élections constitueraient la seule alternative, mais elles ne vont pas nous rapprocher d’une solution.

Les hommes et femmes politiques portent-ils une part de responsabilité dans cette crise?

Je n’ai pas d’expérience, ni même d’ambition, en politique.
Bart De Smet
Président de la FEB

Je n’ai pas d’expérience, ni même d’ambition, en politique. J’ai par contre beaucoup de respect pour leur travail. Dans une entreprise, on peut définir une stratégie sans devoir penser à sa réélection quatre ans après, des débats internes peuvent aussi être menés, à l’écart des médias. En politique, avec l’évolution de la communication, ce sont des avantages qui ont disparu. Je ne vais certainement pas dire que la politique ne mène à rien et qu’on ne peut pas avancer. Notre rôle à la FEB est d’ailleurs d’apporter notre contribution sur certains contenus. Nous voulons être un partenaire du monde politique, pas un opposant.

Le processus de décision en Belgique a-t-il, comme le pensent certains, atteint ses limites?

Nous avons un système démocratique. Il y a des Etats qui le sont moins. Avec Ageas, qui est actif dans divers pays asiatiques, j’ai pu constater que la prise de décision est plus rapide car il y a moins de fragmentation politique. En Chine, ils ont construit un hôpital en dix jours! Cette prise de décision rapide a certes ses avantages, mais elle présente aussi des inconvénients. Certains de ces pays ne sont pas des vraies démocraties, n’ont ni la même liberté d'expression, ni un système social solide comme chez nous. Cela ne signifie toutefois pas que nous ne pouvons rien apprendre d'eux. Nous devons chercher des moyens d'accélérer notre prise de décision et de fournir plus de sécurité juridique. Tout comme une entreprise, un pays doit constamment se remettre en question et se demander si certaines procédures ou méthodes sont toujours les bonnes.

Votre prédécesseur Bernard Gilliot se disait choqué par l’immobilisme politique dans certaines matières. Vous partagez son constat?

Son analyse est la raison pour laquelle je lance un appel à l’ambition et la collaboration. Comme nous sommes partis actuellement, nous ne pouvons plus avancer. Au contraire, nous risquons de reculer d’année en année. Et pourtant, nous avons beaucoup d’atouts: beaucoup de personnes très bien formées et des entreprises solides. Ces dernières voient parfois leur développement freiné car elles ne trouvent pas suffisamment de personnel. C’est étrange, car seuls 70% des gens qui pourraient travailler sont effectivement au travail. Nous devons augmenter le taux d'emploi! Il n'y a pas trente-six façons de le faire: il faut réduire davantage les coûts salariaux et œuvrer à une plus grande flexibilité sur le marché du travail.

Une réforme de l’État vous semble être une option pour améliorer le processus décisionnel?

Toutes les structures doivent être examinées à un moment donné. Toutefois, si nous nous focalisons uniquement sur cet aspect, nous n’approcherons pas de solutions sur la mobilité ou l’énergie. Or, dans ces domaines, il est vraiment minuit moins cinq.

Pouvez-vous citer une autre de vos priorités pour les prochaines années?

Nous devons réfléchir à la manière dont nous pouvons présenter Bruxelles comme un centre financier. En raison du Brexit, Londres est devenue moins attrayante et en tant que capitale européenne, nous pouvons constituer une alternative. Avec Lloyd's et d'autres, nous avons pu attirer quelques acteurs. Si nous nous concentrons sur certaines niches, on devrait parvenir à des résultats.

N’est-il pas déjà trop tard pour cela? D’autres pays ont été plus actifs que nous…

Les véritables conséquences du Brexit doivent encore se faire sentir.
Bart De Smet
Président de la FEB

Non, il est encore temps. Les véritables conséquences du Brexit doivent encore se faire sentir. Une solution miracle n’existe pas et nous devons donc être créatifs. Ce qui importe le plus, c’est que les entreprises obtiennent des certitudes en matière de fiscalité. On ne peut pas changer les règles chaque année. Du côté européen, le renforcement des règlementations doit aussi être suivi avec attention, car cela effraye les investisseurs.

En tant que président de la FEB, vous allez présider les réunions du Groupe des Dix. Comment entendez-vous revitaliser l’organe suprême de la concertation sociale?

En tant que président, mon rôle sera surtout de rapprocher les points de vue des employeurs et des syndicats pour aboutir à des compromis. J’ai pris part depuis des années à la concertation sociale au sein de mon groupe, je ne suis donc pas un novice en la matière. La concertation est certes critiquée, mais elle reste le meilleur moyen de réglementer les relations de travail par le dialogue. Si nous l'abandonnons, nous laissons la balle au politique. Tout le monde tentera alors de faire avancer ses intérêts de son côté. En agissant de la sorte, on aurait beaucoup moins de contrôle sur le résultat final qu’en continuant à discuter entre employeurs et travailleurs. Délaisser la concertation serait un signe de faiblesse de notre part.

Ne craignez-vous pas de faire face à des organisations représentatives des travailleurs plus radicales dans leur approche ?

Je vais citer l’ancien Premier ministre Dehaene, en disant : "J’attaquerai les problèmes quand ils se poseront." La seule chose que je pense qu’on peut regretter jusqu’à présent, c’est que des propositions existaient pour augmenter le salaire minimum de 1,1%. C’est dommage que ça n’ait pas été accepté, car ceux qui auraient pu en bénéficier passent à côté. Le rôle que j’essayerai de jouer en tant que président du Groupe des 10 sera de mettre chacun face à ses responsabilités.

La FEB a 125 ans: "Modify or Mummify"

Le 13 février 1895, 183 entrepreneurs créaient la Fédération des Entreprises de Belgique. 125 ans plus tard, au jour près, l’organisation patronale a fêté en grande pompe son anniversaire à Bozar.

Pour son administrateur délégué, Pieter Timmermans, cette célébration a constitué l’occasion de jeter un regard sur le passé, mais surtout de présenter les grands projets de la FEB pour l’avenir. « Modify or Mummify ? That’s the question », a-t-il lancé devant un parterre de près de 2.500 invités.

Pour la prochaine décennie, l’organisation a adopté une nouvelle vision, une nouvelle stratégie et un nouveau logo. Dans les grandes lignes, elle entend désormais se concentrer particulièrement sur trois éléments : le community building, le fait d’être un acteur pertinent au niveau sociétal et enfin la notion d’advocacy, autrement dit la défense constructive des intérêts de la Belgique entrepreneuriale.

Au-delà de cette stratégie, Timmermans a appelé à faire évoluer la concertation sociale belge d’un modèle d’opposition vers un modèle de partenariat.  «Les défaillances systémiques doivent disparaître. C’est pourquoi la FEB a tracé ces derniers mois les contours d’un nouveau modèle de concertation», a-t-il expliqué. Sans donner plus de détail sur sa proposition, il a invité les syndicats à en discuter. « C’est une main tendue, je veux un débat de fond et discret pour voir ce qui est possible et ce qui ne l’est pas. C’est dans l’intérêt de nos membres, mais aussi des leurs


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