Bouchez relance le débat sur un revenu universel

Georges-Louis Bouchez (MR) lance au sein de son parti le débat sur le revenu universel. ©Wouter Van Vooren

L'allocation universelle pourrait être un élément de base d'un nouveau pacte social et fiscal à l'horizon 2030, estime le président du MR.

C’est un débat très ancien qui de temps à autre refait surface, et pas toujours là où on l’attend. Cette fois en effet, c’est le MR, par la voix de son président Georges-Louis Bouchez, qui plaide pour l’instauration de l’allocation universelle. Appelé aussi revenu de base, le principe consiste à verser une allocation chaque mois à tous les citoyens, sans condition de ressource ni obligation de travail.

Il s’agit d’une idée qui ne fait pas partie du programme du MR mais sur laquelle Bouchez voudrait lancer le débat dans le cadre d’un nouveau pacte social et fiscal belge qu’il souhaiterait voir aboutir en 2030, pour les 200 ans de la Belgique. Dans son discours de Nouvel-An, Bouchez avait d’ailleurs suggéré de soumettre un tel pacte à une consultation populaire nationale.

Jeudi soir, Bouchez a débattu de l’allocation universelle avec l’ancien candidat socialiste à la présidentielle française Benoît Hamon et le philosophe libéral français Gaspard Koenig, tous deux acquis au principe.

1.000
euros
Georges-Louis Bouchez plaide pour un revenu universel de 1.000 euros par mois.

Que propose le patron du MR concrètement ? Dans son livre "L’aurore d’un nouveau monde", il plaide pour un montant de 1.000 euros par mois, ce qui revient à environ 100 milliards d’euros par an. L’allocation universelle se substituerait à toutes les autres allocations (chômage, pensions, allocations familiales, bourses d’études, etc.). D’après Bouchez, l’opération s’autofinancerait ainsi à hauteur de 70%.

"On pourrait décider de travailler, mais aussi de se former, d’entreprendre ou de se consacrer à d’autres besoins dans la société."
Georges-Louis Bouchez
Président du MR

Dressant le constat de "l’échec des stratégies de redistribution de la social-démocratie", Benoît Hamon plaide, lui, pour un montant de 750 euros. "Mais pas du jour au lendemain. Il faut construire cela pierre par pierre, comme on a bâti la sécurité sociale après la guerre."

Les promoteurs du système y voient un puissant moyen de lutte contre la précarité. "C’est aussi une forme de liberté retrouvée", assure Bouchez. "On pourrait décider de travailler, mais aussi de se former, d’entreprendre ou de se consacrer à d’autres besoins dans la société."

Deux modèles

C’est le modèle libéral. À gauche, on préfère généralement un modèle avec un revenu plus modeste, aux alentours de 500-600 euros, mais qui coexisterait avec la sécurité sociale. Une personne qui serait au chômage toucherait ainsi le revenu universel, de même qu’un pourcentage du salaire de l’emploi qu’elle aurait perdu.

"La sécurité sociale protège mieux des risques de la vie qu’une espèce de revenu forfaitaire pour tous."
Marie-Hélène Ska
Secrétaire générale de la CSC

C’est précisément le sort de la sécurité sociale qui, dans ce débat, préoccupe les syndicats. "Nous pensons que la sécurité sociale protège mieux des risques de la vie qu’une espèce de revenu forfaitaire pour tous", indique la secrétaire générale de la CSC Marie-Hélène Ska.

Par contre, elle estime qu’il serait utile de plancher sur l’instauration d’une branche de la sécurité sociale dédiée aux jeunes, à l’instar de la pension pour les plus de 65 ans. "Les jeunes passent souvent à travers les mailles du filet de la sécurité sociale, parce que tout est très compliqué pour eux, et ils ont dès lors du mal à accéder à l’indépendance financière." Or les jeunes ont été particulièrement touchés financièrement par la crise sanitaire.

De son côté, Ecolo avait, en début d’année, suggéré d’instaurer une allocation universelle de 300 à 400 euros par mois pour les jeunes, proposition aussitôt écartée par les partenaires de la Vivaldi…

Cout budgétaire

Deux autres inconvénients de l’allocation universelle sont régulièrement cités : le coût budgétaire et le désincitant au travail. Concernant la charge budgétaire, Mateo Alaluf, professeur émérite de l’ULB, avait évalué le coût d’une allocation de 500 euros par mois à 10 milliards d’euros (2,4% du PIB) en plus des dépenses courantes de la sécurité sociale.

De son côté, Jacques Autenne, professeur émérite de l’UCLouvain et ancien membre du Conseil supérieur des Finances, juge impensable "que l’État continue à financer largement une sécurité sociale pour accorder des revenus de remplacement (chômage, pensions, invalidité) qui se cumuleraient avec l’octroi d’une allocation universelle".

Le travail dévalorisé?

L’autre problème, c’est celui du désincitant au travail. "Nous nous efforçons par tous les moyens de relever le taux de participation de la population en âge de travailler afin de financer le vieillissement de la population. L’allocation universelle va venir torpiller ces efforts", prévient Koen De Leus, économiste en chef chez BNPP Fortis. Pire, certains seraient tentés de travailler au noir en plus de l’allocation qu’ils toucheraient.

"Le revenu universel risque de torpiller les efforts de relèvement du taux de participation au travail."
Koen De Leus
Chief economist BNPP Fortis

Georges-Louis Bouchez ne partage pas cette analyse : "Avec le revenu universel, il n’y aura plus de pièges à l’emploi, au contraire puisque celui qui décide de travailler verra son revenu augmenter."

La Finlande a tenté l’expérience à une échelle limitée, celle des demandeurs d’emploi. Le résultat s’est avéré décevant pour ce qui est du retour à l’emploi, mais bénéfique en termes de santé mentale des individus.

Plus fondamentalement, Jacques Autenne pense que pour assurer une meilleure justice fiscale et sociale - puisque telle est l’ambition de Georges-Louis Bouchez à l’horizon 2030 - il faudrait d’urgence commencer par "mettre fin au mal fiscal belge" en réinstaurant une progressivité de l’impôt des personnes physiques. En étalant davantage les tranches d’imposition, on éviterait que les moyens revenus ne soient matraqués fiscalement comme c’est le cas aujourd’hui.

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