Brexit et guerre commerciale plombent le ciel conjoncturel belge

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Selon le Bureau fédéral du plan, la détérioration du commerce international pèse sur la croissance économique de la Belgique. Les prévisions de croissance pour l'année en cours et l'année suivante ont ainsi été revues à la baisse.

Le Bureau du plan a une nouvelle fois revu à la baisse ses prévisions de croissance pour l’année en cours et l’année prochaine, passant désormais de 1,3% (en juin dernier) à 1,1% pour 2019 et 2020. En cause, la détérioration du commerce international, qui pèse sur l’économie belge. Ces nouveaux chiffres sont repris dans le "budget économique", un exercice destiné à fournir un cadre macroéconomique de référence pour la confection du budget.

C’est assurément une mauvaise nouvelle pour les partis politiques qui seront amenés à s’asseoir à la table des négociations gouvernementales. D’autant plus que pendant ce temps-là, le budget continue de filer inexorablement dans le rouge, comme l’a rappelé en début de semaine le Comité de monitoring.

Voyons dans le détail ce que prédit le Bureau du plan.

Croissance

10,8 milliards €
Le déficit attendu en 2020
D’après nos calculs, avec le fléchissement attendu de la croissance, le déficit devrait se creuser à 7,9 milliards en 2019 et 10,8 milliards en 2020. Soit 800 millions et 500 millions d’euros de plus que prévu.

La Belgique est, comme on le sait, une économie ouverte. Donc très sensible aux aléas de la conjoncture internationale. Or celle-ci subit de plus en plus lourdement les effets de la guerre commerciale à laquelle se livrent les Etats-Unis et la Chine, ainsi que l’incertitude complète qui plane autour du Brexit. S’ajoute à cela, selon le Bureau du plan, "la défiance à l’égard de la politique budgétaire de certains pays de la zone euro", visant notamment (sans la citer) l’Italie. Bref, on comprend pourquoi il n’y a pas grand-chose à attendre des exportations pour soutenir la croissance.

Heureusement, on pourra compenser en partie avec une demande intérieure soutenue. Le revenu disponible des ménages devrait en effet augmenter de 2,4% en 2019 et de 1,5% en 2020 (après 1,2% en 2018). Merci au tax shift, à l’indexation automatique des salaires et au ralentissement de l’inflation. De leur côté, les entreprises vont continuer à investir (hausse de 3,5% en 2019 et de 1,4% en 2020). Pourquoi? Parce qu’elles affichent une rentabilité élevée et qu’elles plafonnent en terme d’utilisation des capacités de production.

Emploi

En dépit de la croissance molle qui se profile, l’économie belge continuera de créer des emplois. Plus autant certes que les 226.000 postes créés de 2015 à 2018. Le Bureau du plan table néanmoins sur 62.000 emplois en 2019 et 37.000 en 2020. Soit près de 100.000 en deux ans. Parallèlement, le taux de chômage (définition Eurostat) baissera à 5,5% tant en 2019 qu’en 2020.

Inflation

Deux mouvements opposés pèseront sur l’évolution des prix. D’une part, "la croissance du coût du travail s’est nettement accélérée depuis 2017", observe le Bureau du plan. Ce qui a eu pour effet d’alimenter l’inflation sous-jacente cette année et l’année prochaine. D’autre part, cette pression à la hausse sur l’inflation est plus que compensée par la baisse des prix de l’énergie. C’est valable pour le pétrole, le gaz naturel et l’électricité, qui devraient rester sous leur niveau de fin 2018. L’inflation, qui a encore atteint 2,1% l’année passée, devrait ainsi retomber à 1,5% en 2019 et à 1,4% en 2020. L’indice pivot actuel, qui déclenche la hausse des traitements de la fonction publique et des allocations sociales, ne devrait pas être dépassé avant janvier 2020.

Budget

Tout cela, on s’en doute, n’augure rien de bon pour les finances publiques. Jusqu’ici, le déficit était estimé à 7,1 milliards d’euros cette année et 10,3 milliards l’an prochain. D’après nos calculs, avec le fléchissement attendu de la croissance, le déficit devrait se creuser à 7,9 milliards en 2019 et 10,8 milliards en 2020. Soit 800 millions et 500 millions d’euros de plus que prévu.

Et encore, l’État belge peut s’estimer heureux de pouvoir compter sur des taux planchers pour couvrir ses besoins de financement. Le Bureau du plan voit les taux d’intérêt à long terme (OLO, 10 ans) passer de 0,7% en 2018 à 0,1% seulement en 2019 et -0,2% en 2020. Autrement dit, emprunter deviendra rentable.

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