Brutélé suspend les négociations pour la cession de ses parts dans Voo

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Le conseil d'administration de Brutélé suspend les négociations avec la maison-mère de Nethys dans l'objectif de lui céder les parts de Voo que détiennent les 30 communes associées. Certains actionnaires bruxellois de l’intercommunale Brutélé ont remis la vente de leurs actifs en question, faute d’informations sur l’accord passé avec le fonds d’investissement Providence. La date butoir du 24 octobre n'est pas tenable, selon Didier Gosuin.

Un conseil d'administration de la plus haute importance se tenait ce mardi soir chez Brutélé. Le conseil d'administration, qui affirme n'avoir "à aucun moment" été informé de la conclusion d'un accord avec un repreneur, ni de l'identité de celui-ci, a décidé de suspendre les tractations avec Enodia, la coupole chapeautant Nethys, pour que les actionnaires de Brutélé lui cèdent leurs parts dans l'optique d'une vente de VOO aux Américains de Providence.  "Ce n'est qu'une fois en possession de tous ces éléments que le conseil d'administration pourra se déterminer et conseiller au mieux les communes associées", indique-t-on chez Brutélé. "Dans l'attente de ces informations, les négociations sont suspendues.

"Nous n'allons pas nous faire plumer"  

Cela fait des semaines que les 30 actionnaires wallons et bruxellois de l’intercommunale Brutélé, qui exploite avec Enodia la marque Voo, se concertent sur la vente de leur réseau. Avec un objectif évident: en obtenir le meilleur prix. Parmi eux, six communes bruxelloises où l’on a peu apprécié d’apprendre qu’Enodia avait signé une offre liante avec le fonds Providence, conditionnée par la vente de Brutélé. On rappelle que le scénario dominant veut que Brutélé soit vendue à Enodia avant que l’ensemble puisse être racheté à un opérateur privé. C’est dans cette perspective que Brutélé est occupée à estimer la valeur de ses actifs.

"Il n'y aura pas de décision du conseil communal d'Auderghem sans vue globale sur le dossier."
Didier Gosuin (DéFI)
Bourgmestre d'Auderghem

"Je n’ai pas de problème avec le principe d’une vente, pas non plus avec celui de vendre avec Nethys (Enodia), j’ai beaucoup plus de problèmes avec l’idée de vendre à un groupe qui nous est imposé par Nethys, s’interroge aujourd’hui Damien De Keyser (cdH), administrateur chez Brutélé pour Woluwe-Saint-Pierre. A la lecture de la presse, j’ai l’impression qu’on a surtout cherché à défendre les intérêts liégeois. Nous sommes en faveur d’une vente, mais je ne suis pas si sûr que les conditions sont les meilleures pour Brutélé, qui n’a pas été associée. L’opacité est telle qu’il est impossible de conclure un deal dans ces conditions."

Didier Gosuin dénonce un conflit d’intérêts

©Thierry du Bois

Didier Gosuin (DéFi), bourgmestre d’Auderghem, autre commune actionnaire, abonde et dénonce "l’opacité la plus totale" de ce dossier. Il réclame la plus grande transparence afin que sa commune dispose d’une "vue complète du dossier". "Nous voulons une évaluation neutre et indépendante de la valorisation de Brutélé, ajoute-t-il. Or je constate que PwC, chargée par Brutélé de cette évaluation, est également intervenue entre Enodia et Providence. Il y a là un risque de conflit d’intérêts qui n’est pas acceptable. Il faut mettre tout à plat. Il n’y aura pas de décision du conseil communal d’Auderghem sans vue globale sur le dossier. Pour moi la date du 24 octobre n’est pas tenable, nous n’allons pas nous faire plumer parce que M. Moreau passe des accords dans notre dos."

Le deal Enodia-Providence pour la vente de 50% plus une action de Voo est conditionné à un accord sur le rachat de Brutélé avant le 24 octobre. Celui-ci doit passer par un vote dans chaque conseil communal concerné. Ce mardi, le conseil d’administration de Brutélé doit faire la clarté sur les dernières évolutions du dossier.

"J'ai l'impression qu'on a surtout cherché à défendre les intérêts liégeois, je ne suis pas sûr que les conditions soient les meilleurs pour Brutélé."
Damien De Keyser (cdH)
Echevin à Woluwe-Saint-Pierre

Se passer de Nethys ?

"J’ai demandé à celui qui me représente chez Brutélé de rester très prudent et de demander des éclaircissements. Dans ce dossier, il faut faire attention à ne pas se faire flouer et à vendre au bon prix", pointe Paul Furlan, bourgmestre PS de la commune actionnaire de Thuin. Ainsi, avant de se prononcer sur la vente, il souhaiterait entendre la position de la tutelle régionale. "Brutélé est une intercommunale. Il serait intéressant de connaître la position du ministre de tutelle Pierre-Yves Dermagne sur l’opération. Celle-ci a-t-elle été correctement menée au niveau de la gouvernance?", s’interroge l’ancien ministre.

Paul Furlan se demande par ailleurs s’il est vraiment bien intéressant de passer par Nethys pour revendre Brutélé. "Si le prix que nous offre Nethys est correct, pourquoi pas. Mais si c’est pour qu’ils fassent une plus-value dans notre dos en revendant l’actif à un groupe américain, autant le faire nous-mêmes sans passer par un intermédiaire. Je m’interroge également sur l’avenir du personnel. Que deviendra-t-il si Enodia vend Brutélé à un groupe américain?"

La Ville de Charleroi, gros actionnaire de Brutélé, se montre prudente. "La position de la ville est d’autoriser la cession pour autant que le produit de la vente puisse être utilisé pour réaliser des investissements productifs et pas pour se désendetter", indique Eric Goffart, échevin C+ à la ville de Charleroi.

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