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analyse

C'est quoi être riche, M. Bouchez?

"Si vous gagnez 3, 4, 5 ou 6.000 euros par mois et que vous avez une famille, vous n'êtes pas quelqu'un de riche", selon Georges-Louis Bouchez. Mais qu'est-ce qu'être riche?

Qu'est-ce qu'être riche? À partir de quel revenu, de quel patrimoine, est-on considéré comme tel? Vaste et difficile question.

Ce sont les propos tenus par le président du MR Georges-Louis Bouchez ce week-end sur le plateau de la VRT qui ont attisé notre curiosité. Car si la notion de pauvreté est largement documentée, la notion de "seuil de richesse", elle, est pratiquement absente de la littérature scientifique.

Nous ne parlons pas ici des millionnaires (la Belgique en comptait 133.000 en 2020). Mais de ceux du haut de la fourchette dont parle M. Bouchez. Il nous le répète: "Non, on n'est pas riche avec 6.000 euros net. On peut avoir de l'aisance, parce qu'on travaille pour cela, sans pour autant être riche. Être riche, c'est pouvoir se passer de travailler du jour au lendemain."

Avec 5.000 ou 6.000 euros net par mois, on n'est pas riche, alors?

10% des Belges gagnent plus de 5.880 euros brut par mois

D'abord, les chiffres.

En bas de l'échelle, le seuil de pauvreté est fixé à 60% du revenu médian net, selon les normes européennes. En Belgique, il tourne autour de 1.300 euros net pour une personne isolée sans charge de famille. 15% de la population belge se trouve dans cette situation.

3.486
euros
C'est le salaire brut médian en Belgique pour les personnes travaillant à temps plein.

Le salaire médian brut pour un travailleur à temps plein est de 3.486 euros, selon Statbel. Cela signifie que 50% de la population gagne moins que ce salaire, 50% plus. 43% de tous les travailleurs gagnent un montant brut qui se situe entre 2.500 euros et 3.750 euros par mois.

Dans la part de ceux qui gagnent plus, se logent de fortes disparités de revenus. Ainsi, 10% de la population seulement gagnent plus de 5.886 euros brut par mois. Là aussi, il y a un contraste important entre, par exemple, les revenus d'un professeur d'université en fin de carrière et ceux d'un millionnaire.

Le salaire ne suffit pas

Certains économistes ont tenté de définir un seuil de richesse, en écho au seuil de pauvreté: une personne gagnant 50% de plus que le revenu médian net serait à considérer comme riche. Mais cette corrélation suppose que la richesse, comme la pauvreté, dépend de l'évolution du revenu médian du pays. Or, si ce dernier diminue (crise économique par exemple), vous pourriez vous retrouver dans la catégorie "riche" sans gagner un euro de plus, et inversement.

"Les études montrent que plus on grimpe dans l'échelle des revenus, plus on tire parti des dépenses assumées par la collectivité."
Philippe Defeyt
Économiste

Et puis, le salaire seul ne suffit pas à définir la richesse d'un individu. Son patrimoine (financier et immobilier) entre également en ligne de compte. La Banque nationale évalue le patrimoine médian des ménages belges à 212.500 euros.

Pour le dire autrement: un salarié disposant d'un revenu de 5.000 euros nets, qui paye des charges importantes pour son logement et qui n'a pas de patrimoine financier n'est pas nécessairement plus riche qu'un salarié qui gagne 4.000 euros nets mais qui a fini de payer sa maison et bénéficie de placements financiers et/ou d'avantages en nature comme une voiture de société par exemple.

"On a toujours l'impression que le riche, c'est celui qui gagne plus que soi"

"C'est le paradoxe du pêcheur de l'Île de Ré", résume l'économiste Philippe Defeyt: il dispose d'un très petit revenu, mais sa maison vaut une fortune". Il épingle aussi "l'effet Matthieu", cette théorie des sciences sociales tirée de l'évangile du même nom, qui dit que "à celui qui a, il sera beaucoup donné et il vivra dans l'abondance". "Les études montrent que plus on grimpe dans l'échelle des revenus, plus on tire parti des dépenses assumées par la collectivité: davantage d'activités culturelles, des études plus longues, davantage de médecine préventive, etc."

"La notion de richesse est indéfinissable et cela a de toute façon peu d'intérêt de la définir, au contraire de la pauvreté, qui nécessite qu'on la combatte."
Philippe Van Parijs
Économiste et philosophe

Et puis, la richesse est aussi affaire de perception. "Un couple d'enseignants avec une certaine ancienneté se situe très haut dans l'échelle des revenus, mais ne le perçoit pas forcément comme tel, parce qu'il s'est habitué à son niveau de vie", nuance encore Philippe Defeyt. Enfin, la stabilité du revenu dont on dispose influence également beaucoup la perception que l'on a de la qualité de son revenu. Un indépendant qui gagne 3.500 euros nets chaque mois sur une année sait que l'année d'après ne sera pas forcément aussi fructueuse, au contraire d'un salarié qui sait à quoi s'attendre.

On ajoutera que le bien-être lié aux conditions de vie (et de travail) ne se calcule pas en euros, mais peut influencer la perception d'un juste revenu.

On l'a compris, la notion de richesse est difficile à cerner. Elle est relative. "Par rapport à un pays comme la Bulgarie, la Belgique est un pays riche. Mais par rapport à la Flandre, la Wallonie est pauvre", expose Philippe Van Parijs, économiste et philosophe, notamment connu pour ses publications sur l'idée de revenu universel. "On a toujours l'impression que le riche, c'est celui qui gagne plus que soi. La notion de richesse est indéfinissable et cela a de toute façon peu d'intérêt de la définir, au contraire de la pauvreté, qui nécessite qu'on la combatte."

Le résumé

  • "On n'est pas riche quand on gagne 6.000 euros net par mois", estime le président du MR.
  • À partir de quel seuil de revenus peut-on être considéré comme riche, alors?
  • Question délicate, que la science économique a peu explorée.

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