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Cette fois, c'est vraiment différent

Chroniqueur, newsmanager

Faut-il avoir peur de s'endetter?

Dans le cadre de cette crise du coronavirus, la dette publique belge est en train d’exploser. Elle a dépassé pour la première fois le cap des 500 milliards d’euros, grimpant à quelque 115% du produit intérieur brut (PIB), le plus haut niveau depuis 1999.

Est-ce grave, docteur ? La réponse à cette question est venue la semaine dernière lors des réunions du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale. Aujourd’hui, les États doivent tout mettre en œuvre, absolument tout, pour éviter une longue et profonde récession  économique. Ils doivent mobiliser des ressources pour les soins de santé, soutenir l'économie et entretenir une confiance sérieusement ébranlée. Et tout cela passe par un endettement accru. Et dans la mesure où les taux d’intérêt se situent à des niveaux négatifs dans certains pays - c’est le cas en Belgique -, cela facilite grandement les choses. Ce discours est tenu par les responsables du FMI, une organisation qui a pourtant défendu pendant des décennies des mesures d’austérité et d’orthodoxie budgétaire. Visiblement, cette crise du coronavirus  a renversé quelques forteresses dans la pensée des institutions de Washington. "L’austérité a été enterrée", ont même clamé certains.

Peut-on s'endetter massivement face à cette crise? La réponse est oui. Elle est venue du très rigoureux FMI.

Même la cheffe économiste de la Banque mondiale Carmen Reinhart a viré sa cuti. Cette économiste de haut vol avait rédigé en 2009 avec Ken Rogoff l’ouvrage "Cette fois, c’est différent. Huit siècles de folie financière" où l’accumulation de dettes était dénoncée, surtout quand la dette publique dépasse les 90% du PIB. En visite à Bruxelles en 2013, elle avait même eu cette petite phrase d’avertissement à l’adresse des Belges et de leur dette à 100% du PIB: "Yes, be afraid !".

Aujourd’hui, face à la pandémie, son discours a radicalement changé. "C’est une guerre", dit-elle. Et dans une guerre, les pays peuvent s’endetter massivement. Ce n’est que lorsqu’elle sera gagnée qu’il s’agira de voir qui paiera quoi.

Alors, au final, les banques centrales devront-elles éponger les dettes publiques ou les conserver indéfiniment en portefeuille? Faudra-t-il imaginer de calculer un niveau de dette hors-Covid ? Cela n'est pas à exclure. Après tout, ce virus est un événement extraordinaire qui a frappé la planète entière. Cette crise nécessite des solutions nouvelles. Car, cette fois, c'est vraiment différent...

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