analyse

Comment faire redémarrer la compétitivité de la Belgique?

Le secrétaire général de l'OCDE, José Ángel Gurría, a remis à Wouter Beke le rapport qui se penche sur les causes du ralentissement de la croissance de la productivité en Belgique. ©BELGA

La Belgique est l'une des économies les plus compétitives au monde. Mais, elle risque de perdre toute son avance alors que le moteur de la croissance de sa compétitivité s'est grippé durant les années 90. Un rapport de l'OCDE livre des pistes pour le relancer. Dans le viseur, principalement les services.

C'est, en quelque sorte, l'histoire d'une longueur d'avance en train de se perdre. Une avance vantée et vendue comme l'un des acquis de la Belgique - son chocolat, ses bières, son système de santé et la productivité de ses travailleurs.

Sauf que cet acquis inquiète depuis quelques années déjà, la croissance de la productivité freinant davantage en Belgique que dans la plupart des autres pays de la zone OCDE. Ce qui a poussé le ministre de l'Emploi et de l'Économie, le CD&V Kris Peeters, depuis peu remplacé par son président de parti Wouter Beke, à instaurer un Conseil de la compétitivité. Et à commander une étude sur le sujet à l'OCDE, qui vient de remettre sa copie. D'où la présence, ce lundi après-midi, de son secrétaire général, José Ángel Gurría, au cabinet de Wouter Beke. 

Que dit-elle cette étude, première du genre? Ceci.

Une belle histoire

"That's the good part of the story", plaisante José Ángel Gurría. Car oui, l'OCDE confirme les bonnes performances belges, qui font de la Belgique une des économies les plus productives au monde. "En une heure, un travailleur belge crée 35% de valeur en plus qu'un travailleur moyen des pays de l'OCDE", se félicite Wouter Beke. Un statut qui ne navigue pas seul et est accompagné d'une flopée d'avantages: salaires élevés, bon équilibre général entre vie privée et vie professionnelle, citoyens bien formés, entreprises lancées dans la digitalisation, etc. 

Mais il y a un "mais"

"However", poursuit le riant secrétaire général. Car oui, il y a un "mais". Et un fameux. Si le recul du taux de la croissance de la productivité est un mal généralisé, qui frappe partout dans le monde, la Belgique est particulièrement touchée. Jugez plutôt. Entre 1980 et 1998, la productivité belge grimpait, bon an, mal an, de 2,1%, au même rythme que celle de ses voisins (Allemagne, France et Pays-Bas) ou celle des pays à hauts revenus de la zone OCDE. Depuis, cette croissance annuelle est tombée à 0,8%, contre 1% pour les voisins et 1,4% dans les pays à hauts revenus de la zone OCDE. Un recul qui fait encore plus mal si l'on se penche sur la dernière décennie: entre 2007 et 2018, la productivité n'a crû que de 0,3% par an en Belgique. Si la Belgique avait gardé ce rythme de 2,1%, sa productivité serait de 20% à 25% plus élevée à l'heure actuelle.

"Les citoyens belges en paient déjà le prix."
OCDE

"Les citoyens belges en paient déjà le prix", relève l'OCDE, pointant notamment les salaires réels, qui n'ont augmenté que d'un petit 0,5% par an durant la dernière décennie. Avertissement à la clef: le statut de pays à hauts revenus de la Belgique est en danger. "Les entreprises acceptent de payer des salaires plus élevés si elles savent que la productivité est au rendez-vous. Mais si celle-ci flanche...", résume José Ángel Gurría. 

D'où vient cette mauvaise performance? Elle est essentiellement due au marché des services, argumente l'OCDE - services qui pèsent tout de même entre 70% et 80% des économies de la zone OCDE. "Ce secteur manque cruellement de dynamisme, dépeint José Ángel Gurría. Peu d'entreprises y rentrent, peu en sortent et les travailleurs restent longtemps à leur poste. C'est là le revers de la stabilité: la concurrence fait défaut."

Un plan d'action en sept points

Afin de remettre la compétitivité belge sur les rails, l'OCDE avance un plan d'action en sept points, dont certains affichent un petit air de déjà-vu. 

  1. Concurrence. Pour l'OCDE, la Belgique ferait bien d'injecter davantage de concurrence sur le marché des services, principalement dans les secteurs où la régulation est costaude (avocats, notaires, comptables, architectes ou encore agents immobiliers). Un refrain déjà entonné par la Commission européenne. Ce qui implique également de soumettre les modifications législatives à venir à la sagacité du Conseil de compétitivité.
  2. Recherche et développement. La Belgique consacre beaucoup d'argent à soutenir la R&D, sans que cela se traduise en compétitivité. L'OCDE invite donc la Belgique à mieux cibler sa politique de soutien - l'Europe disait la même chose le mois dernier.
  3. Capital à risque. La Belgique n'est guère un pays de "venture capital", souligne l'OCDE, qui suggère d'inciter davantage à la prise de risque.
  4. Mobilité des travailleurs. "Protect the workers, not the jobs": telle est la formule de José Ángel Gurría, qui plaide pour un marché du travail plus flexible.
  5. Formation. "Toute entreprise devrait être une école", glisse le secrétaire général de l'OCDE. En soulignant le paradoxe qui sévit à peu près partout: les travailleurs bien formés ont nettement plus accès à des programmes de formation.
  6. Négociations salariales. L'OCDE plaide pour une certaine décentralisation de la concertation sociale et une réduction du poids de l'ancienneté dans la formation du salaire. "C’est aux partenaires sociaux de se saisir du sujet", insiste l’OCDE.
  7. Investissements. Cela a été dit, redit, et plus encore. La Belgique doit relancer la machine à investissements publics. Principalement dans les infrastructures digitales et de transport, suggère l'OCDE, de même que dans le financement des universités.

Un plan qui devra être minutieusement examiné par le prochain gouvernement, estime Wouter Beke. Qui se montre déjà prudent, sur le terrain de la concertation sociale, en rappelant que notre mode de concertation sociale a tendance à réduire les inégalités de revenus. 

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