Comment la Belgique affronte la vague de chômage

Chez Actiris, on se dit prêt à accueillir le personnel de Swissport menacé de licenciement. ©Photo News

Les offices régionaux de l’emploi misent sur la digitalisation et une réorganisation de leurs effectifs.

La Banque nationale a annoncé lundi 186.000 chômeurs supplémentaires d’ici la fin de l’année. Un fameux défi pour les offices régionaux de l’emploi.

Au Forem, en Wallonie, on observe déjà sur les mois de mars, avril et mai 30.000 nouveaux inscrits supplémentaires par rapport à l’an dernier. Parmi ceux-ci, beaucoup d’intérimaires et de CDD dont les contrats n’ont pas été prolongés ou renouvelés. Le chômage temporaire a limité jusqu'ici les licenciements secs.

"La charge de travail de nos conseillers va plus que doubler."
Grégor Chapelle
directeur d'Actiris

Chez Actiris, à Bruxelles, on attend au minimum 31.000 nouveau inscrits en plus d’ici la fin de l’année (la fédération patronale BECI parle de 52.000). Ceux-ci viendront s’ajouter aux 25.000 nouveaux arrivants habituels (jeunes diplômés surtout). "Autrement dit, la charge de travail de nos conseillers va plus que doubler", annonce le directeur d’Actiris, Grégor Chapelle. Voilà pour le diagnostic.

 

Quelles sont les réponses qui seront apportées par les offices régionaux ? Au Forem, une équipe de 70 conseillers prendra en charge la mission d’accompagner sans délai les travailleurs venant de perdre leur emploi. "Nous voulons les saisir au vol en leur proposant dans les 48 heures une série de démarches pour retrouver rapidement un emploi", explique Marie-Kristine Vanbockestal, administratrice générale du Forem.

70
conseillers
Au Forem, on a détaché 70 conseillers pour accompagner les nouveaux demandeurs d'emploi.

Ces 70 conseillers volontaires proviennent du pool de plus de 1.000 conseillers du Forem. Au mois de mai, 5.100 personnes ont ainsi été "screenées" au cours des trois premières semaines, tandis que 2.575 ont été reçues au cours de la quatrième semaine. "Deux tiers de ces personnes sont tout de suite réorientables et ont reçu chacune au moins une offre d’emploi. Sur les 5.100 des trois premières semaines, 140 ont retrouvé du travail", signale Marie-Kristine Vanbockestal.

Quant au tiers restant, ce sont des personnes en général peu qualifiées qui seront dirigées vers un accompagnement plus long.

ÉDITO | Saisir au vol

Digitalisation

Chez Actiris également, on renforce en urgence les équipes de première ligne en procédant à des réallocations de ressources. Des conseillers de la direction des services aux employeurs et de la direction de la disponibilité des chômeurs notamment viendront renforcer - sur base volontaire - la première ligne. "Aux gens de Swissport qui se présenteront, nous voulons proposer dans les 24 heures un accompagnement en collaboration avec les services d’outplacement des agences d’intérim avec lesquelles nous travaillons", assure Grégor Chapelle.

La digitalisation sera à cet égard d’un concours précieux. "Nous venions précisément de lancer début avril deux nouveaux outils, dont My Select Actiris, la plus grande base de données de talents bruxellois que les employeurs peuvent consulter directement sur leur smartphone, sans l’intervention d’un conseiller", se félicite Grégor Chapelle. De manière générale, l’accompagnement (diagnostic, sélection, etc.) se fera de plus en plus de manière digitale tandis que le présentiel sera réservé aux publics fragilisés.

"Il faut être lucide, je ne me vois pas solliciter des moyens supplémentaires."
Marie-Kristine
Van Bockestal

Au Forem également, on mise sur le digital pour libérer des ressources humaines. Rien ne dit toutefois que la réorganisation des offices régionaux de l’emploi suffira à absorber la vague de nouveaux demandeurs d’emploi. Marie-Kristine Vanbockestal admet qu’il sera difficile d’augmenter les effectifs dans le contexte actuel. "Il faut être lucide, je ne me vois pas solliciter des moyens supplémentaires alors que la Wallonie file vers un déficit d’un milliard d’euros."

À Bruxelles, Grégor Chapelle s’est adressé au ministre de tutelle. "Nous espérons des renforts car aucune organisation privée ne peut augmenter sa productivité de 100%, même en misant sur le digital."

Porte ouverte à la fraude?

L'Office national de l'emploi (Onem) a ouvert 1.692 enquêtes pour d'éventuels abus au système de chômage temporaire alors qu'un total de 139.605 employeurs ont eu recours à cette mesure depuis le début de la crise sanitaire. Et à peine 461 des dossiers ont donné lieu à des contrôles sur le terrain, ce qui signifie que ce type de fraude n'est dans l'ensemble probablement pas détecté, écrivent plusieurs journaux flamands.

Les nouvelles règles en matière de chômage temporaire pour raison de force majeure, adoptées en réponse à la crise sanitaire due au coronavirus, rendent extrêmement difficile la détection de fraude. Les conditions d'accès sont si larges et la flexibilité pour l'employeur si grande que cela rend les contrôles presque impossibles, expliquent HLN et De Morgen. Une plainte peut toutefois aider à déceler une éventuelle fraude. L'Onem a reçu jusqu'à présent 370 plaintes dénonçant de possibles abus au système mais il a également lancé d'initiative certaines vérifications.

Le député N-VA Björn Anseeuw appelle à un durcissement des conditions d'accès, maintenant que le système de chômage temporaire a été prolongé jusqu'à la fin août, mais la ministre de l'Emploi, Nathalie Muylle (CD&V), lui répond ne pas vouloir toucher aux conditions d'accès actuelles.

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