Contrôler les chômeurs génère des incapacités de travail

©Photo News

D’après une étude menée par trois chercheurs de l’ULB, le système de contrôle des chômeurs de longue durée jouerait un rôle dans l’augmentation des incapacités de travail. Une tendance d’autant plus forte chez les femmes.

D’un côté, les chiffres du chômage ne cessent de baisser. De l’autre, le nombre d’incapacités de travail continue de croître. Depuis 2017, leur coût dépasse celui des allocations de chômage. Partant de ce constat, trois chercheurs de l’ULB ont étudié la relation entre les deux phénomènes, et plus particulièrement l’impact du contrôle des chômeurs de longue durée. Avec un résultat clair: la hausse du transfert d’un régime à l’autre atteint 115% par trimestre. Avec une différence notoire selon le sexe: les femmes seraient davantage concernées, accusant une hausse 191%.

Pour parvenir à ce résultat, les chercheurs ont creusé les chiffres du début des années 2000. L’Etat fédéral avait lancé en 2004 une série de mesures pour s’attaquer aux chômeurs de longue durée. Parmi celles-ci, l’accompagnement intensif et un régime de sanctions possibles en cas d’inactivité.

Un système répressif censé encourager les chômeurs à chercher un travail, mais avec un effet insoupçonné: la transition de certains demandeurs d’emploi de longue durée vers l’incapacité de travail. L’étude menée par l’ULB et le centre de recherche Dulbea s’est concentrée sur les 46-53 (50 ans étant l’âge limite des contrôles). Selon leurs observations, l’entrée en vigueur des contrôles a provoqué une hausse des transitions, allant jusqu’à 243% pour les chômeuses isolées.

Les raisons qui expliquent cette transition peuvent être nombreuses. Une augmentation du stress pour le demandeur d’emploi, qui va alors être en incapacité réelle de travailler. L’argument financier, lorsqu’être en incapacité de travail offre une meilleure rémunération qu’être au chômage. Ou encore le choix d’un job qui touche à la santé, rendu nécessaire par l’obligation de trouver une activité. Impossible, pour l’heure, de déterminer les causes précises. La recherche ne s’est en revanche pas penchée sur le rôle des médecins-conseils dans l’attribution des certificats.

"Les choix politiques jouent un rôle important dans la hausse des incapacités."
ilan tojerow
professeur à l’ulb

"Il y a certainement des facteurs démographiques et économiques pour expliquer cette hausse des incapacités, explique Ilan Tojerow, professeur à l’ULB et coauteur de l’étude. Mais les choix politiques jouent également un rôle important. Si cette étude montre que le contrôle des chômeurs de longue durée a eu un impact, d’autres facteurs peuvent aussi entrer en compte. Nous pensons notamment à la baisse des allocations de chômage, ou les réformes en matière de prépensions."

Pour François Perl, directeur de l’Inami, on peut y voir une conséquence directe des choix politiques: "On se dirige vers un modèle comme aux Pays-Bas il y a quelques années. Oui le chômage était très bas, mais le taux d’invalidité, lui, explosait. C’était plutôt un report de charge."

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect