"La Belgique perdra au moins 0,2 ou 0,3% de croissance"

"Si les compagnies aériennes suppriment leurs vols intraeuropéens, le coût et l'impact économique seront très importants!", estime Philippe Ledent. © Wim Kempenaers

L'économie belge va subir les conséquences de la crise sanitaire, prédit l'économiste Philippe Ledent. Sa croissance n'atteindra pas les prévisions et les entreprises déjà en difficulté pourraient ne pas survivre.

Les perspectives de croissance demeurent très incertaines, explique l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) dans son rapport trimestriel publié ce lundi. Mais les conséquences seront importantes

Si le pic est atteint en Chine lors de ce premier trimestre et que l’épidémie reste modérée et circonscrite, la croissance mondiale pourrait être inférieure d’un demi-point de pourcentage: elle devrait baisser à 2,4% (contre 2,9% estimé précédemment). Pour la zone euro, elle s'établirait à 0,8% (-0,3%), prévoit l'OCDE. La croissance du PIB italien serait nulle, l'Allemagne se contenterait d'un maigre +0,3%.

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"Pas d'exception en Belgique"

La Belgique, encore faiblement impactée du point de vue sanitaire, échappera-t-elle à ce fléchissement de la croissance? "Il n'y aura certainement pas d'exception en Belgique", affirme Philippe Ledent, économiste senior chez ING Belgique. "Dans le cas de ce scénario de propagation modérée, on perdra au moins 0,2 ou 0,3% de croissance. Les taux risquent d'être proches de zéro, voire négatifs, pour les deux premiers trimestres." 

Beaucoup de banques centrales se disent prêtes à agir... Mais une réaction de politique monétaire se montrerait inefficace.
Philippe Ledent
économiste chez ING

En cas de contamination plus large et plus durable, l'OCDE envisage un impact plus important sur les économies. "Cela va se jouer dans ces deux prochaines semaines. Tout dépendra de l'importance du confinement, des annulations et de la coordination", juge Philippe Ledent. "Si les compagnies aériennes suppriment leurs vols intraeuropéens, le coût et l'impact économique seront très importants!" 

L'économiste estime que la croissance pourrait descendre sous 0,6% en Belgique en cas de scénario plus catastrophique.

Chocs de l'offre et de la demande

Pourquoi cette crise sanitaire a-t-elle un tel impact? Le covid-19 a d'abord marqué son empreinte sur l'économie par un choc de l'offre: la mise en veille d'usines en Chine entraîne un manque de composants chez nous, ce qui freine l'activité, impliquant un recours au chômage économique. Mais l'on sent déjà aussi un choc de la demande: les gens commencent à changer certaines habitudes, par exemple en décidant de ne plus voyager. 

Pour avoir une meilleure image de comment évoluera l'économie belge dans quelques mois, "il faudrait mesurer l'effet de rattrapage. Après la fin des mesures, qu'est-ce qu'on pourra regagner? Un voyage annulé est souvent perdu pour l'économie", souligne Philippe Ledent. Impossible d'établir ces comptes sans connaître toutes les mesures.

En cas de propagation importante, toutes nos entreprises ne résisteront pas.

Que faire?

Se pose évidemment la question de la réponse économique à apporter face à cette épidémie. "Beaucoup de banques centrales se disent prêtes à agir... Mais une réaction de politique monétaire se montrerait inefficace: avec le confinement, il n'y a pas d'activité, une baisse des taux ne servirait à rien puisqu'il n'y a pas d'investissement."

Les États sont déjà mis à contribution (chômage économique, soins de santé). "On pourra toujours promettre aux États que leurs plans de relance ne seront pas pris en compte dans les déficits", signale l'économiste de l'ING. 

Les entreprises vulnérables

La Belgique, avec sa petite économie très ouverte, tiendra-t-elle mieux ces chocs? "Oui, notre secteur des services est mieux adapté au télétravail que l'industrie allemande. Oui, les Belges pourront puiser dans leurs épargnes. Mais ça ne va pas changer grand-chose... En cas de propagation importante, toutes nos entreprises ne résisteront pas. Celles qui ne survivent que grâce aux taux bas ne pourront pas faire face à un arrêt de l'activité de trois semaines, l'État ne pourra pas compenser toutes ces pertes-là...", annonce Philippe Ledent.

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