Demotte donne 40 coups d'accélérateur à l'économie wallonne

Rudy Demotte a intitulé son document "Urgence et audace". ©BELGA

Le ministre-président a déposé ses propositions pour la stratégie Horizon 2022, qui doit guider le reploiement de l’économie wallonne.

Les premières mesures concrètes de la stratégie Horizon 2022 devraient être prises lors du contrôle budgétaire, prévu à la fin de ce mois de mars, apprend-on dans le document "Urgence et audace", que Rudy Demotte soumet au gouvernement wallon et que "L’Echo" a pu consulter. Le document se construit sur quatre lignes de force, 27 leviers et 40 coups d’accélérateur.

1. Un dialogue social au profit de l’économie

Rudy Demotte propose de constituer un "Groupe des 10 pour la Wallonie", à travers lequel les partenaires sociaux pourront épauler le gouvernement dans ses choix socio-économiques, à l’instar de ce qui se passe au niveau fédéral. L’une de ses premières missions serait de définir les modalités d’un allégement du coût du travail (la Wallonie sera compétente pour les baisses de charges ciblées), souhaité par le ministre-président afin de soutenir l’investissement.

2. Renforcer la compétitivité

Pour améliorer la compétitivité, on peut jouer sur d’autres coûts que les seuls salaires. Demotte entend ainsi sensibiliser les entreprises pour optimaliser l’usage de l’eau, de l’énergie et des déchets, via la réutilisation ou la coopération industrielle. Et du côté gouvernemental, il envisage de réorienter les mesures fiscales prises récemment (taxes sur les captages d’eau, les automates, révision des quotas certificats verts…) qui, convient-il, ont "augmenté les charges sur les entreprises et réduit l’impact des allégements décidés dans le cadre du Plan Marshall".

Les dispositifs de sensibilisation à l’esprit d’entreprise seront étoffés. Et celui qui ne veut pas entreprendre lui-même peut utiliser son épargne pour soutenir les PME locales. S’inspirant du régime dit "Tante Agathe" aux Pays-Bas, la Wallonie offrira un avantage fiscal au contribuable qui prête de l’argent à une PME. La Sowalfin élaborera "un portefeuille de PME wallonnes", afin soit de mettre en relation prêteur et emprunteur, soit d’offrir un produit diversifiant les risques. Les moyens transférés du Fonds de participation (régionalisé) seront utilisés dans ce cadre.

Les pôles de compétitivité restent ici un axe essentiel. Ils seront donc pérennisés. Mais cela impliquera une spécialisation affinée, une attention plus grande à la valorisation des résultats des recherches et un appui aux partenariats internationaux. Le tout, évidemment, pour doper les retombées économiques de ces pôles.

Cela ne signifie pas l’abandon de l’aspect recherche. Au contraire, Demotte annonce une simplification drastique des aides à la recherche et une extension du Tax shelter (exonération de 150% des montants investis dans le cinéma) au financement de projets de recherche.

Enfin, il préconise une utilisation plus optimale des atouts du territoire wallon. C’est-à-dire mobiliser les terrains d’activités économiques, entretenir des infrastructures logistiques de qualité (il y a du travail pour les routes…), renforcer les coopérations avec les métropoles (Bruxelles mais aussi Lille), mieux valoriser les ressources naturelles wallonnes que sont l’eau, le bois ou le sous-sol (carrières et géothermie).

3. L’éducation orientée vers l’emploi

L’enseignement va jouer un rôle-clé dans le nouveau plan de redéploiement régional. Améliorer l’éducation sera une "priorité absolue" afin d’offrir à tous les jeunes "un enseignement obligatoire de qualité". Une absolue nécessité quand on sait que les constats sur notre enseignement sont sans appel: malgré qu’il soit un des mieux financé au monde, ses performances restent faibles: 20% des élèves font état de grosses difficultés d’apprentissage dès la 2e primaire, les résultats de nos élèves au test PISA sont en dessous de la moyenne OCDE (en 2009, 28% des jeunes testés n’avaient pas les compétences et savoirs jugés nécessaires pour s’insérer dans la société!), 35% des jeunes sortent du secondaire sans diplôme. Les équipes de Marie-Dominique Simonet et Jean-Claude Marcourt vont encore avoir du pain sur la planche pour concrétiser les objectifs.

Certains d’entre eux sont déjà connus, et font partie de la déclaration de politique générale et du "contrat pour l’école": réduire l’écart entre les écoles "faibles" et les autres, redéfinir les programmes, éviter le redoublement (son coût s’élève à 400 millions d’euros, une partie de cette somme, si elle est économisée, serait réinvestie dans l’enseignement), réformer la formation des enseignants, uniformiser leurs statuts, optimaliser l’offre dans l’enseignement qualifiant et la formation professionnelle, réformer le paysage de l’enseignement supérieur. Mais leurs accents ont parfois été précisés dans ce plan Horizon 2022. Il comporte également des nouveautés.

Ainsi, le texte évoque un "plan stratégique d’accompagnement pour les écoles en difficultés". Chaque école concernée sera "scannée" par la commission de pilotage et un plan d’action (étalé sur 6 ans) sera élaboré avec l’inspection scolaire, les pouvoirs organisateurs et les enseignants. Autre nouveauté: il s’agirait de renforcer le tronc commun au-delà du 1er degré (comme actuellement), et donc d’organiser un enseignement général, sans filières, jusqu’au 2e degré (4e secondaire).

Un petit coup "d’accélérateur" en plus: mettre le paquet sur l’enseignement des langues en alignant le nombre d’heures de cours de langue dans le fondamental sur ceux existants à Bruxelles (3h de cours dès la 3e primaire et 5h dès la 5e).

Le plan Horizon 2022 veut également favoriser la collaboration entre les différents réseaux, mais il a soigneusement exclu d’intégrer les écoles libres dans le réseau officiel, comme le suggérait le groupe d’experts consulté, dans le but de simplifier des structures que l’on sait très coûteuses…

L’enseignement technique et professionnel n’est évidemment pas oublié. La grande nouveauté serait de généraliser les stages en entreprises en les rendant obligatoires dès la 4e année. Il s’agira aussi de développer davantage l’enseignement en alternance (école-entreprise) sur base du modèle allemand (55% des jeunes y suivent une formation en alternance, avec pour effet un faible taux de chômage chez les jeunes).

Dans l’enseignement supérieur enfin, il s’agira d’améliorer la qualité des formations, et l’orientation des élèves. Par contre, le plan n’a pas retenu l’idée d’instaurer une épreuve indicative à l’entrée des études supérieures, ce qui aurait permis aux jeunes de jauger leur niveau, évaluer la pertinence de leur choix, et donc éviter d’en arriver à des taux d’échec en 1ère bac qui frôlent les 60%…

4. Une gouvernance exemplaire

C’est dans cette optique que Rudy Demotte prône la fusion des multiples plans existants en une seule stratégie, Horizon 2022, qui serait dès lors plus lisible et compréhensible pour tous les acteurs. Il entend aussi amplifier les efforts de simplification administrative: versement plus rapide des aides de moins de 12.500 voire 25.000 euros aux PME (principe de confiance, avec contrôle a posteriori), généralisation de la facture électronique, rapidité des réponses de l’administration envers les entreprises…

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