analyse

Derrière les prévisions, les craintes budgétaires du Bureau du plan subsistent

©Bloomberg

Dans son budget économique de septembre, le Bureau du plan a revu à la baisse les prévisions de croissance de la Belgique. C’est la seconde fois cette année. Le Plan table à présent sur une progression de 1,5% du PIB pour 2018 et 2019. Sans parler des doutes qui planent sur le budget.

C’était à prévoir, l’économie européenne n’ayant pas réussi à concrétiser, durant ce second trimestre 2018, les espoirs qui avaient été placés en elle. Aussi n’est-il pas étonnant que le budget économique publié ce jeudi par le Bureau fédéral du plan affiche des ambitions un tantinet plus modestes. On fait le tour de la question.

• Croissance. En février, l’enthousiasme régnait encore, poussant le Plan à revoir à la hausse ses prévisions pour l’économie belge: il est alors question d’une croissance de 1,8% du PIB. Ce bel élan ne dure guère; les premiers symptômes de ralentissement apparaissent au printemps. En juin, les perspectives se font déjà moins riantes: le Plan table cette fois sur une croissance de 1,6%, tandis que la Banque nationale mise plutôt sur 1,5%. Et voilà à présent le Plan amputant ses plans de 0,1 point de pourcentage. Croissance 2018? 1,5%. Et le même tarif pour 2019.

4,7
Milliards d'euros
Selon les chiffres du Plan, il manque quelque 4,7 milliards pour boucler le budget 2019. Mais c’est sans compter l’accord de cet été.

Le hic dans tout cela? C’est que le budget initial 2019 mitonné cet été par le gouvernement Michel se basait sur les dernières estimations disponibles. A savoir 1,6%.

• Pouvoir d’achat. Cela ne bouleverse pas fondamentalement la donne, côté pouvoir d’achat. Le revenu disponible réel des particuliers devrait progresser de 1,8% cette année et de 1,9% l’an prochain, estime le Plan, "sous l’effet de nouvelles baisses de l’impôt des personnes physiques et d’une croissance plus soutenue des salaires bruts". En juin dernier, il était question de, respectivement, 1,8% et 2%. Mais aussi d’un ralentissement vers une moyenne de 1,2% sur la période 2020-2023.

• Emploi. Pas de révolution non plus. A l’entame de l’été, on avançait que 2018 et 2019 allaient voir la création de quelque 106.000 emplois? En ce début septembre, le Plan place la barre à peine plus bas, autour des 100.000. Tout de même en deçà du score de 2016 et 2017, durant lesquelles l’emploi intérieur a grimpé de 123.000 unités.

• Budget. C’est, en général, ici que les choses sérieuses débutent. Parce qu’il est possible d’extrapoler, à partir du budget économique, la tête du déficit nominal qu’affichera la Belgique en fin d’année – et comme huit mois se sont déjà écoulés, on commence à disposer de suffisamment de recul pour que l’exercice puisse être considéré comme valant la peine d’être mené. Précisons tout de même une bonne fois pour toutes: il s’agit ici du déficit nominal. Et non du structurel, jugé comme plus pertinent, parce que débarrassé des aléas de la conjoncture et des effets des mesures non récurrentes, les fameux "one shot".

©Photo News

Le déficit nominal, donc. Fin 2018, d’après les chiffres du Plan, il devrait s’établir autour de 1,16% du PIB. Alors que, dans le programme de stabilité 2018-2021 – cette feuille de route budgétaire remise en avril dernier à la Commission européenne –, la Belgique annonce 0,98%. La différence n’est pas faramineuse, mais comme cela se rapporte au PIB, cela peut vite chiffrer. Dans ce cas-ci et à la grosse louche, aux alentours de 800 millions.

L’affaire se corse si l’on effectue la même gymnastique pour 2019. Le résultat? Un déficit de 1,76% du PIB, en lieu et place d’un objectif affiché de 0,69%. Soit, toujours avec la même louche et davantage de prudence, un trou de 4,7 milliards d’euros. Ce faisant, voilà qu’on retombe sur le constat avancé en juin par le Plan, à savoir que pour boucler son budget 2019, le gouvernement Michel devrait dénicher 4,6 milliards. Un effort avancé, cette fois-là, sur la base de l’évolution attendue du déficit structurel. Bref, les prévisions du Plan se suivent… et se ressemblent.

Alors, bien sûr, le Plan ne tient pas compte ici des mesures concoctées cet été par Michel, représentant un effort de quelque 2,5 milliards, à en croire le Fédéral. Dont l’un des gros morceaux n’est autre que le "jobsdeal", ce plan devant s’attaquer aux pénuries d’emploi, censé rapporter à lui tout seul 505 millions – une contribution qui a déjà été qualifiée de résolument optimiste. Bien sûr encore, le Plan, tout comme la Commission européenne, manie des hypothèses hautement conservatrices, c’est-à-dire prudentes. Et pas toujours à raison, comme aime à le rappeler la ministre du Budget Sophie Wilmès (MR).

Reste que l’année 2019 ne s’annonce pas de tout repos sur le plan budgétaire. Et qu’elle risque d’être une année perdue, toujours sur le même plan, vu le scrutin géant qui a jeté sur elle son dévolu.

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