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Endettées, les villes wallonnes devront ruser face aux pensions grandissantes de leurs agents

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Les communes du sud du pays ont déjà dû emprunter pour faire face jusqu’ici à la hausse des charges liées aux pensions de leur personnel statutaire. Pourtant, demain, elle sera plus lourde encore.

Les communes belges sont financièrement sous pression. La situation n’est pas nouvelle, mais s’aggrave pourtant d’année en année. Tel était en substance le constat dressé mardi par Belfius dans le cadre de sa dernière étude sur les finances locales, arrivée entre-temps à sa quarantième édition.

En cause, l’explosion du coût des pensions du personnel statutaire qui leur incombe, un vieillissement global de la population constaté, l’effet du tax shift ou encore de nécessaires investissements à consentir venant peser dans une balance déjà chargée. De quoi déboucher sur des perspectives sérieuses, voire préoccupantes, à l’avenir au niveau local si rien n’est fait.

1. Un solde budgétaire en boni, mais en recul marqué au sud...

Le coût des pensions du personnel nommé est en hausse dans le sud du pays. Tout comme dans les communes des autres régions il est vrai, alors même que le nombre de statutaires actifs cotisants, 120.000 environ, est en diminution d’année en année quand les contractuels les remplacent peu à peu ce qui joue sur leur capacité de financement. Le phénomène est connu.

Et, si des mesures ont déjà été prises, la facture actuelle n’est toujours pas acceptable, analyse Belfius, ce qui ouvre la porte à de possibles nouvelles taxes ou suppressions de services à terme. Alors oui, en attendant, le solde budgétaire des pouvoirs locaux wallons est toujours positif de 56 millions... mais en recul de 14 millions d’euros en un an, et ce alors qu’il bénéficie d’artifices comptables amenant à ce chiffre.

2 ...avec une marge de manoeuvre limitée face à l’endettement... 

Une donne qui demande à agir. Sauf que la Wallonie part particulièrement désavantagée, pour ne pas dire lestée. Et pour cause, face à ce phénomène, les communes du sud du pays ont vu la charge de leur dette augmenter de 5,3% en un an, contre 1,3% seulement à Bruxelles. Alors même que le gros de l’effort est encore à venir avec une hausse de la charge des pensions de 27% d’ici 2024 et qu’il s’agit d’un des leviers possibles pour faire face au défi qui se profile demain. 

3. ... et ce alors que l’effet boomerang des pensions est à la porte...

8 communes sur 10 devront supporter des surcoûts d’ici 2023 liés à la hausse des charges de pension de leurs anciens agents.

L’heure est grave, car c’est un fait: la Wallonie subira le retour de flamme du coût lié à l’augmentation du nombre de pensionnés statutaires à sa charge. Huit communes sur dix seront "responsabilisées" au sud d’ici 2023, c’est-à-dire amenées à prendre en charge la moitié du surcoût dès lors qu’elle sont déficitaires dans leur régime de financement le reste étant financé par le Fédéral. À titre de comparaison, elles n’étaient qu’un peu plus de 60% en 2018. Ce qui aura évidemment un poids sur les finances, véritable enjeu pour les mandataires.

Surtout si l’on y ajoute la nécessaire couverture des déficits d’exploitation des CPAS, zones de police et zones de secours qui incombent aux pouvoirs locaux. Au total, la facture des cotisations communales dans le pays devrait passer de 274 millions en 2017 à quelque 743 millions en 2023, selon Belfius, faisant de cette mandature le point d’impact de l’"effet boomerang" dont il est question depuis une dizaine d’années déjà. Il touchera trois communes sur quatre.

4. ... grugeant la capacité à investir des communes...

Cet effet jouera assez logiquement sur leur capacité d’investissement. Les projets en ce sens ont déjà enregistré un net recul au sud entre 2018 et 2019, avec des investissements en baisse de l’ordre de 12%, phénomène assez habituel en année post-électorale, faut-il toutefois nuancer, les nouveaux développements n’ayant pas toujours été repris dans les différents budgets, faute de temps. Mais la réalité est bel et bien là. Et visible.

5. ... qui doivent s’adapter à un vieillissement généralisé 

À cela, il faut bien ajouter les défis qui ne manquent pas, comme la digitalisation ou la transition écologique. Mais aussi un vieillissement généralisé à assumer, que ce soit côté infrastructures d’une part ou population d’autre part, qui joue à la baisse sur l’impôt sur les personnes physique. Ce vieillissement est plus marqué en périphérie de villes comme Liège et Charleroi, mais aussi près de la frontière française, en province du Luxembourg, où les jeunes partent pour trouver un emploi, amenant à une hausse de la proportion des populations plus âgées.

Bourgmestres et échevins auront de quoi faire sur les cinq ans à venir pour garder le cap.

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