interview

Eric Dor: "On a globalement bien limité les dégâts"

Eric Dor, économiste ©RV DOC

Pour Eric Dor, directeur des études économiques de l’IESEG School of Management, le bilan global du sauvetage des banques par l’État belge et les Régions pourrait revenir dans le vert.

Comment évaluer cette perte provisoire de 885 millions d’euros? A-t-on finalement bien limité les dégâts? Quelles sont les chances au final de dégager un bénéfice? On a globalement bien limité les dégâts. Si on met Dexia de côté, il y a une forte probabilité que l’État fédéral dégage un bénéfice après avoir revendu Belfius et ce qui lui reste de BNP Paribas. En effet, la valeur de revente de Belfius peut être estimée sur base du quotient observé en moyenne entre cours boursier et actif net pour les banques. On arrive à une valeur de marché de 7,9 milliards d’euros pour Belfius. Cela représenterait une plus-value potentielle de 3,9 milliards d’euros puisque le coût d’achat est de 4 milliards d’euros. Bien sûr, c’est une estimation indicative. Pour BNP Paribas, au cours boursier observé maintenant, la valeur de revente des actions que l’État détient encore est de 6,2 milliards d’euros. Leur coût d’acquisition est de 5,3 milliards d’euros. Il y a donc une plus-value potentielle de 900 millions d’euros. Ces plus-values potentielles sur BNP Paribas et Belfius excèdent largement le coût provisoire de 920 millions pour l’État, et de 885 millions pour l’ensemble du Fédéral et des Régions.

"Si on met Dexia de côté, il y a une forte probabilité que l’État fédéral dégage un bénéfice après avoir revendu Belfius et ce qui lui reste de BNP Paribas."
Eric Dor
économiste

Il reste évidemment le risque lié à Dexia… L’encours des garanties apportées par l’État à des dettes de Dexia est de 34,6 milliards d’euros. La liquidation est étalée sur des dizaines d’années, si bien que de très fortes perturbations sur les marchés financiers pourraient encore nécessiter de recapitaliser la banque à fonds perdus, pour éviter une faillite tout de suite et l’obligation de payer ces garanties. Toutefois le risque qu’une telle recapitalisation soit encore nécessaire se réduit progressivement. Mais tout est toujours possible sur les marchés financiers.

Comment expliquer le beau gain de la Flandre? Le gain de la Flandre s’explique par les pénalités très fortes qu’elle a exigées de KBC en échange de son assistance temporaire, sous formes de prêts à statut spécial. Cela pour renforcer ses fonds propres en attendant que la banque puisse lever du capital sur les marchés. On peut apprécier que les autorités régionales ont ainsi exigé que KBC paie un prix fort en compensation des risques que les citoyens flamands étaient obligés de prendre pour lui porter assistance. Évidemment, ce juste prix du risque a pu être demandé à KBC parce que celle-ci était fondamentalement très solide et ses revenus potentiellement très gros, une fois corrigés les errements des positions trop risquées prises avant la crise financière. L’État fédéral a aussi dégagé des profits substantiels sur cette assistance.

"L’encours des garanties apportées par l’État à des dettes de Dexia est de 34,6 milliards d’euros."
Eric Dor
économiste

Quelles sont les chances de voir la Région wallonne et Bruxelles effacer leurs pertes actuelles? Pour la Wallonie, il faudrait une plus-value sur Ethias où elle a participé à une augmentation de capital de 500 millions. Est-ce réalisable? Pour Bruxelles, tout est normalement perdu, car la probabilité que la participation dans Dexia puisse être récupérée lors de la liquidation est très réduite. La Commission européenne avait d’ailleurs exigé que les prises de participation dans Dexia soient considérées comme à fonds perdus. On peut toujours espérer de bonnes surprises dans très longtemps, mais la probabilité est restreinte. Pour la Wallonie, tout dépend en effet de la valeur potentielle de la participation dans Vitrufin qui détient Ethias. Les actifs nets corporels d’Ethias sont de l’ordre de 2,28 milliards d’euros. Vendre pour ce prix permettrait de récupérer la mise. Mais il est très difficile d’estimer le prix possible de vente d’Ethias. Il y a des arguments en sens divers. Pour le moment, les dividendes versés à Vitrufin par Ethias ne peuvent même pas être reversés aux actionnaires, dont les Régions, car ils sont utilisés pour le service d’une dette contractée dans le passé par Vitrufin pour acheter à Ethias une ancienne prise de participation dans Dexia. La liquidation des comptes First coûte également très cher à Ethias car il faut donner une compensation financière aux clients pour qu’ils acceptent d’échanger ce compte contre un compte moins rémunérateur. D’un autre côté, Ethias est spécialisé en vente directe de contrats d’assurance, activité en nette expansion, ce qui rend l’entreprise attrayante pour des acheteurs potentiels. Ageas et Allianz sont ainsi intéressés à acquérir Ethias. En conclusion, sur Ethias, il est possible que la Wallonie puisse un jour récupérer ce qu’elle a investi.

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