Et si on plafonnait la rémunération des 55+?

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L’organisation patronale flamande, le Voka, s'interroge: pourquoi les salaires augmentent-ils avec l'âge alors que la productivité, elle, se réduit? Sans parler de gel des salaires, elle propose de ne plus lier les barèmes à l'ancienneté pour les 55+.

Les salaires qui ne cessent d’augmenter avec l’ancienneté, alors que la productivité, elle, ne suit pas la même tendance, le Voka dit "ça suffit". Dans une note comportant quatre propositions pour stimuler l’emploi des travailleurs âgés (55 +), l’organisation patronale flamande propose de ne plus lier les barèmes à l’ancienneté, et donc à l’âge du travailleur. Elle estime que cela pénalise l’embauche des travailleurs âgés.

"La rémunération d’ancienneté doit être plafonnée", dit le Voka. Le patronat flamand ne veut pas nécessairement geler les salaires au-delà d’un certain âge. Il suggère plutôt que, au-delà d’un salaire de base atteint à un certain stade de la carrière, une partie variable puisse encore évoluer sur base de la performance. Le Voka suggère aussi "d’abolir les leviers automatiques de salaires" pour créer un espace permettant de payer des avantages différenciés. Comprenez: en finir avec l’indexation automatique des salaires pour financer les hausses de salaire basée sur la performance.

Avec cette proposition, le patronat flamand ravive l’un des débats les plus chauds de la concertation sociale belge.

Comment son initiative a-t-elle été accueillie au sein des autres composantes du Groupe des dix?

À la Fédération des entreprises de Belgique (FEB), on s’empresse de jeter un grand seau d’eau sur la proposition brûlante des patrons flamands. No comment. Néanmoins, son directeur général ne disait rien de très différent, en septembre dernier, dans une note publiée sur le site de la FEB… Bart Buysse y épinglait que le système de rémunération actuel était "à revoir".
"Les automatismes de la formation des salaires (barèmes d’ancienneté, indexation,…) entravent une politique salariale saine. Ils génèrent une augmentation systématique du coût salarial qui n’est pas compensée par une progression proportionnelle de la productivité." Bart Buysse rappelle aussi que les barèmes d’ancienneté ont pour effet qu’à un moment donné, les coûts salariaux croissants ne correspondent plus (assez) à la productivité du travailleur. "Le coût relatif plus élevé de ces travailleurs par rapport à celui de jeunes travailleurs qui font le même travail amène l’employeur à écarter des travailleurs ‘expérimentés’(plus de 50 ans) du marché du travail."
Pas une feuille de cigarette ne sépare la position du Voka de celle de la FEB.

→ Du côté de l’Union des classes moyennes, Matthieu Dewèvre, expert à l’UCM, explique aussi que son organisation serait partisane de faire évoluer les salaires sur d’autres critères que l’ancienneté. "Que les salaires évoluent de manière linéaire, cela relève du passé." à ses yeux, les évolutions barémiques devraient suivre une courbe, avec un niveau plus élevé quand le travailleur est plus jeune (et que sa situation personnelle nécessite un salaire plus important pour financer une maison, des enfants,…). Pour ensuite s’aplanir avec l’âge. "Le but n’est pas de geler les salaires à un certain stade, mais de faire entrer d’autres critères en jeu, comme la productivité par exemple, ou des objectifs de formation."

Du côté syndical, la proposition du Voka est évidemment vue comme un véritable chiffon rouge agité au-dessus de la table du G10. La FGTB a immédiatement taclé le patronat flamand, en rappelant d’abord que les barèmes cessaient déjà d’évoluer après 10 à 15 ans de carrière. "Dire que les salaires ne cessent d’augmenter de manière linéaire, c’est une fausse idée", dit la FGTB.
Le syndicat estime aussi qu’en agissant de la sorte, on pénalise la fidélité du travailleur.
"Son know how ne serait plus valorisé? Mauvaise idée", dit la FGTB, qui ne veut pas voir ressurgir ce débat sur les salaires. "Une veille idée aux accents très négatifs, et dont la dynamique globale tend à limiter au final l’ensemble des salaires ici pour les plus âgés, alors que par ailleurs on veut limiter aussi le salaire minimum des jeunes."

Quelle chance a cette proposition du Voka d’être discutée, et d’aboutir?

Le gouvernement fédéral, dans son accord, sous-entend que les partenaires sociaux puissent ouvrir les discussions sur un nouveau modèle salarial. Discussions à mener d’abord au sein du G10, ensuite au CNT. Autant dire que vu les écarts entre les positions, peu de chance qu’un tel débat aboutisse.

Or, l’équipe de Charles Michel, et en tête Kris Peeters (CD & V), ne reprendra pas la main de force, comme il l’a fait dans d’autres blocages au G10. Il a d’autres chats à fouetter, dit-on en coulisses. Avec toutes les réformes déjà menées (gel de l’indexation des salaires, baisse des charges patronales, réforme des prépensions,…), il ne va pas prendre le risque d’ouvrir un nouveau chantier social d’ici les élections. Surtout “avec un terrain si miné…

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