Étudiant entrepreneur, un filet de sécurité pour se lancer

©Alexis Haulot

Proposé en 2017 par le ministre des Indépendants Denis Ducarme, le statut d’étudiant-entrepreneur a séduit 6.820 étudiants. Il permet de se lancer tout en bénéficiant d’un régime fiscal et social avantageux. Alicia Verspecht, bénéficiaire de cette mesure, explique son business du petit déjeuner.

Combiner ses études et une activité d’indépendant, c’est le défi que s’est lancé Alicia Verspecht. Étudiante en dernière année d’un master en gestion des ressources humaines à l’UCLouvain, elle a profité de la mise en place de ce statut encore peu répandu. Âgée de 25 ans, la jeune entrepreneuse a décidé, en octobre 2018, de lancer "Prends en de la graine". Le concept est parti d’un constat personnel. "Je kotte et je n’ai pas souvent l’occasion de prendre un petit déjeuner sain. Je prenais souvent quelque chose en passant sur le chemin ou je mangeais des crasses. J’ai donc voulu lancer un commerce de petits déjeuners rapides, sains et abordables", explique-t-elle.

C’est grâce à sa mineure en esprit d’entreprendre qu’elle entend parler du statut d’étudiant entrepreneur. "J’ai eu la chance que le statut soit déjà implémenté et je le perçois maintenant comme une sécurité pour se lancer. A posteriori, je ne sais pas si je l’aurais fait sans cela, souligne-t-elle. Ce qui est positif dans ce statut, c’est de savoir que je suis dans la légalité. J’ai créé un commerce alimentaire, cela me rassure de savoir que nous sommes en règle avec l’Afsca."

8,5%
L’augmentation du nombre d’étudiants entrepreneurs au premier quadrimestre de 2019.


Adhésion en progression

6.820 jeunes belges ont décidé de combiner un statut d’indépendant et d’étudiant au 1er mars 2018. Ce nouveau statut créé en 2017 par Denis Ducarme (MR), ministre des Indépendants, trouve son public avec une moyenne de 2.000 nouveaux étudiants indépendants chaque année. Une situation réjouissante selon le ministre. "C’est un résultat extrêmement encourageant, indique-t-il. D’abord parce que derrière ces jeunes, il y a surtout des projets individuels. De la passion. Des idées innovantes qui vont des projets digitaux à ceux qui mettent en avant des projets de consommation plus responsables. Nous devons continuer à promouvoir de nouvelles vocations entrepreneuriales."

Comme Alicia et son entreprise de petits déjeuners, un étudiant sur cinq se lance dans une entreprise commerciale. Presque 40% le font en profession libérale. Dans cette catégorie, on retrouve les enseignants privés (donner des cours), les concepteurs de softwares et d’applications informatiques et les artistes. Les entrepreneurs actifs dans le bâtiment, le matériel informatique ou les transports représente quasiment mille étudiants.

Un statut fiscal à part

Pour obtenir ce statut particulier, il faut avoir entre 18 et 25 ans et être inscrit régulièrement dans un établissement de l’enseignement belge ou étranger. L’étudiant entrepreneur suit au minimum 27 crédits (ECTS) par année académique ou 17 heures de cours par semaine. À côté des cours, il lance son activité auprès d’un guichet d’entreprise et souscrit auprès d’une caisse d’assurances sociales. "La paperasse est assez compliquée et volumineuse, reproche Alicia. Je n’ai pas été bien informée et j’ai reçu une amende assez salée car je ne m’étais pas mise en ordre à temps."

L’étudiant-entrepreneur gagne cependant un statut social et fiscal avantageux. En dessous de 6.923,69 euros de revenu annuel, l’étudiant ne paie aucune cotisation sociale. "Le revenu de notre premier trimestre tourne autour des 2.000 euros. J’ai donc eu la chance de pouvoir développer mon entreprise tout en gardant mes allocations familiales." Entre 6.923,69 euros et 13.847,29 euros, la redevance est minorée. Au-dessus de cette somme, l’étudiant cotise comme un indépendant à titre principal et ne peut plus être à charge de ses parents.

Transition facilitée

Alicia Verspecht terminera ses études en 2019. Elle devra donc abandonner le régime d’étudiant entrepreneur pour un statut d’indépendant classique. "Je n’ai pas d’inquiétude. J’ai déjà pris rendez-vous avec ma caisse d’épargne pour en discuter, explique-t-elle. Être indépendant à 100% n’est pas un risque car on s’ennuie jamais, et surtout j’ai la main sur les décisions de mon entreprise."

En septembre prochain, "Prends en de la graine" prévoit le lancement d’une gamme salée et une première levée de fonds à hauteur de 20.000 euros. "Le rêve, c’est d’ouvrir une chaîne à la Exki."

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