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Éviter une dépression généralisée

Rédacteur en chef

Après un an de Covid-19

Il flotte sur le pays un lourd parfum de résignation. Depuis bientôt un an, nous avons dû composer, tant bien que mal, avec ces restrictions de libertés aussi fortes que changeantes. Au début, on suivait avec fièvre les communications gouvernementales du vendredi soir. Mais à la longue, l’extraordinaire a viré à la routine. Un dangereux "Bah, au point où on en est..." règne désormais.

C’est un long combat sanitaire qui est engagé et la ligne dure, incarnée par le ministre de la Santé publique Frank Vandenbroucke, s’explique par la volonté d’éviter une troisième vague. Personne n’a envie que ce climat d’état d’urgence -déjà interminable - ne se prolonge davantage.

Sauf qu’en un an, la crise sanitaire s’est élargie. À la longue, les interdits empêchant une vie sociale normale ont des effets qui dépassent la seule question épidémiologique. Tous les jours, des signaux inquiétants témoignent d’une dégradation de la santé mentale et du bien-être des Belges. Le décrochage scolaire augmente, les dépressions augmentent, l’alcoolisme augmente, la perte de sens augmente, l’épuisement professionnel augmente.

Ces dégâts collatéraux ne font peut-être pas l’objet de statistiques actualisées au jour le jour, mais ce n’est pas une raison pour les ignorer. Qui n’a pas observé autour de soi cette fatigue des esprits?

Peut-on envisager un autre test prudent, par exemple du côté des arts de la scène ou des restaurants? Cela donnerait des perspectives.

Les autorités sont sur un fil. Elles veulent éviter une troisième vague, à raison car elle enfoncerait davantage encore le moral des Belges, et du coup se gardent bien de donner de faux espoirs. Mais, dans le même temps, l’absence de perspectives n’en finit pas de plomber l’ambiance. Terrible dilemme.

Comment en sortir? N’y a-t-il pas une porte, même étroite, à ouvrir entre ces deux murs des lamentations? Il n’est peut-être pas impossible de maintenir toute la prudence requise tout en relâchant la pression progressivement, sans prise de risque inconsidérée.

Si la réouverture des coiffeurs s’avère concluante, peut-on alors envisager un autre test prudent, par exemple du côté des arts de la scène, ou du côté des restaurants, ne fût-ce qu’en terrasse à l’approche de jours plus doux? Ou d’assouplir, sans emballement ni euphorie, les règles drastiques toujours en vigueur pour les contacts dits rapprochés?

Facile à dire, difficile à concrétiser, sans aucun doute. Une telle approche demande autant de précautions que de créativité. Mais elle donnerait des perspectives. Puisqu’il est beaucoup question de relancer ce pays après la pandémie, ce serait bien qu’il en sorte le moins abîmé possible. On relance plus difficilement un pays dépressif.

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