Faut-il avoir peur lorsque les Chinois investissent en Belgique?

©Paul O'Driscoll

Cindy Du Bois (École royale militaire) plaide pour que la Belgique contrôle davantage les investissements étrangers afin de protéger ses intérêts stratégiques.

Faut-il avoir peur lorsque les Chinois investissent en Belgique? L’arrivée coup sur coup des géants chinois Alibaba et Thunder Power à Charleroi et à Liège a été accueillie comme des nouvelles réjouissantes. Par contre, lorsque l’entreprise chinoise State Grid a voulu racheter 14% du gestionnaire de réseau de gaz et d’électricité Eandis en 2016, la transaction a été bloquée par le gouvernement flamand afin de protéger les intérêts stratégiques du pays.

La croissance des investissements chinois a été exponentielle ces dernières années.
Cindy Du Bois
Ecole Royale Militaire

"Depuis lors, la législation belge n’a pas progressé d’un iota en matière de politique relative aux investissements directs étrangers", constate Cindy Du Bois, professeur à l’École royale militaire (ERM), qui vient de rédiger une étude sur la question à la demande du think tank Itinera Institute. "Une politique de sécurité économique est plus indispensable que jamais", affirme-t-elle.

Deux lignes rouges

Suite à l’affaire Eandis, la Flandre a certes adopté en décembre 2017 un décret qui permet à la Région d’empêcher des investissements dans les institutions qui relèvent de son contrôle. Deux lignes rouges ont été fixées: la menace pour la sécurité nationale et le risque de perturber la concurrence. Mais rien n’est prévu pour les entreprises privées. Au niveau européen, le débat est en cours en Europe et devrait prochainement accoucher d’un cadre commun.

31%
Près d’un tiers (31%) de la valeur ajoutée générée en Flandre est le fait d’entreprises étrangères ou sous contrôle étranger.

En attendant, il faut que la Belgique avance, estime Cindy Du Bois. "Et si possible avec une seule vision, identique dans chaque Région du pays. Nous devons en effet veiller à ce que la volonté d’attirer des investissements étrangers ne se transforme pas en une course à la surenchère au terme de laquelle nos valeurs importantes seront bradées."

Plusieurs pays, comme la France, le Japon et bien sûr les Etats-Unis, ont déjà resserré les boulons sur ce plan. De son côté, l’économie belge est par essence très ouverte et tributaire des investissements étrangers. À cet égard, le gouvernement flamand a dressé l’inventaire suivant: 4.111 entreprises établies en Flandre sont sous contrôle étranger, elles réalisent un chiffre d’affaires de 45 milliards d’euros par an, représentent 31% de la valeur ajoutée et 23,8% de l’emploi privé en Flandre.

Tout repli protectionniste serait dès lors néfaste. Et toute attitude discriminatoire serait par définition condamnable.

Infrastructure critique

Là où les problèmes se posent le plus souvent, c’est lorsque des fonds souverains investissent, car ceux-ci sont souvent très déficients en termes de transparence.

Cindy Du Bois recommande d’ajouter aux deux critères précités (sécurité nationale et perturbation de la concurrence) deux autres lignes rouges, à savoir "l’infrastructure critique" et la "recherche et innovation". L’infrastructure critique englobe quatre secteurs clés: les transports, l’énergie, la finance et les communications électroniques. Quant aux activités de recherche, elles sont particulièrement exposées à l’espionnage. "Il n’est pas rare que des étudiants chinois viennent avec une bourse et retournent ensuite chez eux avec de l’information sensible."

Bien sûr, il n’y a pas que les activités chinoises qu’il faut surveiller. La Russie, l’Iran et les pays du Golfe (Qatar) disposent également de fonds souverains actifs et bien dotés. La Chine ne représente d’ailleurs que 1% des investissements étrangers en Belgique. "Mais la croissance des investissements chinois a été exponentielle ces dernières années", précise Cindy Du Bois.

Reste que bon nombre d’Etats-membres seront réticents par rapport à l’idée d’une réglementation supranationale en matière d’investissements étrangers, de crainte qu’elle ne freine les entrées de capitaux ou les exportations vers certains pays. Dès lors, pour Cindy Du Bois, il faut au minimum "une coordination et un échange d’informations entre les États-membres".

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