interview

Fons Verplaetse: "Une politique économique peut ne pas être démocratique"

©Karoly Effenberger

Il fait partie des personnalités les plus en vue de l’histoire économique récente du pays. Son nom restera associé aux rencontres secrètes du petit village ardennais de Poupehan, qui ont sorti la Belgique de l’ornière où elle s’enlisait dans les années 80. "Notre économie est à nouveau au point mort parce que trop de gens ont voix au chapitre. Nous avons besoin d’une main de fer", confie Fons Verplaetse au cours d’une rencontre exclusive où il évoque le passé.

D’un geste un peu gauche, il ouvre les grands rideaux à fleurs. Devant nos yeux se dévoile un magnifique paysage ardennais. Entre les bois de sapins et de hêtres, nous voyons couler la Semois, cent mètres plus bas. Des étincelles brillent dans ses yeux lorsque l’ancien gouverneur de la Banque Nationale raconte comment il a construit la maison dans les années 70, pour faire du kayak avec ses enfants. À 86 ans, Fons Verplaetse se rend encore au moins une fois par mois dans les Ardennes, pour y passer le week-end.

Fons Verplaetse

Bio express

  • Né à Zulte le 19 février 1930.
  • Licencié en sciences commerciales et consulaires.
  • Travaille, à partir de 1953, au service d’étude de la Banque Nationale de Belgique.
  • En 1981, il devient chef de cabinet adjoint du Premier ministre Wilfried Martens, et de 1983 à 1987, il occupe le poste de chef de cabinet.
  • Gouverneur de la Banque Nationale de 1989 à 1999. Il y prépare notamment l’introduction de l’euro. Il ne mâche pas ses mots à ce propos et parle des problèmes en termes très crus.
  • Il devient ensuite conseiller de la Banque Nationale du Congo et président du Corporate Funding Programme, un programme de collaboration entre le monde des entreprises et des ONG pour des projets de développement.

Les habitants l’appellent "le banquier de là-haut". Sa maison se situe au-dessus du village, le long d’un chemin forestier isolé. L’exploitante du restaurant local reçoit encore régulièrement des questions de clients qui demandent où se trouve le célèbre chalet. "Je ne sais pas", ment-elle alors. Verplaetse est attaché à sa vie privée. Jamais auparavant, il n’a reçu de journaliste dans ce lieu chargé d’histoire.

Depuis qu’en 1991, l’ancien patron de la CSC, Jef Houthuys, a révélé l’existence des discussions secrètes de Poupehan, ce village situé à un jet de pierre de la frontière française est devenu une référence dans l’histoire belge. Il symbolise la politique de portes closes, où les décisions importantes sont prises en dehors du Parlement. L’ancien Premier ministre Wilfried Martens a un jour déclaré que c’était l’agitation liée à la révélation de ces discussions qui avait provoqué la percée du Vlaams Belang, lors des élections connues sous le nom de "Dimanche Noir".

Nous prenons place autour de la petite table en bois carrée où Houthuys, Martens et Verplaetse se sont réunis, à quatre reprises, à partir d’avril 1982, pour discuter des mesures d’accompagnement nécessaires après la dévaluation du franc belge par le gouvernement. Le quatrième invité: Hubert Detremmerie, le banquier influent qui se trouvait à la tête de la Bacob, reprise ensuite par Dexia. Verplaetse est le seul des quatre partenaires encore en vie.

Tandis qu’il contemple la vallée, Verplaetse se remémore cette époque avec plaisir. Ils venaient accompagnés de leurs épouses, explique-t-il. "La première fois, Jef a demandé s’il n’y avait pas un salon de thé où les femmes pourraient aller passer l’après-midi. Bien entendu, il n’y en avait pas. Nous avons alors placé un paravent entre la table de la salle à manger et le salon, deux mètres plus loin. Elles pouvaient tout entendre. Mais elles ne s’en sont pas mêlées, non. L’ambiance était sereine, mais le moment était grave, verdomme."

Verplaetse trouve que la situation économique du début des années 80 était comparable au contexte actuel. "Nous avions un solide handicap salarial par rapport aux pays voisins, et le financement de notre sécurité sociale était en danger. Même si, à l’époque, les choses étaient plus grave: le handicap salarial était de 10%. Ensuite, nous avons eu la crise du pétrole, et le prix du baril a soudainement doublé pour atteindre 40 dollars. Et contrairement par exemple aux Pays-Bas, la Belgique n’a pas réussi à prendre les mesures structurelles nécessaires. Nous préférons vivre dans un pays pauvre peuplé de gens riches. Chez nos voisins du nord, c’est le contraire." Même si on a toujours associé Poupehan à la dévaluation du franc, ce n’est pas là que cette décision a été prise.

"Nous préférons encore vivre dans un pays pauvre peuplé de gens riches. Chez nos voisins du nord, c’est le contraire."

Quel rôle avez-vous personnellement joué dans cet épisode de notre histoire économique?

En 1981, je travaillais comme conseiller à la Banque Nationale, qui disposait encore à l’époque du meilleur bureau d’études du pays. C’est là que j’ai rencontré Jef Houthuys, qui était régent de la Banque. Nous nous sommes immédiatement bien entendus. Houthuys avait une formation de tailleur. C’était quelqu’un de simple. Ici, à Poupehan, il a même recousu un jour un bouton de la veste de Martens.

Les régents de la Banque se réunissaient tous les mercredis. Et, de temps en temps, Houthuys me demandait comment se portait l’économie. Dramatique, ai-je un jour répondu. L’ancien Premier ministre Marc Eyskens n’a rien fait pour nous sortir de l’ornière. Il a voulu devenir Premier ministre uniquement pour faire au moins aussi bien que son père Gaston.

Roland Beauvois, directeur de la Banque Nationale, a suggéré de faire baisser les salaires réels de 10% en deux ans. "Nous ferons intervenir la gendarmerie si nécessaire", a-t-il répondu face aux critiques qui disaient qu’une telle mesure ne passerait pas. C’était de la folie, bien entendu. J’ai alors dit à Jef Houthuys et à Wilfried Martens que la dévaluation du franc était la seule option possible: en dévaluant la monnaie, nous pouvions relancer les exportations et remettre l’économie en marche. Nous avons alors mis sur pied un groupe de travail. Pour la petite histoire: le secrétaire de ce groupe était Jan Smets, l’actuel gouverneur de la Banque Nationale.

Lorsque le gouvernement Eyskens est tombé, Martens s’est à nouveau retrouvé aux commandes. La veille de Noël, il m’a téléphoné pour me demander si je voulais travailler à son cabinet. "Moi? Je suis un économiste, qu’est-ce que je ferais en politique?", ai-je répondu. Il m’offrait le poste de chef de cabinet adjoint, avec un accès direct au Premier ministre. Et saperlipopette, j’étais jeune, et je ne savais pas quoi faire! Mais lorsque je suis allé le voir, il n’y avait qu’un point de discussion: je devais apprendre à parler ABN, Algemeen Beschaafd Nederlands (le néerlandais officiel, ndlr). J’ai refusé: je ne parle que l’ABZ, l’Algemeen Beschaafd Zults (dialecte de Zulte, ndlr). Mais cela ne l’a pas arrêté. À l’époque, je n’étais pas encore membre du parti, mais j’ai tout de même acheté une carte par honnêteté.

En février 1982, le gouvernement est parvenu à un accord sur la dévaluation du franc. La Belgique voulait faire chuter la devise de 10%, mais les Allemandes trouvaient que c’était trop…

Nous avons donc demandé 12%, et obtenu 8,5%. C’était bien négocié, non? (Rire.) Et donc, en une nuit, nous avons réussi à éliminer totalement notre handicap salarial. Mais la conséquence, c’était que les importations allaient nous coûter plus cher. J’avais calculé que cela ferait monter l’inflation de 3%. Nous devions donc trouver des mesures pour contrer cette hausse. Cela ne pouvait se faire sans les syndicats, qui devaient donner leur accord aux mesures pour réduire les charges salariales. Même Debunne a compris la situation: "J’espère que cette opération réussira." Houthuys était lui aussi d’accord. Ce fut le début de notre collaboration: à partir de là, je suis devenu le go-between entre Houhuys et Martens.

"Si nous réussissons à rétablir les grands équilibres dans les finances de l’Etat, c’est à Fons Verplaetse que nous le devrons", a un jour écrit Martens. C’est un beau compliment.

Au cabinet restreint, personne n’avait de formation économique, à l’exception de Charles-Ferdinand Nothomb. Un moment donné, je l’ai interrogé sur ses connaissances en matière économique. "Monsieur le ministre, vous avez oublié beaucoup de choses." "Je n’ai rien retenu", a-t-il répondu. Martens avait toute confiance en moi. Je tenais donc les rênes économiques. Lorsque nous nous réunissions ici, le week-end, j’étais parfaitement préparé et je savais ce que j’allais mettre à l’agenda.

Comment les choses se passaient-elles? Vous veniez ici avec des tonnes de paperasse?

Bien sûr que non! J’avais tout en tête. Les mesures, ça ne se range pas dans un classeur, n’est-ce pas?

On prend ce genre de décision sur base de chiffres, non?

J’avais tous les chiffres en tête. Je vivais et vis encore avec l’économie. Je suis un véritable Philistin en matière de culture, mais je suis plongé en permanence dans les chiffres. Encore aujourd’hui, malgré mes 86 ans, je reçois deux fois par semaine les derniers chiffres macroéconomiques et je les analyse.

Comment se passaient ces week-ends?

Nous arrivions généralement le samedi après-midi, et nous commencions par faire une grande balade dans les bois. Avec un garde du corps à la tête du groupe, ensuite nous quatre, puis un autre garde du corps pour fermer la marche. Le soir, nous descendions manger au village, au restaurant La Vallée, que le patron nous réservait pour l’occasion. De bons apéritifs, de bons vins, et ensuite des spécialités locales. Le repas était bien arrosé, mais il vaut mieux ne pas le dire, n’est-ce pas? Je ne suis pas certain qu’en fin de la soirée, nos propos étaient encore très avisés. L’atmosphère était plutôt bon enfant. Je n’oublierai jamais ce que l’épouse de Houthuys a dit un jour: "Fons, tu en demandes beaucoup à Jef, tu sais." Et je la comprends. En rentrant, il devait faire avaler la pilule à sa base.

Poupehan ©Karoly Effenberger

La maison compte trois chambres à coucher. Résultat: ma femme et moi dormions sur le divan. Hubert Detremmerie s’est proposé pour y dormir, mais nous avons refusé. Ils n’étaient pas portés sur le luxe, et n’ont pas voulu aller à l’hôtel. Surtout Wilfried Martens. C’était un homme très simple. Il n’était pas à l’aise dans des environnements trop huppés.

Le dimanche, Jef Houthuys et Wilfried Martens allaient à la messe. Tout le village était surpris: que vient faire le Premier ministre ici à Poupehan? M’enfin! Et pourtant, il n’y a jamais eu une ligne à ce sujet dans la presse. Ce serait inimaginable aujourd’hui. Ce n’est que des années plus tard que le journaliste Hugo De Ridder a débarqué ici avec une foule de gens intéressés, mais je ne les ai jamais laissés entrer. Ici, c’est chez nous. Vous voyez les photos de nos enfants et petits-enfants. C’est un lieu qui leur appartient.

Il s’agissait de décisions très importantes, souvent douloureuses pour les travailleurs. Est-ce que les discussions étaient difficiles?

Non, il fallait trouver une solution. J’expliquais la situation. Hubert était toujours d’accord et, quand Jef ne comprenait pas, il lui expliquait. Wilfried Martens restait assis comme un sphinx. Il ne disait rien. Il se contentait de prendre des notes. Son objectif ultime était de convaincre les partenaires sociaux. J’avais un homme de confiance à la CSC et un à la FEB. Ils ont toujours connu à l’avance le résultat de nos discussions. Nous ne les avons jamais pris de court.

Quelles sont les mesures qui ont été décidées ici?

Oh, il y en a eu beaucoup. Une des principales fut la mesure 5-3-3: 5% de réduction du temps de travail, 3% de réduction des salaires et 3% d’embauche. Si les mesures touchaient les travailleurs, les employeurs devaient aussi mettre de l’eau dans leur vin, par exemple via une cotisation de solidarité. Jamais un groupe n’a été seul à faire des efforts. C’est une grande différence par rapport à aujourd’hui.

Que serait-il arrivé à la Belgique si Poupehan n’avait pas existé?

Je n’en sais rien. Peut-être que le gouvernement aurait finalement pris les mêmes décisions. Nous avons au final amélioré de 11,2% notre compétitivité, grâce à d’autres mesures de modération salariale. Il a fallu des années avant d’être certains qu’il ne faudrait plus dévaluer le franc. Entre 1981 et 1985, nous avons réussi à réduire le déficit budgétaire de 14% à 7% du PIB. En 1985, il a même été ramené à zéro.

Vous suivez encore de près la situation économique. Faut-il à votre avis prendre à nouveau des mesures drastiques?

"En Belgique, nous avons trop de niveaux de décision. Ce n’est plus rationnel."

Je m’inquiète surtout pour l’inflation. Elle ne se situe pas uniquement au niveau des prix de l’énergie, comme on le prétend souvent. L’inflation est trop élevée dans toutes les catégories. Par ailleurs, la réforme de l’Etat a provoqué une forte hausse des dépenses. Les gouvernements des régions et les pouvoirs locaux, les intercommunales: en Belgique, nous avons trop de niveaux de décision. Ce n’est plus rationnel. C’est pourquoi je plaide pour une refédéralisation.

Pouvons-nous dire que nous avons besoin d’un nouveau Poupehan?

(Il éclate de rire.) Mais ça ne fonctionne plus comme ça. Imaginez le Premier ministre qui débarque dans un petit village et qui va à la messe, sans que cela se retrouve dans les journaux! La presse d’aujourd’hui a beaucoup plus de pouvoir. Et les rapports de forces ont changé. Auparavant, les choses étaient simples: le CVP occupait le pouvoir depuis vingt ans. Aujourd’hui, c’est une alternance gauche-droite. De plus, ceux qui avaient le pouvoir à l’époque dans le parti étaient plus à gauche qu’aujourd’hui. Il était beaucoup plus facile de faire passer des mesures aussi énergiques. Aujourd’hui, les pouvoirs sont trop fragmentés.

À l’époque, les partenaires sociaux étaient aussi plus courageux. Jef Houthuys voulait, à terme, que toutes les mesures soient positives pour les travailleurs. Mais il osait mouiller sa chemise. Il a même promis, un moment donné, qu’il s’opposerait à la FGTB si ce syndicat partait en grève. Quand Martens l’a appris, il était rassuré.

Fons Verplaetse: "Ce gouvernement n’est pas suffisamment ambitieux. On se dispute, suit une petite crise, on trouve une solution, on se fait à nouveau les doux yeux, mais dans les faits, rien ne change. Les relations restent mauvaises." ©Karoly Effenberger

Je suis cependant optimiste par rapport à l’accord social qui vient d’être conclu par les employeurs et les partenaires sociaux: c’est donc encore possible. Mais l’union sacrée entre le monde politique et les syndicats a disparu. Beaucoup de leurs membres sont aujourd’hui plus proche des Verts. Par ailleurs, les leaders syndicalistes sont davantage des prisonniers que des permanents syndicaux. Ils n’ont plus le courage d’aller à l’affrontement. L’économie est au point mort parce que trop d’intérêts sont en jeu et trop de gens ont voix au chapitre.

Vous plaidez pour plus de technocratie. Devons-nous à nouveau nous asseoir autour de la table avec des experts?

Tout à fait, mais uniquement si les deux parties – employeurs et travailleurs – sont présentes autour de la table. Le gouvernement actuel veut faire trop de choses en même temps. À notre époque, nous avons toujours commencé par nous attaquer au problème de compétitivité, et ensuite aux finances publiques. Vouloir résoudre les deux de front, comme le gouvernement actuel souhaite le faire, ne fonctionne tout simplement pas.

Mais c’est l’Europe qui nous y oblige.

Tout est dans la façon de présenter les choses. Je pense que je pourrais résoudre cette question. Mais ce gouvernement n’est pas suffisamment ambitieux. On se dispute, suit une petite crise, on trouve une solution, on se fait à nouveau les doux yeux, mais dans les faits, rien ne change. Les relations restent mauvaises.

Est-ce que nous avons tendance à sous-estimer l’importance des relations personnelles en politique? À Poupehan, la confiance était totale, et vous étiez même des amis.

C’est certainement très important. Aujourd’hui, au gouvernement, tout le monde dit du mal des autres derrière leur dos. Mais la concentration du pouvoir est aussi un élément important. Lorsque nous sommes allés présenter notre projet de dévaluation à l’Europe, le ministre des Affaires économiques, Marc Eyskens, n’était pas au courant. Mais bon, comme il ne savait pas tenir sa langue, la décision n’était pas difficile à prendre.

Faut-il comprendre que vous trouvez que nous avons aujourd’hui trop de démocratie?

Oui. Si nous voulons une stratégie économique sérieuse, la démocratie absolue n’est pas une bonne chose. Nous avons besoin jusqu’à un certain point d’une main de fer. Nous l’avions auparavant, grâce à l’étroite collaboration entre la Banque Nationale, le Bureau du Plan et le gouvernement.

Faire de la politique "en coulisses" comme c’était le cas à Poupehan, ce n’est pas du tout démocratique, n’est-ce pas?

Au final, c’est tout de même la mission du Parlement élu par le peuple d’établir les lois. C’est vrai, Poupehan n’était pas démocratique. Le fait que le gouvernement disposait de pouvoirs spéciaux a aussi facilité les choses. Par exemple, nous avons pris 130 arrêtés numérotés que nous n’aurions autrement jamais pu obtenir du Parlement. Le Parlement devait les voter en une seule fois à la fin de l’année. Les rejeter n’était pas envisageable, car cela aurait fait tomber le gouvernement, et personne n’y avait intérêt. Mais qu’est-ce qui se serait passé sans Poupehan? Une nouvelle dévaluation! Et en définitive, tout le monde en aurait souffert.

*** Fons Verplaetse a tout dit. Il est fatigué. Un long trajet de retour l’attend. Il referme les rideaux. La vue sur la Semois disparaît derrière des fleurs bleues et roses. Il ferme soigneusement la porte. "Maintenant, vous avez vu Poupehan." La semaine prochaine, il y sera à nouveau, avec sa famille. Lorsque nous descendons la colline, nous lui demandons s’il n’aimerait pas vivre ici en permanence. "Jamais de la vie. C’est trop loin de tout. Ici, le village ne compte plus que 180 âmes. Auparavant, il y a avait cinq restaurants. Aujourd’hui, il n’en reste qu’un. Tous les jeunes partent à Liège. Le village de Poupehan souffre d’hémorragie."

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