Il reste de l'avenir pour l'industrie en Belgique

Electrawinds: un successstory belge en matière industrielle.

La désindustrialisation frappe chez nous davantage que partout ailleurs. Il est grand temps de réagir en s’inspirant du modèle allemand.

Cela vaut-il encore la peine de se battre pour conserver un ancrage industriel belge, alors que le centre de gravité de l’économie glisse de plus en plus vers le secteur tertiaire? La question est de plus en plus posée. Certains, comme Paul De Grauwe, économiste à la KUL, estiment qu’il s’agit d’un combat d’arrière-garde et qu’il vaut mieux concentrer les efforts sur le développement des services. D’autres, comme l’économiste Geert Noels (Econopolis), estiment au contraire que l’industrie a encore de l’avenir et qu’il faut tout mettre en œuvre pour la préserver et la consolider. C’est la stratégie développée de manière volontariste par l’Allemagne depuis dix ans, avec le succès que l’on sait.

Dans une étude commandée par l’Unizo (classes moyennes flamandes) et la plate-forme d’entrepreneurs flamands VKW, Geert Noels fait le point sur la désindustrialisation en Belgique. L’étude a été présentée hier sur le site emblématique de Renault-Vilvorde, en présence d’une brochette de 25 patrons flamands dont les entreprises prouvent qu’il y a encore moyen de faire sa place dans l’industrie manufacturière sous nos latitudes.

La Belgique à la traîne

Geert Noels constate que le phénomène de désindustrialisation touche la Belgique davantage que partout ailleurs, à l’exception de la Grande-Bretagne. Depuis 1970 (voir graphique), la Belgique a perdu la moitié de ses emplois industriels. "Et la récente crise financière a frappé davantage les pays dont l’industrie est fragilisée que ceux qui disposent d’un socle industriel fort", observe Geert Noels. Seules la chimie et la pharmacie ont su conserver une activité importante dans notre pays.

Les causes de ce déclin accéléré sont multiples: manque d’efficacité des pouvoirs publics, rigidités sur le marché du travail, mais surtout un handicap concurrentiel en termes de coût salarial qui n’a cessé de se creuser par rapport à nos principaux partenaires et concurrents.

Et pourtant, tout miser sur les services ne remplacera pas entièrement l’apport de l’industrie à la prospérité du pays, soutient Geert Noels. Chiffres à l’appui, l’économiste montre que l’industrie manufacturière demeure le secteur le plus important de notre économie en termes de valeur ajoutée, d’emploi et de niveau de salaires. En ce qui concerne les dépenses en recherche et développement, celles-ci sont assurées à 75% par l’industrie manufacturière. Quant aux investisseurs étrangers, ils ne semblent aucunement avoir délaissé l’industrie en Europe, à condition de leur offrir des conditions intéressantes.

Prise de conscience

Reste à voir comment redresser la barre. Pour Geert Noels, il faut d’abord une prise de conscience collective. "Il faut briser le fatalisme qui voudrait que l’industrie manufacturière soit condamnée à la disparition, à l’image de ce qui est arrivé à l’agriculture au siècle dernier. Cette vision est erronée", affirme Geert Noels. "En Allemagne au contraire, chacun est imprégné de la nécessité vitale de préserver un ancrage industriel fort, et ce quel que soit le prix qu’il en coûte", précise-t-il.

Ensuite, il faut une concertation sociale constructive, des pouvoirs publics efficaces, un soutien aux efforts de recherche, un accent sur l’économie verte et — last but not least — intégrer une vision industrielle dans toute décision de politique économique.

 


Quelques exemples à méditer…

Face à la menace que représente la désindustrialisation, certains pays s’en sortent pourtant plus qu’honorablement. La Belgique pourrait s’en inspirer utilement.

Allemagne.
C’est devenu la référence en Europe en matière de politique industrielle. Après une période 1980-2000 difficile, les lois Harz ont renversé la tendance à partir de 2000. Réforme du marché du travail et baisse des coûts salariaux ont permis à l’Allemagne de reconquérir des parts de marché, et ce malgré l’euro fort et la concurrence des pays asiatiques. À cela s’ajoutent des pouvoirs publics efficaces et entièrement dévoués au maintien de la position concurrentielle du pays.

Suisse.
Malgré une position géographique ingrate, une monnaie chère et la tentation de tout miser sur les services financiers, la Suisse a su remarquablement préserver des secteurs industriels performants (pharma, mécanique de précision et alimentation). La clé du succès réside dans le souci de la qualité et des pouvoirs publics efficaces.

Japon.
En dépit de la stagnation de son économie depuis deux décennies, le Japon est resté une puissance industrielle majeure. À la tradition de qualité développée par les conglomérats est venu s’ajouter un goût prononcé pour l’innovation. Le Japon a en outre su tirer profit de l’essor de la Chine.

Italie.
Malgré un handicap de coût très important, les entreprises italiennes, souvent de petite taille, parviennent toujours à vendre leur exceptionnelle créativité. La renaissance du géant Fiat constitue une autre surprise de taille.

Chine.
C’est la success-story de la décennie écoulée, bâtie en grande partie sur la faiblesse des coûts. Reste à voir combien de temps cet atout pourra encore jouer. Le marché intérieur chinois reste par ailleurs encore largement inexploité.

Corée.
Malgré les tensions géopolitiques régionales et l’absence de matières premières, la Corée s’est imposée comme un leader en matière de construction navale, de robotique, de génie civil et de biotechs. Le miracle industriel coréen repose sur plusieurs facteurs: enseignement performant, prédilection pour le high-tech et souci de perfection à tous les niveaux.

Tchéquie.
L’industrie tchèque est traditionnellement orientée vers l’automobile où elle se maintient grâce à une bonne maîtrise des coûts à laquelle est venue s’ajouter une qualité incontestable.

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