Koen De Leus (BNPP Fortis): "Le scrutin du 26 mai inquiète moins que le Brexit"

Koen De Leus, chief economist BNPP Fortis ©Debby Termonia

L'année 2018 se clôture sur une note décevante, avec une croissance de 1,4% seulement. Les incertitudes extérieures - Brexit, guerre commerciale - altèrent davantage la confiance que le risque d'une paralysie politique après le 26 mai.

D’après l’Institut des comptes nationaux (ICN), le Produit intérieur brut (PIB) de la Belgique a augmenté de 0,3% au quatrième trimestre de 2018 par rapport au trimestre précédent. Le même chiffre de 0,3% a été enregistré pour chacun des quatre trimestres de 2018.

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Sur l’ensemble de l’année 2018, le PIB aurait progressé de 1,4%, selon une première estimation provisoire.

Sur l’ensemble de l’année 2018, le PIB aurait progressé de 1,4%, selon une première estimation provisoire. Ce chiffre est révisé 60 et 120 jours après la fin du trimestre sur la base d’informations plus complètes devenues disponibles entre-temps. Quoi qu'il en soit, ce résultat représente un ralentissement par rapport au 1,7% enregistré en 2017 et 1,5% en 2016. Dans ses prévisions formulées début décembre, la Banque nationale tablait encore sur 1,5% de croissance pour 2018.

Koen De Leus, économiste en chef chez BNP paribas Fortis, explique pourquoi l’année écoulée s’est clôturée de manière décevante. "La consommation des ménages a souffert de la flambée de l’inflation, tandis que le taux d’épargne fait du surplace. Les investissements des entreprises, eux, sont impactés par le spectre du Brexit et la menace d’une guerre commerciale en provenance des Etats-Unis."

Outre les facteurs de risque externes, les agents économiques doivent aussi faire face à des problèmes propres à la Belgique. "Les files paralysent notre réseau routier, certaines infrastructures sont vieillissantes et on trouve difficilement de la main d’oeuvre qualifiée. Tout cela freine la croissance."

L’emploi progresse encore

L'ICN fournit également le détail des composantes de la croissance pour le troisième trimestre 2018. Celui-ci a donc vu le PIB progresser de 0,3%. La valeur ajoutée s’est inscrite en hausse tant dans l’industrie (+0,3%) et la construction (+0,4%) que dans les services (+0,3%).

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Au troisième trimestre de 2018, l’emploi a enregistré une augmentation appréciable de 15.000 personnes (+0,3%) sur une base trimestrielle et de 61.300 personnes (+1,3%) sur une base annuelle.

La demande intérieure s’est par contre repliée de 0,1%. La consommation des ménages s’est réduite de 0,2% et les investissements des entreprises se sont, eux aussi, affaiblis (-0,4 %). Pas de quoi s'inquiéter cependant, car les investissements des entreprises ont été négativement influencés par la vente de navires à l'étranger. Sans quoi, la croissance des investissements aurait été positive de 0,1%.

À l’inverse, la demande extérieure a progressé. Les exportations de biens et de services ont affiché une hausse de 1,4%. L’accélération des importations de biens et de services est, elle, restée limitée à 1,1%, si bien que les exportations nettes ont contribué positivement à la croissance (+0,3%).

Au troisième trimestre de 2018, l’emploi a enregistré une augmentation appréciable de 15.000 personnes (+0,3%) sur une base trimestrielle et de 61.300 personnes (+1,3%) sur une base annuelle. Cette croissance est principalement attribuable à l’évolution de l’emploi dans le secteur privé.

Quid en 2019?

Pour 2019, la plupart des prévisions s'orientent vers le statu quo, à savoir 1,4% de croissance. Celle-ci devrait ensuite poursuivre sa lente érosion en 2020 (1,3%) et 2021 (1,2%), d’après les dernières projections de la Banque nationale.

Koen De Leus se veut pour sa part encore un peu plus prudent en tablant sur 1,3% de croissance cette année et 1,2% l’an prochain. Il se dit particulièrement interpellé par les chiffres des ventes de voitures en décembre dernier. "Les immatriculations étaient au plus bas depuis des décennies", constate-t-il.

"L’inflation devrait logiquement diminuer, ce qui viendra soutenir les dépenses des ménages. De même, le tax shift apportera un ballon d’oxygène bienvenu."

Il compte néanmoins sur la consommation privée pour maintenir le bateau à flots. "L’inflation devrait logiquement diminuer, ce qui viendra soutenir les dépenses des ménages. De même, le tax shift apportera un ballon d’oxygène bienvenu."

Il se méfie par contre du taux d’épargne. "Celui-ci se situe actuellement sous la moyenne européenne, ce qui pour la Belgique est assez exceptionnel. On ne peut donc pas exclure une remontée du taux d’épargne."

La perspective d’une année électorale ne devrait cependant pas trop inquiéter les agents économiques, malgré les bruits alarmistes qui circulent à propos de la formation d’un prochain gouvernement fédéral. "C’est un élément potentiellement moins perturbant que le Brexit ou un possible repli boursier", estime Koen De Leus.

Tous les regards seront bientôt tournés vers les négociations interprofessionnelles, actuellement au point mort suite au geste de mauvaise humeur des syndicats. "Si on lâche trop de lest du côté des salaires, on risque de mettre à néant le tax shift", prévient l’économiste en chef de Fortis. "La modération salariale est préférable pour préserver notre compétitivité retrouvée. D’autant que l’indexation automatique des salaires préserve le pouvoir d’achat."

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