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L'appel d'offre pour remplacer le F-16 est lancé

©AFP

Le gouvernement a donné son feu vert à l’envoi de l’appel d’offres pour le remplacement des F-16. Un marché de 3,59 milliards d’euros qu’il espère conclure avant la fin 2018.

Avec 3,59 milliards d’euros, ce sera le plus important marché de la Défense de ces quarante dernières années: le gouvernement a approuvé vendredi le lancement de la procédure de remplacement des vénérables chasseurs-bombardiers F-16 par 34 nouveaux avions de combat. Les services du ministre de la Défense, Steven Vandeput (N-VA), ont reçu le feu vert pour envoyer aux cinq agences étatiques représentant chacune un type d’appareil différent le "Request for governmental Proposal", RfGP), le cahier de charges qui permettra aux constructeurs de proposer une solution conforme aux besoins militaires belges.

"La Belgique souhaite établir un partenariat à long terme et une collaboration militaire."
steven vandeput
ministre de la défense

Les cinq appareils en lice pour ce marché sont le F-35A Lightning II de Lockheed Martin, le F/A-18E/F Super Hornet de Boeing, le Rafale F3R du français Dassault, le JAS-39E/F Gripen du suédois Saab et l’Eurofighter Typhoon du consortium éponyme. La Belgique souhaite conclure un accord de gouvernement à gouvernement pour sceller cet achat car elle entend, au-delà de cette acquisition, "établir un partenariat à long terme et une collaboration militaire", a fait valoir Steven Vandeput. Dès réception de ce cahier de charges, les agences étatiques - trois européennes et deux américaines - disposeront de plusieurs mois pour poser des questions et rendre leurs propositions. Suivra ensuite une période d’analyse des offres initiales et d’évaluation. Ensuite, les militaires chargés de gérer le dossier devraient proposer au gouvernement une "short list" de deux appareils, voire même un seul avion.

La véritable négociation pour la finalisation du contrat commencerait à ce moment, avec l’ambition de conclure "dans le courant de l’année 2018",a précisé le ministre de la Défense dans un communiqué. Un calendrier ambitieux aux dires des spécialistes, mais qui s’explique par la proximité des prochaines élections législatives.

©Mediafin

Potentiel de croissance

Quels sont les éléments prédominants qui pousseront les experts à choisir un appareil plutôt qu’un autre? Pour cela, il faudra encore attendre un peu, car la "RfGP" ne sera rendue publique que lorsque les agences concernées en auront accusé réception. Steven Vandeput a simplement évoqué "de nombreux critères" d’appréciation, dont "le potentiel de croissance" du futur appareil. Le ministre répondait par là aux questions sur la capacité potentielle du remplaçant du F-16 à emporter des ogives nucléaires. Un critère qui pourrait fausser l’appel d’offres, dans la mesure où pour l’instant, seul le F-35A Lightning II de Lockheed Martin est susceptible de répondre sur le papier à cette mission.

Selon plusieurs sources, la formulation retenue dans la RfGP ferait passer cette question nucléaire à l’arrière-plan et laisserait la porte ouverte à plusieurs scénarios. En revanche, a souligné brièvement le Premier ministre Charles Michel, la décision belge tiendra compte "du potentiel des retours économiques" liés à cet achat. En coulisse, on souligne que l’appel d’offres fait valoir l’article 346 1B du Traité de l’Union européenne, ce qui permettra aux autorités belges de réclamer certaines compensations économiques dans le cadre de marchés publics de Défense, au nom des intérêts essentiels de sécurité du pays. Toutefois, alors qu’il y a quarante ans, les entreprises belges avaient pu bénéficier de compensations directes extrêmement importantes lors de la conclusion du contrat F-16, ce marché du siècle ne se répétera pas à l’identique.

D’abord parce que la Belgique n’achètera "que" 34 appareils, alors qu’en 1975, la commande, groupée avec les Pays-Bas, le Danemark et la Norvège, portait initialement sur 348 avions! Ensuite, les industriels belges sont quasiment absents des programmes de fabrication des cinq appareils en lice. Comme les chaînes logistiques sont déjà en place, il ne sera pas si facile de trouver de l’activité, d’autant que la situation est un peu similaire dans le secteur civil. Un des candidats fait toutefois exception. Les Français sont sans doute nettement mieux placés que la concurrence: les trois industriels présents dans le groupement d’intérêt économique (GIE) Rafale International (Dassault Aviation, Thales et Safran) comptent chacun une filiale en Belgique.

JAS 39 Gripen. ©AFP
Le Rafale. ©AFP
Eurofighter Typhoon ©EPA
F-35 ©REUTERS
F/A-18E Super Hornet. ©Aude Vanlathem

Même niveau d’ambition

La Belgique était un des derniers pays en Europe à n’avoir pas encore pris une décision sur le renouvellement de ses avions de combat. Selon la Défense, la durée de vie des F-16 est limitée à 8.000 heures de vol par Lockheed Martin. Ce qui signifie qu’ils seront progressivement retirés du service au cours de la période 2023-2028. Les trois autres pays européens de l’Otan qui avaient acheté le F-16 à l’époque dans le cadre d’un programme multinational ont déjà opté pour un successeur, en l’occurrence le F-35. Mieux: tant le gouvernement néerlandais que ceux de la Norvège et du Danemark se sont engagés dans les années 2000 dans le programme "Joint Strike Fighter" (JSF), qui a donné naissance au F-35. Ce qui leur garantit aujourd’hui certains retours économiques directs, contrairement à notre pays.

La Belgique va-t-elle finalement rejoindre ses anciens partenaires et opter à nouveau pour un appareil de Lockheed Martin? On n’en est pas là. Ce n’est toutefois pas un grand secret que les militaires belges affichent une préférence pour l’avion américain, notamment parce qu’il n’en est qu’au début de son potentiel et qu’il sera utilisé très longtemps par de nombreuses forces aériennes. Mais le F-35, dont le développement n’est pas encore totalement achevé, a connu de nombreux déboires, à tel point que le président Donald Trump a menacé d’annuler une partie des commandes…

Quoi qu’il en soit, a rappelé Steven Vandeput, les nouveaux avions, plus modernes et plus performants, permettront de maintenir le niveau d’ambition mentionné dans la vision stratégique de la Défense. À savoir six avions de combat disponibles sur une base permanente pour des opérations et deux avions prêts en permanence à assurer la protection de l’espace aérien belge et désormais de l’ensemble du Benelux dans le cadre de la mission appelée "Quick Reaction Alert" (QRA).

Les avions candidats:

 

RAFALE F3R

©EPA

  • Mise en service: 2018 (2001 pour la version F1). Biréacteur.
  • Moteur: Snecma M-88 (Safran)
  • Électronique: radar RBE2 AESA (balayage électronique actif) de Thales. Système optronique frontal (détection passive) de Thales. Système de guerre électronique Spectra (Détection radar, brouilleurs…) fabriqué par Thales/MBDA.
  • Commandés: France (180), Egypte (24), Qatar (24), Inde (36).
  • Vitesse maximale: Mach 1,8.
  • Rayon d’action: 1.760 km
  • Poids (à vide): 10 tonnes/Poids max au décollage: 24,5 tonnes.
  • Armement: 9,5 tonnes.
  • Avantages: Présence des trois industriels (Dassault, Thales et Safran) en Belgique. Retours industriels a priori intéressants. Excellente maturité de l’avion. Utilisé en opération. Grande polyvalence. Possibilité d’entraînement des pilotes en France. Capacité d’emport importante, y compris nucléaire (théorique). Furtivité partielle. Possibilités d’évolution encore importantes.
  • Inconvénients: Design de l’avion figé dans les années quatre-vingt. Possibilités en moteurs et en pièces de rechange plus réduites pour les déploiements à l’étranger.
  • Coût estimé: de 85 à 95 millions d’euros.

 

F-35 LIGHTNING II

©REUTERS

  • Mise en service: 2016 (version A). Monoréacteur
  • Moteur: Pratt & Whitney F135
  • Électronique: radar à antenne à balayage électronique actif (E-Scan) Northrop Grumman. Système électro-optique de détection; système de gestion des menaces/détecteurs infrarouges à 360°. (BAE Systems).
  • Commandés: USA: 2.443; Royaume-Uni (138) Italie (90), Pays-Bas (37), Turquie (100), Australie (100), Norvège (52), Danemark (27), Israël (33), Japon (42), Corée du Sud (40).
  • Vitesse maximale: Mach 1,6 +
  • Rayon d’action: 1.135 km (sur carburant interne).
  • Poids (à vide): 13 tonnes. Poids max au décollage:25 tonnes.
  • Armement: 2 soutes avec chacune 2 pylônes. 6,8 tonnes en externe (sans furtivité).
  • Avantages: Le F-35 est l’un des appareils les plus avancés au monde (furtivité, fusion de données…) Possibilités en moteurs et en pièces de rechange plus grandes pour les déploiements à l’étranger. Entraînement des pilotes aux USA. Capacité nucléaire prévue. Héritage positif de Lockheed Martin en Belgique avec le F-16.
  • Inconvénients: Retombées industrielles incertaines. Nombreuses maladies de jeunesse; complexité et fragilité des systèmes. Performances en opération pas encore démontrées. Polyvalence limitée. Coût d’utilisation élevé. Incertitudes sur le programme.
  • Coût estimé pour 2020: 85 millions USD; actuellement: 101 millions USD.

 

EUROFIGHTER TYPHOON

Eurofighter Typhoon ©EPA

  • Mise en service: 2020 pour la version E-Scan radar. (2004 pour la première version). Biréacteur
  • Moteur: Eurojet EJ200-3A (Rolls-Royce, MTU, Avio).
  • Électronique: radar Captor avec antenne à balayage électronique actif (E-Scan). Système Pirate d’acquisition passif (Selex). Système de guerre électronique (Selex/BAE Systems).
  • Commandés: Allemagne (143), Royaume-Uni (160), Italie (160), Espagne (73), Autriche (15), Arabie saoudite (72), Oman (12), Koweït (28).
  • Vitesse maximale: Mach 2
  • Rayon d’action: 1.852 km
  • Poids (à vide): 11 tonnes/Poids max au décollage: 23,4 tonnes.
  • Armement: 7,5 tonnes.
  • Avantages: Utilisé en opération. Possibilités en moteurs et en pièces de rechange plus grandes pour les déploiements à l’étranger. Possibilités d’évolution encore importantes. Entraînement des pilotes au Royaume-Uni.
  • Inconvénients: Incertitude sur les retours industriels, bien qu’Airbus soit un gros donneur d’ordre en Belgique. Design de l’avion figé dans les années quatre-vingt. Furtivité réduite. Polyvalence moins grande (l’avion est considéré avant tout comme un intercepteur évoluant vers un appareil omnirôle). Inconnue du Brexit (c’est BAE qui promeut l’appareil en Belgique). Option nucléaire peu probable.
  • Coût estimé: 100 à 120 millions d’euros.

 

JAS 39 GRIPEN E/F

©AFP

  • Année de mise en service: 2018. (1996 pour la version A)
  • Monoréacteur.
  • Moteur: une variante du F414 de General Electric (USA).
  • Électronique: radar AESA Raven fabriqué par Selex (Écosse, groupe Leonardo). Système optronique frontal (détection passive) IRST Skyward-G produit par Selex.
  • Commandes: Suède (60), Brésil (36, sous l’appellation NG).
  • Vitesse maximale: Mach 2.
  • Rayon d’action: 1.300 km
  • Poids (à vide): 7 tonnes. Poids max au décollage: 16,5 tonnes
  • Armement: 5,2 tonnes.
  • Avantages: Le moins cher parmi les appareils proposés, coûts d’utilisation moins élevés, légèreté, facilité de mise en œuvre, pièces communes avec la version précédente (Gripen A/B/C/D).
  • Inconvénients: Neutralité de la Suède, pas d’option nucléaire. Pas encore utilisé en opération (pour la version E/F), possibilités en pièces de rechange et en moteurs plus réduites. Appareil non utilisé par les pays de l’Otan (pour la version E/F). Furtivité réduite.
  • Coût estimé: 65 à 70 millions d’euros.

 

F/A-18 E/F SUPER HORNET

©x

  • Mise en service: 2007 pour la version E-Scan radar. (1999 pour la version de base). Biréacteur
  • Moteur: F414 de General Electric (USA)
  • Électronique: Radar Raytheon à balayage électronique. IRST (Infrared Search-and-Track) développé en commun par Lockheed-Martin, Boeing et General Electric.
  • Commandés: US Navy (447), Australie (24). Canada (18), Koweït (28).
  • Vitesse maximale: Mach 1,8
  • Rayon d’action: 1.400 km
  • Poids (à vide): 14,5 tonnes. Poids max au décollage: 30 tonnes
  • Armement: 8 tonnes
  • Avantages: Possibilités de retombées économiques a priori intéressantes (importance de Boeing et de ses partenaires). Largement utilisé en opération par l’US Navy. Grande polyvalence. Entraînement des pilotes aux Etats-Unis. Possibilités en moteurs et en pièces de rechange plus grandes pour les déploiements à l’étranger.
  • Inconvénients: Design figé fin des années septante (F/A-18), puis remanié au début des années nonante (F/A-18 E/F). Furtivité réduite. Appareil non utilisé par les pays européens. Option nucléaire non prévue.
  • Coût estimé: 80 à 85 millions d’euros.

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