L'économie belge hantée par le spectre de l'inflation

L’inflation en Belgique a franchi la barre des 3% au mois d’octobre, une première depuis deux ans. En cause: surtout les prix de l’énergie.

L’inflation en Belgique est passée de 2,91% à 3,01% sur base annuelle au mois d’octobre. C’est beaucoup compte tenu de la croissance économique plutôt faible. C’est aussi la première fois depuis novembre 2008 que l’inflation franchit à nouveau le cap des 3%.

Ce réveil inflationniste est à mettre entièrement sur le compte de la hausse des prix des matières premières. Le tableau ci-joint montre que les plus fortes hausses de prix concernent les produits alimentaires et les produits énergétiques. La preuve: hors énergie, l’inflation est restée stable à 1,63%. Ceci pose, comme l’ont déjà montré plusieurs études (dont une de la Banque nationale), la question de la dépendance élevée de l’économie belge par rapport aux combustibles fossiles.

Comment remédier à cet écueil? "S’il est entendu que la Belgique n’a aucune prise sur l’évolution du cours du baril, on peut par contre faire quelque chose au niveau de la façon dont ces prix sont transmis sur le marché belge", répond Ivan Van de Cloot, économiste en chef d’Itinera Institute, un think tank belge indépendant.

Or notre marché de l’énergie n’est ni concurrentiel ni transparent, constate-t-il. "Nous avons libéralisé le marché des fournisseurs, mais ceux-ci s’adressent tous au même producteur. Nous vivons avec l’illusion d’un marché libéralisé. Tant qu’on n’aura pas pris de mesures radicales, l’économie belge devra composer avec ce handicap", lance-t-il.

Effets de second tour

Cette poussée de l’inflation n’est du reste pas sans risques. "On tente de soutenir la relance par le biais d’une politique monétaire accommodante. Mais si l’inflation vient s’en mêler, on ne pourra pas tenir cette politique très longtemps", prévient Van de Cloot.

"Il faut à tout prix éviter que les hausses de prix des produits énergétiques que l’on vient de connaître ne se répercutent sur l’ensemble des produits", renchérit pour sa part Philippe Ledent, économiste chez ING. "Confrontées à l’indexation des salaires, les entreprises pourraient être tentées de répercuter cette hausse des coûts sur leurs prix de vente." Ce sont les fameux effets de second tour tant redoutés par la Banque centrale européenne (BCE).

Tassement en vue

Que faut-il attendre pour la suite? Pour Philippe Ledent, on a tout doucement atteint le sommet de la poussée inflationniste. "Actuellement, le prix du pétrole est stable et celui du gaz diminue. Nous n’allons pas vers des sommets de 4 à 5% d’inflation comme en 2008", rassure-t-il. "On devrait au contraire assister à un tassement dans les prochains mois."

A condition toutefois que les autres matières premières suivent la même évolution, ce qui n’est pas garanti. "Aujourd’hui, on assiste à une hausse des prix des céréales (+40%) et du minerai de fer (+90%) sur les marchés internationaux", constate Van de Cloot.

Quoi qu’il en soit, à supposer que l’inflation en Belgique se maintienne aux alentours de 3% en novembre et en décembre, l’inflation moyenne sur l’ensemble de l’année 2010 devrait avoisiner les 2,2%, selon ING. Une prévision également partagée par Itinera Institute. C’est bien plus élevé que toutes les prévisions initiales. Et c’est surtout plus élevé que la moyenne européenne.

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