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L'économie belge s'effondre: un scénario en "K"

Le PIB belge enregistre une chute historique au deuxième trimestre.

Comme on pouvait le redouter, l’économie belge s’est effondrée (-12,2%) au deuxième trimestre. C’est une chute abyssale, sans précédent. Au quatrième trimestre 2008, au plus fort de la crise financière, l’économie s’était contractée de 2%. Le pire, c’est que pour l’heure, avec les vagues de contaminations qui se succèdent, rien ne laisse entrevoir une réelle amélioration de la situation au second semestre.

En mars dernier, le débat portait sur une reprise en V, en U voire en W. Aujourd’hui, ces scénarios paraissent bien optimistes. On parle plutôt d’un scénario en L, c’est-à-dire d'une chute brutale suivie d’une stabilisation à un niveau très inférieur à celui d’avant la crise. Ou encore d’un scénario en K. C’est celui que défend l’économiste Koen De Leus (Fortis) et qui illustre la dualisation entre ceux qui ont la chance de passer entre les gouttes et ceux qui boivent la tasse.

En effet, cette crise frappe au hasard, à l’aveugle. Il y a ceux pour qui rien ne change: ils peuvent télétravailler, ont un emploi stable, voire garanti à vie ou peuvent alors compter sur une pension versée tous les mois. Avec le commerce qui tourne au ralenti, ils peuvent même se permettre d’épargner. À l’inverse, il y a ceux pour qui c’est la descente aux enfers: plus de travail, clients absents, finances à sec, faillite. Ils sont indépendants, commerçants, artistes, travailleurs de l’Horeca, jobistes étudiants. Ils n’ont rien demandé et se retrouvent sur le carreau, condamnés à attendre des jours meilleurs.

Il y a ceux qui ont la chance de passer entre les gouttes et ceux qui boivent la tasse.

Car c’est bien là toute la question. Tant qu’un vaccin n’aura pas été mis sur le marché, on ne verra pas le bout du tunnel et l’économie restera profondément perturbée. Consommer moins, vivre autrement, acheter durable, se reconnecter à soi : tout le monde n’a pas le luxe de pouvoir philosopher. Cette crise changera sans doute à terme notre façon de vivre mais dans l’immédiat, elle est surtout synonyme d’un appauvrissement collectif sans précédent depuis 1945. Il faudra des années pour que l’économie et les finances publiques s’en remettent.

Plutôt que d’arroser l’économie à coup de chèques-consommation ou autres stimuli, il serait plus efficace – et plus juste aussi – de concentrer les mesures de soutien sur ceux qui en ont le plus besoin, quitte à demander un petit effort supplémentaire aux plus vernis.

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