analyse

L'évolution des salaires ne dépend pas que de la marge...

©AFP

Les salaires ne devraient pas augmenter de plus de 0,4% au cours des deux prochaines années pour maintenir la compétitivité belge. Comment et pourquoi ce plafond a-t-il été fixé?

On en parle beaucoup ces derniers temps. De quoi? Des salaires pardi! Selon le Conseil central de l'économie (CCE), ceux-ci ne devraient pas augmenter de plus de 0,4% au cours des deux prochaines années afin que la Belgique préserve sa compétitivité. Ce résultat, le Conseil l'a obtenu en suivant les modalités de calcul contenues dans la fameuse loi de 1996, plus précisément dans sa version revue en 2017 par le gouvernement Michel.

0,4%
Marge maximale disponible
Les salaires en Belgique ne devraient pas augmenter de plus de 0,4% au cours des deux prochaines années pour préserver la compétitivité belge, estime le CCE.

En caricaturant, un membre du Groupe des Dix n'hésite pas à comparer cette loi revisitée à un robot ménager : "On y met tous les ingrédients, on appuie sur un bouton et on se retrouve ensuite avec un joli plat tout cuit." Pratique certes, mais visiblement peu adapté à notre modèle de concertation sociale. Car, et c'est la principale critique des organisations syndicales, une fois le plat préparé, plus moyen d'y toucher, pas même de l’assaisonner. La CSC et la FGTB, qui jugent la marge pour 2021 et 2022 insuffisante, martèleront leurs griefs lundi lors d'une grève nationale.

Mais au fond, que calcule exactement le CCE et que peut-on dire des évolutions des salaires ces dernières années ? On tente de vous donner quelques clés sans vous noyer sous des références techniques. Accrochez-vous tout de même !

Handicap "relatif" et "absolu"

L'objectif de la fameuse loi de 1996 est clair : éviter une perte de compétitivité de la Belgique par rapport à l'Allemagne, la France et les Pays-Bas. Pour s'assurer que notre pays reste dans les clous, les salaires sont analysés à plusieurs niveaux.

Tout d'abord, on effectue une comparaison de l'évolution des coûts salariaux depuis 1996. D'après le CCE, ceux-ci ont augmenté moins vite en Belgique que dans les pays voisins ces dernières années, ce qui fait que le "handicap relatif" a été quasiment éliminé. Une évolution favorable due, selon les employeurs, au respect des dispositions de la loi adaptée en 2017.

11%
Handicap absolu des coûts salariaux
En 2019, les coûts salariaux en Belgique étaient en moyenne supérieurs de 11% par rapport à la moyenne des États membres de référence.

Pour autant, le "handicap absolu" (ou historique), comprenez les différences du coût du travail horaire entre la Belgique et les États de référence, reste important, rappellent régulièrement les patrons. Dans le secteur privé, celui-ci demeure en moyenne 11% plus élevé chez nous.

"En chiffres absolus, on peut établir que la Belgique est plus chère. Mais c’est normal et logique", nuance-t-on à la FGTB, où l’on insiste sur la meilleure "productivité" des travailleurs belges. En tenant compte de celle-ci, la différence de salaire serait même, selon certaines estimations, d'environ 1% à l'avantage de la Belgique.

D'après d'autres statistiques d'Eurostat, notre pays a connu une hausse de ses coûts salariaux par unité produite (CSU) de 1,9% en 2019. Cette augmentation, la quatrième consécutive depuis une diminution en 2015, s’observe cependant aussi dans les pays voisins, particulièrement en Allemagne.

Indexation automatique de 2,8%

Vous suivez toujours? On vous avait prévenu, ce n’est pas simple… Revenons au calcul du CCE. Vu la crise et en s'appuyant sur les données disponibles pour 2020, il a conclu que nos salaires ne pourraient pas augmenter de plus de 0,4%.

Si les syndicats fustigent "le logiciel truqué" qui a permis d'obtenir cette marge, les employeurs défendent mordicus le résultat obtenu. Compte tenu de la pandémie, les augmentations chez nos voisins resteront probablement très limitées, assurent-ils, rappelant en outre qu'une indexation automatique de 2,8% s'applique en Belgique, mais aussi que des augmentations barémiques sont prévues dans certaines entreprises.

Pas de quoi convaincre la FGTB et la CSC: "Une marge de 0,4%, c’est trop peu, surtout dans des secteurs qui ont fait de bonnes affaires ces derniers mois, souvent grâce au travail assidu de leurs salariés." Aucun secteur n'a été épargné, rétorque le patronat. Même au sein de ceux réputés solides, un groupe important d'entreprises est en difficulté. Dans l'industrie chimique, 13% sont par exemple en grande difficulté, tandis que 23% le sont dans l'industrie alimentaire, estimait récemment la FEB.

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