L'imprévisible Trump menace le sommet de l'Otan

©BELGA

Terrorisme, Russie, contributions au budget… De nombreux défis attendent les dirigeants des 29 pays de l’Otan, en sommet mercredi et jeudi à Bruxelles. Le plus délicat sera l’humeur imprévisible du Président américain. Les Européens s’y sont préparés.

Après lui, le déluge. Le dernier sommet du G7 a montré à quel point le président des Etats-Unis Donald Trump peut mépriser les réunions multilatérales. À peine Air Force One avait-il décollé que le Président rejetait en un tweet rageur le communiqué final de la réunion. Il venait pourtant d’approuver le texte avec ses homologues. La chancelière allemande Angela Merkel en a fait une déprime, craignant une catastrophe lors du prochain sommet de l’Otan. Un mois plus tard, nous y sommes.

©MEDIAFIN

Les alliés ont tout fait pour que le bouillonnant Président ne soit pas surpris par quelque chose qu’il n’aurait pas compris et éviter le clash. Les ambassadeurs des 29 États de l’Otan se sont réunis jusqu’aux petites heures ce week-end pour s’accorder sur un projet de conclusions du sommet. "Tout a été fait pour que Trump reçoive le texte à l’avance et ne se sente pas tenu par des conclusions qu’il découvrirait à la dernière minute dans l’avion", dit un diplomate.

L’Echo a pris connaissance des grandes lignes de ce projet de conclusions.

→ Contribution au budget. Donald Trump exige de ses alliés qu’ils respectent l’engagement d’accroître leurs dépenses militaires "jusqu’à 2% de leur PIB". La Belgique, en queue du peloton, est à 0,9%. Notre pays promet d’atteindre 1,3% en 2030, mais cela ne suffit pas aux yeux de Trump. L’Allemagne, la première économie européenne, atteint 1,2%. Les anciens pays du bloc soviétique, sous menace russe, sont pratiquement à niveau. Les Etats-Unis sont à 3,6%. La moyenne de l’Otan est de 1,5% du PIB.

Une fois à Bruxelles, comment le Président américain va-t-il régler – ou tweeter – cette affaire source de tensions? Personne ne le sait, et c’est ce qui provoque une crainte énorme dans les rangs des autres pays de l’Otan.

"Les alliés ont une vision globale, différente de celle de Trump, dit une source de l’alliance. L’engagement de 2014 était d’approcher les 2%."

Les alliés avaient pris deux autres engagements dont il faut aussi tenir compte. Consacrer 20% des investissements au renouvellement des capacités militaires et accroître sa contribution matérielle et humaine à l’Otan. "L’Otan n’est pas qu’une banque", estime un diplomate. La Belgique avancera sur la question des capacités lors du renouvellement de ses F-16, un contrat dont la conclusion est prévue pour octobre. "Sur le volet de la contribution physique, la Belgique assure sur le terrain un déploiement de troupes appréciable dont la compétence est reconnue", ajoute ce diplomate.

On verra quel langage Trump va adopter. C’est impossible de savoir ce qu’il veut, ni ce qu’il va dire.
Un dipolmate

Le projet de conclusions fait aussi état d’"une augmentation impressionnante des dépenses de défense" et "des nouveaux plans européens de sécurité et de défense". De quoi convaincre Trump? Dans un tweet diffusé lundi, le milliardaire prétend que "les Etats-Unis payent 90% de l’Otan alors que de nombreux pays sont loin des 2% de leur PIB". Selon les données de l’Otan, les Etats-Unis assurent 70% du budget.

Élargissement de l’Otan. Un des moments forts du sommet sera l’invitation de la (future) République de Macédoine du Nord à entamer des négociations d’adhésion. "Depuis qu’il y a un accord avec la Grèce sur le nom de ce pays, l’adhésion est possible", estime un diplomate. Si le référendum prévu entre le 23 septembre et le 7 octobre sur ce nom aboutissait à un rejet, l’adhésion ne pourrait avoir lieu.

L’Otan n’est pas qu’une banque.
Un diplomate

Londres et Washington verraient bien la Bosnie-Herzégovine adhérer à l’Otan, mais les 27 autres États sont plus prudents, entre autres à cause de la Serbie. L’Ukraine ambitionne de rejoindre l’alliance, mais la réponse musclée de la Russie en Crimée et dans le Donbass et le niveau de corruption dans ce pays freinent le processus. Le cas de la Géorgie est plus complexe. "Le pays a réalisé des réformes et participe à tous les exercices de l’Otan, dit une source, mais deux territoires sont sous le contrôle de la Russie."

Sud de l’Europe. Le traumatisme de la Libye, que l’Otan fut obligée de quitter après la mort de Kadhafi sans pouvoir stabiliser le pays, n’est pas oublié. Depuis lors, l’alliance insiste sur la stabilisation des régions du sud. "Si on avait pu mettre les pieds en Libye, les choses auraient été différentes", dit une source. Dans le cadre de la "defence capacity building", l’Otan aide à la formation des forces de police en Jordanie, Irak et Tunisie. L’alliance compte aussi poursuivre les opérations menées contre le terrorisme (Daech et Al Qaïda) et, en Afghanistan, contre les Talibans. L’Otan va également envoyer 600 hommes, dont 20 Belges, en Irak pour mener une opération de formation des militaires irakiens.

Russie. L’Otan doit composer avec la nécessité d’une plus grande dissuasion vis-à-vis du voisin russe, de plus en plus assertif ces dernières années, et conserver un dialogue politique avec Moscou. Les anciens États soviétiques souhaitent une position ferme. Mais "Donald Trump veut une relation plus proche avec Vladimir Poutine", qu’il rencontre à Helsinki après le sommet et une visite éclair à Londres. "C’est compliqué. On verra quel langage Donald Trump va adopter. C’est impossible de savoir ce qu’il veut, ni ce qu’il va dire", résume un diplomate. D’ici mercredi, le suspens est entier.

Marche de protestation à l'égard de la visite de Trump, le week-end dernier à Bruxelles. ©Photo News

Déclaration conjointe UE-Otan. L’Otan et l’UE, qui coopèrent déjà dans 74 domaines, signent ce mardi une nouvelle déclaration de coopération. Le texte a fait l’objet d’une discussion intense, toute avancée dans ce domaine très sensible. Les pays non-membres de l’UE, comme les Etats-Unis, le Canada et la Turquie, restent méfiants envers ce rapprochement. L’essentiel de cette déclaration porte sur la mobilité militaire, ou comment favoriser les mouvements de troupes en Europe. Les nouvelles priorités de l’Europe en matière de défense, suite au Brexit et aux attentats terroristes, ont donné une impulsion à cette coopération. La Commission européenne a inscrit des dépenses de 6,5 milliards d’euros dans le projet de budget 2021-2027 pour accroître la mobilité militaire sur le territoire de l’UE.

La coopération doit aussi s’accroître dans le domaine industriel, vu les nouvelles ambitions d’investissements de l’UE, de plus de 23 milliards d’euros entre 2021 et 2027. Mais sur ce point, il faut encore définir comment impliquer les entreprises des pays de l’Otan non européens, ce qui sera fait d’ici décembre.

C’est impossible de savoir ce qu’il veut, ni ce qu’il va dire.
Un diplomate

Lire également

Contenu sponsorisé

Partner content