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L'inflation en hausse menace les entreprises les plus fragiles

La pénurie de main-d’œuvre et de matériaux risque de faire mal au secteur de la construction. ©BELGAIMAGE

La croissance soutenue que l'on connaît depuis quelques mois au sortir de la crise sanitaire ne suffit pas à compenser la reprise très marquée de l'inflation. Pour les entreprises les plus fragiles, le choc sera brutal.

La fin progressive de la crise sanitaire qui avait mis l'économie mondiale sous cloche pendant plus de 18 mois se marque par une reprise soutenue et une croissance que l'on n'avait plus connue depuis longtemps. Mais dans le même temps, on assiste à une reprise assez brutale de l'inflation avec des taux que l'on n'avait plus vus depuis près de 10 ans.

2,7%
Avec 2,7% annoncé en Belgique, 3% dans la zone euro, l'augmentation des prix retrouve des inclinaisons presque oubliées.

Avec 2,7% annoncé ce lundi en Belgique, 3% dans la zone euro, l'augmentation des prix retrouve des inclinaisons presque oubliées. Pour les entreprises, le choc risque d'être brutal, en tout cas pour celles qui n'ont pas encore retrouvé un niveau de croissance d'avant la crise sanitaire.

"On n'attend pas un retour au niveau de 2019 avant la fin de cette année au mieux", estime Arnaud Deplae, secrétaire général de l'Union des classes moyennes (UCM). "Dans la conjoncture actuelle, il faut craindre cette inflation si elle s'installe de manière durable."

Si la croissance est effectivement au rendez-vous, elle ne s'applique pas encore pour toutes les entreprises et tous les secteurs. "Les carnets de commandes ne sont pas encore au plus haut partout. Pour les entreprises qui ne connaissent pas encore cette croissance, l'augmentation de l'inflation correspond à un modèle de stagflation (inflation sans croissance, ndlr), ce qui est le pire des scénarios", analyse encore Deplae.

Un choc pour l'horeca et la construction

"Pour les secteurs les plus gourmands en main-d’œuvre, le choc risque d'être brutal et les marges risquent d'être sévèrement impactées."
Arnaud Deplae
Secrétaire général de l'UCM

Le calcul est "simplement" arithmétique. Avec le dépassement de l'indice pivot en Belgique, les salaires vont augmenter et alourdir d'autant les charges des entreprises déjà touchées par la hausse des coûts de l'énergie, principal vecteur de cette flambée d'inflation. "Et l’on risque de perdre encore du terrain en matière de compétitivité par rapport à nos voisins", craint Olivier de Wasseige, administrateur délégué de l’UWE, qui pointe un déficit de 8 à 10% sur ce plan.

"Dans certains secteurs comme la construction notamment, la hausse des salaires viendra s'ajouter à des effets de pénurie de matières premières qui poussent également les prix à la hausse. Déjà ces derniers mois, la hausse des prix de certains matériaux de base comme le bois ou l'isolation est astronomique et met une pression terrible sur les entreprises et leurs clients."

Les prix de certains matériaux se sont ainsi envolés de plus de 70%. Une situation qui ne manque pas d'inquiéter du côté de la Fevia, la fédération de l'industrie alimentaire, où nombre d'entreprises (à 95% des PME) qui avaient programmé des investissements se sont trouvées face à cette envolée des prix.

Le secteur est en outre confronté depuis plusieurs mois à un double problème: une chaîne d’approvisionnement plus erratique, notamment pour les arômes, les huiles, l’inuline ou le dextrose, et une poussée sensible des prix de l'énergie, des plastiques, de l'aluminium ou encore du carton. Que les entreprises ne peuvent répercuter en aval, les prix étant cadenassés par les contrats annuels qui lient distributeurs et fournisseurs.

Vent d'inquiétude

Cela explique en bonne partie pourquoi le consommateur qui fait ses courses au supermarché ressent peu de différences. Les prix des fruits et légumes sont de surcroît orientés à la baisse (-0,27% en août). À ce stade, la patate chaude reste donc du côté de l'agroalimentaire, suscitant un vent d'inquiétude.

"Nous recevons des signaux d'entreprises pour lesquelles la situation devient très difficile."
Nicholas Courant
Porte-parole de la Fevia

"Nous recevons des signaux d'entreprises pour lesquelles la situation devient très difficile, au point que la question de leur survie pourrait se poser d'ici quelques mois", souligne Nicholas Courant, porte-parole de la Fevia.

Alors que vont s'ouvrir les négociations des contrats avec les distributeurs, l'agroalimentaire en appelle dès lors à la "flexibilité" des enseignes. Message reçu en aval, où l'on ne cache pas que les discussions seront ardues. "Nous voulons garder des relations constructives avec nos fournisseurs tout en garantissant des prix compétitifs pour nos clients", dit Roel Dekelver, porte-parole de Delhaize. Une autre manière de dire qu'il s'agira de résoudre la quadrature du cercle.

Tensions dans le recrutement

À cela s'ajoute la tension que l'on connaît aussi dans le recrutement pour certaines fonctions, notamment les plus pénibles. Là encore, cela pousse les salaires à la hausse et alourdit les charges des entreprises. "C'est une situation que l'on connaissait déjà auparavant. Ce n'est pas une conséquence de l'inflation mais elle ne va certainement pas arranger cette situation", souligne Arnaud Deplae.

Et si cette situation inflationniste s'installe - même si pas mal d'économistes ne voient dans la flambée de ces derniers mois qu'un effet de rattrapage de relativement courte durée - l'effet n'en sera que plus néfaste. "Les exercices budgétaires actuels relèvent déjà de l'équilibrisme, pour financer les effets de la crise sanitaire et maintenant de la reconstruction après les inondations. Si l'inflation se traduit par une hausse durable des taux, cela alourdira la charge de la dette pour l'État. Avec la tentation de reporter une partie de cette charge sur les entreprises par de nouveaux impôts et une réduction des subsides", avertit encore de Wasseige.

Le résumé

  • Le redémarrage de l’économie favorisé par la fin progressive de la crise sanitaire s’accompagne d’une reprise assez brutale de l'inflation.
  • Mais si la croissance est au rendez-vous, elle ne s'applique pas encore pour toutes les entreprises et tous les secteurs.
  • Avec le dépassement de l'indice pivot en Belgique, les salaires vont augmenter et alourdir les charges des entreprises déjà touchées par la hausse des coûts de l'énergie.
  • S'ajoute à cela une tension dans le recrutement pour certaines fonctions, qui pousse les salaires à la hausse.

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