La Belgique devra trouver 1,5 à 3 milliards supplémentaires en 2022

"Nous allons relever le défi" réagit Eva De Bleeker, secrétaire d'État au Budget, suite à l'avis du Conseil supérieur des Finances. ©saskia vanderstichele

Le Conseil supérieur des Finances recommande d’entamer dès 2022 les efforts budgétaires structurels. L’effort supplémentaire à fournir est d’au moins 1,5 milliard d'euros.

Dès l’an prochain, la Belgique doit entreprendre des efforts budgétaires structurels, "afin de ne pas compromettre davantage la crédibilité de sa politique budgétaire", indique le Conseil supérieur des Finances dans l’avis envoyé au gouvernement lundi soir. Un avis rendu en vue de la préparation de la feuille de route budgétaire pour la période 2021-2024 que la Belgique doit remettre à la Commission européenne d’ici fin avril.

Dès l’an prochain, la Belgique doit entreprendre des efforts budgétaires structurels, afin de ne pas compromettre davantage la crédibilité de sa politique budgétaire, estime le Conseil supérieur des Finances.

On le sait, le contexte est exceptionnel. La Belgique a vécu en 2020 la récession la plus profonde depuis la Seconde Guerre mondiale. Et sa position avant l’émergence de la crise sanitaire était loin d’être favorable, des réserves n’ayant pas été constituées en période de bonne conjoncture.

Suite à la pandémie de coronavirus, la Commission européenne a mis en suspens ses exigences en matière de rigueur budgétaire. Mais le cadre budgétaire européen, qui prévoit que la Belgique doit mener une amélioration structurelle annuelle de 0,6% du PIB par an, est toujours le fil conducteur, estime le Conseil supérieur des finances (CSF).

Divergences au Conseil des finances

Il n’a toutefois pas pu dégager une unanimité en son sein sur les efforts à réaliser, et propose deux scénarios. Le premier, qui rallie une majorité des membres, prône une amélioration structurelle cumulée de 1,3% du PIB en 2022-2023 – soit un effort de l’ordre de 6,5 milliards d’euros. Ensuite, à partir de 2024, comme dans le scénario alternatif, plus sévère, l’amélioration structurelle serait de 0,6% du PIB par an.

6,5 milliards
d'amélioration structurelle en 2022-2023
Le premier scénario du Conseil supérieur finance demande une amélioration structurelle cumulée de 1,3% du PIB en 2022-2023 – soit un effort de l’ordre de 6,5 milliards d’euros, dont 5 milliards en 2022. Mais la fin des mesures Covid va déjà permettre de réaliser une grosse partie de l'effort.

Dans le premier scénario, en 2022, il faudrait diminuer le déficit structurel de 1% du PIB, un effort d’un peu moins de 5 milliards. Toutefois, 0,7% de l’effort devrait se réaliser mécaniquement, sans changement de politique, grâce au retrait attendu des mesures Covid-19. Ces mesures n'ont en effet pas été considérées comme temporaires par la Commission, leur retrait va donc être comptabilisé comme un effort structurel. Reste donc un effort supplémentaire de 1,5 milliard à réaliser via des mesures structurelles, comme la diminution des dépenses ou l’augmentation des recettes fiscales.

Ne pas tuer la reprise dans l’œuf

Pour ne pas tuer la reprise économique dans l’œuf, le Conseil supérieur des Finances prévoit toutefois la possibilité de prendre, en 2022, en parallèle à ces efforts structurels supplémentaires, des mesures de relance temporaires et ciblées de même ampleur (0,3% du PIB), comme un soutien spécifique à certains secteurs économiques ou des investissements publics supplémentaires. Des mesures qui ne seraient pas répétées en 2023. Le déficit structurel passerait de 5,3% en 2021 à 4,7% en 2022, pour atteindre 3,5% en 2024.

Le second scénario, plus strict et qui n’a pas pu rallier de majorité, relève l’amélioration structurelle à 1,6% du PIB sur 2022-2023, dont 1,3% en 2022. Vu la réduction de 0,7% du déficit structurel à politique inchangée, il resterait 0,6% d’efforts supplémentaires à réaliser l’an prochain, soit quelque 3 milliards d’euros. En tenant compte des mesures de relance temporaires et ciblées, le déficit structurel serait réduit à 4,4% en 2022, pour atteindre 3,1% en 2024.

«Nous allons relever le défi.»
Eva De Bleeker
Secrétaire d'État au Budget

 "Nous allons relever le défi" a réagi la secrétaire d’État au Budget, Eva De Bleeker (Open VLD), dans un communiqué. Le Fédéral devra fournir les trois quarts de l’effort, les Communautés et Régions fournissant le solde. "Les efforts prévus aujourd’hui par le gouvernement fédéral sont déjà en ligne avec la première trajectoire proposée par le CSF, affirme la secrétaire d’État. Le second scénario demande des efforts plus intensifs, tant de la part du Fédéral que des entités fédérées."

Des temps incertains

Les prévisions du Bureau du Plan de février dernier, sur lesquelles s’appuie le Conseil supérieur des finances, tablent sur une reprise économique en 2021-2022, mais le rétablissement économique est fragile et incertain. "Les prévisions devront par conséquent être révisées fréquemment et la politique devra constamment s’adapter à la situation" souligne le CSF.

Les incertitudes les plus importantes? Le rythme de vaccination, mais aussi les taux d’intérêt. Pour le Conseil supérieur des finances, il serait imprudent de prendre pour acquis les conditions financières actuelles. "Les conditions sur les marchés financiers internationaux peuvent changer rapidement. La solvabilité ou la capacité à continuer à supporter à tout moment l’endettement revêt une importance capitale." D'où son plaidoyer pour, dans un premier temps, stabiliser le taux d'endettement, avant de le réduire de manière continue.

Le résumé

  • La Belgique doit entreprendre des efforts budgétaires structurels dès l'an prochain, estime le Conseil supérieur des Finances.
  • Faute d'unanimité, il propose deux scénarios.
  • Le premier, soutenu par une majorité de ses membres? Diminuer le déficit structurel de 1% du PIB en 2002 - soit un effort supplémentaire de 1,5 milliard d'euros.
  • Le second scénario prône une réduction du déficit structurel de 1,3% en 2022 - soit un effort supplémentaire de quelque 3 milliards d'euros.
  • Pour ne pas tuer la reprise économique dans l'œuf, le Conseil supérieur des Finances prévoit toutefois la possibilité de prendre en 2022 des mesures temporaires et ciblées pour 0,3% du PIB.

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