La Belgique emploie de plus en plus de personnel détaché

Les pénuries sur le marché du travail incitent les employeurs belges à recruter de plus en plus du personnel détaché. Au cours des six dernières années, le nombre de travailleurs détachés en Belgique a grimpé de 38% pour s’établir à 229.000 salariés et indépendants.

Au cours des six dernières années, le nombre de travailleurs détachés en Belgique a grimpé de 38% pour s’établir à 229 000 salariés et indépendants. L’université d’Anvers a tiré ces chiffres de la base de données Limosa de l’Office national de Sécurité sociale (ONSS).

La décennie écoulée a même vu un doublement de ce flux de main-d’œuvre étrangère, qui est employée temporairement chez nous. Selon les auteurs de l’étude, le personnel dit "détaché" forme le groupe majoritaire dans la migration liée au travail. Ces travailleurs s’inscrivent cependant dans un phénomène relativement méconnu dans notre pays.

Associé à dumping

Chez nous, le détachement est généralement associé au dumping social, qui sévit notamment dans les secteurs de la construction et du transport où ces travailleurs doivent se contenter de très bas salaires, dans des conditions souvent proches de l’exploitation pure et simple.

229.000
Au cours des six dernières années, le nombre de travailleurs détachés en Belgique a grimpé de 38% pour s’établir à 229. 000 salariés et indépendants.

Mais, selon le professeur Ive Marx, la motivation des employeurs va bien au-delà de la question des coûts. "Les pénuries sur le marché du travail sont au moins aussi importantes, souligne le chercheur. Ainsi, la moitié de l’ensemble des détachés est originaire des États membres de l’Europe de l’Ouest et du Sud, où les salaires sont plus élevés qu’en Europe de l’Est. Cela prouve bien que la rémunération n’explique pas tout. Le type de secteurs qui ont recours au personnel détaché montre aussi que le coût du travail n’est pas la raison principale : si la construction et le transport en sont les plus gros employeurs, on retrouve aussi les secteurs du métal, de l’alimentation et de la pétrochimie. Ces derniers recrutent en masse du personnel détaché ayant un profil technique très qualifié."

Manque de personnel

Les entreprises RH spécialisées dans le recrutement de travailleurs étrangers abondent dans ce sens. Leurs entreprises clientes invoquent surtout le manque de personnel répondant à leurs besoins, y compris pour les profils les plus pointus. Koen Janssen de la société RH Itzu, fait d’ailleurs remarquer que les travailleurs étrangers recrutés par le biais de son agence polonaise coûtent généralement davantage aux employeurs belges que des salariés de chez nous. "Les frais administratifs et d’encadrement additionnels rendent ce personnel plus onéreux, mais nos clients l’acceptent parce qu’ils ne trouvent plus de candidats en Belgique."

"Pour les emplois où il faut se salir les mains, plus aucun Belge ne se présente."
Bart Heyvaert
Directeur RH de Soudal

Même son de cloche du côté du producteur de silicone Soudal installé à Turnhout : "Pour les emplois où il faut se salir les mains, plus aucun Belge ne se présente, souligne Bart Heyvaert, le directeur RH de l’entreprise.  Seule la langue constitue parfois une entrave à l’embauche, surtout quand il s’agit d’emplois de production où la sécurité est essentielle. Il est donc impératif que les pouvoirs publics investissent dans les cours de langue pour les migrants."

Outre le coût salarial et le manque de personnel, d’autres facteurs expliquent encore ce recours massif à la main d’œuvre étrangère. "Les entreprises multinationales veulent que leurs employés à haut potentiel connaissent tous les rouages du groupe, observe Ive Marx. Ces connaissances et expériences acquises hors de leurs frontières leur permettront d’atteindre les plus hautes fonctions."

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