La compétitivité belge stagne depuis 2014

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Selon le baromètre IMD de l’attractivité, la Belgique se place loin derrière ses concurrents directs que sont les Pays-Bas, la Suisse ou l’Irlande. La politique fiscale et l’état des finances publiques sont particulièrement pointés.

La Belgique est le 27e pays le plus compétitif au monde, d’après le 31e baromètre annuel réalisé par IMD, une école de commerce basée à Lausanne. Le classement comprend 63 pays classés en fonction de 235 indicateurs socio-économiques. Pour la Belgique, les données ont été fournies par la Fédération des entreprises de Belgique (FEB). Il s’agit pour deux tiers de hard data (exportations, inflation, dépenses sociales, etc.) et un tiers d’éléments de perception (qualité de vie, état de santé, corruption, etc.).

Avec cette 27e place, la Belgique recule d’un rang par rapport à l’an dernier. Depuis 2014, notre pays navigue dans une sorte de statu quo, entre la 23e et la 28e place. C’est-à-dire à bonne distance de pays au profil économique comparable comme la Suisse (4e), les Pays-Bas (6e), l’Irlande (7e) ou le Danemark (8e).

Depuis 2014, notre pays navigue dans une sorte de statu quo, entre la 23e et la 28e place.

Faut-il en déduire que les réformes structurelles portées par le gouvernement sortant de Charles Michel n’ont pas été payantes? On pense à la réduction de l’imposition des sociétés, à la réforme des pensions ou à l’assouplissement du marché du travail par exemple. "Il ne s’agit là que de quelques paramètres sur les 235 pris en considération et les autres pays, eux, ne sont pas restés les bras croisés non plus", répond José Caballero, économiste chez IMD.

Les domaines où la Belgique enregistre les meilleurs scores sont le commerce international (8e rang) et l’enseignement (5e). Notre pays se distingue en effet pour la part du PIB qui part à l’exportation et les investissements à l’étranger. Tout au long de la législature écoulée, la Belgique a regagné des parts de marché à l’exportation, grâce à une compétitivité retrouvée.

Pour l’enseignement, les points forts sont les dépenses par élève (qui sont élevées, quoi qu’on en dise), le rapport entre le nombre de profs et le nombre d’élèves ainsi que la proportion de gens munis d’un diplôme universitaire.

Fuite des cerveaux

Par contre, la Belgique est mal positionnée pour la politique fiscale (62e sur 63). Sont particulièrement visés le niveau de taxation du travail et des entreprises. L’état des finances publiques est un autre motif d’inquiétude (49e) ainsi que la qualité des infrastructures de base (45e). Il est grand temps que le fameux pacte national d’investissement soit mis en œuvre.

"La Belgique n’attire pas assez de profils hautement qualifiés."
José Caballero
Economiste chez IMD

La Belgique est aussi le pays le plus défavorable pour les montants et les délais de préavis. Ceux-ci ont été réformés et assouplis depuis l’introduction du statut unique en 2014, mais les droits acquis avant 2014 sont conservés pour le futur.

Un autre point noir est le "brain drain" ou fuite des cerveaux. Beaucoup de Belges hautement qualifiés vont voir si l’herbe est plus verte ailleurs, tandis que nous n’attirons pas suffisamment de profils similaires de l’étranger. La Suisse est imbattable dans ce domaine: elle exporte ses cerveaux mais parvient à en attirer tout autant grâce à une qualité de vie exceptionnelle.

Les défis pour 2019 énumérés par IMD sont au nombre de cinq: poursuite des baisses de charges sur le travail, flexibiliser le marché du travail, encourager la formation tout au long de la carrière, mieux orienter les jeunes vers les métiers techniques et, enfin, résorber le retard en matière d’investissement dans les infrastructures.

Classement IMD | Les pays asiatiques en tête

En tête du classement IMD l’an dernier, les Etats-Unis ont cédé leur première place au profit de Singapour.

La progression de Singapour est à mettre au crédit de la qualité des infrastructures technologiques, de la disponibilité d’une main-d’œuvre très qualifiée, d’un cadre légal favorable à l’immigration et, enfin, de la facilité de créer une entreprise. Hong Kong occupe la deuxième place grâce à une fiscalité très favorable et à un accès aisé aux services financiers.

La politique fiscale et budgétaire accommodante du président Trump avait donné un coup de fouet à l’économie et la compétitivité américaine l’an dernier. Cet effet semble à présent s’estomper sous la menace des tensions commerciales avec la Chine.

Cet environnement international imprévisible, ajouté à l’enlisement du Brexit, explique la régression de la plupart des pays européens au classement (y compris la Belgique). Les seuls pays européens qui ont progressé en 2019 sont la Suisse, l’Irlande et l’Islande. L’Espagne et Chypre enregistrent un statu quo. Tous les autres pays européens régressent, y compris les pays nordiques, habituellement très en verve. Le Portugal perd six places (39e). Le Royaume-Uni, lui, cède trois places (23e).

Lancé en 1989, le classement IMD est établi à partir de 235 paramètres répartis en quatre catégories: performance économique, qualité des infrastructures, efficacité des pouvoirs publics et climat des affaires.

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