analyse

La dette publique repasse sous les 100% du PIB

Tour de Finances, Bruxelles. ©JASPERS & EYERS

La croissance économique ces dernières années a été plus importante qu’initialement estimé. Résultat: la dette publique de la Belgique devrait repasser sous la barre des 100% du PIB. L’emploi a également été revu à la hausse, principalement parce que la BNB a révisé son estimation du travail au noir.

Personne ne devrait s’en apercevoir au niveau de son portefeuille, mais les Belges sont plus riches que ce que l’on pensait. C’est ce qu’affirme la Banque nationale, qui vient de recalculer les principales statistiques macroéconomiques de ces dernières décennies. Le produit intérieur brut (PIB), l’indicateur de prospérité le plus utilisé, a été revu à la hausse de 7 milliards d’euros ou de 1,7%. Du coup, le taux d’endettement des pouvoirs publics, qui est exprimé en pourcentage du PIB, diminue. Le nombre d’emplois a également été revu à la hausse.

1/ Pourquoi revoir les statistiques?

7
milliards
La Banque nationale a recalculé ses principales statistiques. Le PIB a ainsi été revu à la hausse de 7 milliards d’euros ou 1,7%.

La Belgique, ainsi que les autres pays de l’UE, procède tous les cinq ans à une évaluation approfondie des comptes nationaux. De nouveaux développements économiques, comme l’e-commerce et la production d’électricité par les ménages, sont intégrés dans les statistiques. La BNB a mobilisé pendant des mois 35 statisticiens sur cet exercice.

Dans la mesure du possible, la Banque a recalculé les statistiques depuis 1995. Ce qui lui permet de garantir des statistiques comparables sur une très longue période. Tous les pays ne font pas cet exercice. À la demande d’Eurostat, l’office de statistiques européen, la BNB a revu 30 séries chiffrées. Elle a en outre, de sa propre initiative, adapté 40 autres séries supplémentaires.

2/ Quel est le résultat le plus important?

Le PIB de 2017, soit la dernière année pour laquelle des chiffres détaillés sont disponibles, a été revu à la hausse de 439 à 446 milliards d’euros. La taille de l’économie belge a donc été 1,7% plus importante. Notre pays est aussi un peu plus riche qu’attendu, parce que l’activité économique depuis 2012 a progressé chaque année un peu plus rapidement que ce que les anciennes estimations laissaient entrevoir. La croissance économique pendant la période 2010-2017 a été de 1,4% par an en moyenne au lieu de 1,2% comme publié précédemment.

3/ Pourquoi le PIB est-il plus haut qu’attendu?

600
millions
De plus en plus de familles ont des panneaux solaires. La valeur ajoutée que cela représente – soit la valeur de la production moins les coûts – s’élevait à 600 millions d’euros en moyenne sur la période 2012-2015 et a, depuis lors, sans doute encore augmenté.

C’est le résultat d’une combinaison de plusieurs facteurs. Ainsi, les indemnités des administrateurs de société indépendants sont plus importantes que prévu. Les compagnies d’assurances et la location d’immeubles apportent également une contribution plus importante au PIB. Les Belges ont par ailleurs beaucoup investi dans l’immobilier ces dernières années. L’utilisation plus intensive des plateformes en ligne, comme Airbnb, a aussi joué un rôle.

Par ailleurs et pour la première fois, il est tenu compte de la production d’électricité par les ménages. De plus en plus de familles ont des panneaux solaires. La valeur ajoutée que cela représente – soit la valeur de la production moins les coûts – s’élevait à 600 millions d’euros en moyenne sur la période 2012-2015 et a, depuis lors, sans doute encore augmenté. La reclassification d’Infrabel dope également le PIB. Le gestionnaire du rail n’est plus considéré comme une entreprise mais comme une institution publique. Or la valeur ajoutée d’une institution publique est calculée différemment de celle d’une entreprise.

4/ L’impact de l’e-commerce.

Les comptes nationaux tiennent compte, pour la première fois, des achats en ligne effectués sur des plateformes étrangères. Ces achats sont passés de 400 millions d’euros ou de 80 euros par ménage en 2011 à 3,1 milliards ou 650 euros par ménage en 2018. Ces achats n’ont certes pas d’impact sur le PIB, la hausse de la consommation étant annulée par une hausse équivalente des importations. Une hausse de la consommation stimule le PIB alors qu’une hausse de l’import pèse sur le PIB.

5/ Les finances publiques sont-elles devenues plus saines?

L’estimation du déficit varie peu, bien que la Banque tienne compte pour la première fois de l’impact des certificats verts. On ne peut dès lors pas affirmer que le prochain gouvernement devra moins économiser. Par contre, les nouvelles sont bonnes pour la dette publique. Le PIB plus important que prévu a pour effet de ramener le taux d’endettement de 102% à 100% en 2018.

Comme la plupart des économistes prédisent une baisse du taux d’endettement en 2019, on peut présumer que la dette descendra pour la première fois depuis 2008 sous les 100% du PIB.

Comme la plupart des économistes prédisent une baisse du taux d’endettement en 2019, on peut présumer que la dette descendra pour la première fois depuis 2008 sous les 100% du PIB. Mais il n’est pas exclu que la dette remonte rapidement au-dessus des 100%. À politique inchangée, le niveau d’endettement devrait repartir à la hausse en 2020. C’est ce que prévoit le gouvernement dans le projet de budget qu’il a transmis mardi à la Commission européenne. L’annulation de la taxe sur les comptes-titres représente une "tuile" supplémentaire de 200 millions pour le budget de l’an prochain.

6/ Pourquoi l’emploi augmente?

Le nombre de salariés a été revu à la hausse de 15.000 unités ou de 0,4%. La raison principale est une estimation plus élevée du travail au noir dans la construction et dans les services. La BNB ne dit pas cependant à combien elle estime le travail au noir dans ces secteurs. De plus, on comptabilise pour la première fois les emplois dans les ambassades de Belgique à l’étranger. L’Europe assimile ces emplois à des travailleurs frontaliers.

7/ Y a-t-il encore d’autres conséquences?

12%
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En 2017, les Belges ont épargné 12% de leurs revenus, au lieu de 11,4%.

Les ménages semblent épargner davantage que prévu, du fait d’une révision à la hausse plus importante des revenus par rapport à la consommation. En 2017, les Belges ont épargné 12% de leurs revenus, au lieu de 11,4%. Pour évaluer l’épargne, la BNB tient également compte de l’investissement des ménages dans la construction neuve et la rénovation. On observe aussi des marges bénéficiaires un peu moins importantes qu’attendu dans les entreprises. Par contre, les entreprises ont davantage investi.

8/ D’autres pays vont-ils revoir leur PIB à la hausse?

Eurostat publiera fin octobre les résultats de l’ensemble des pays. Mais on sait d’ores et déjà que le PIB ne sera pas partout plus important. L’office statistique allemand a revu à la baisse de 42 milliards d’euros ou de 1,2% son estimation du PIB de l’Allemagne en 2018.

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