Publicité

La pension complémentaire pas si favorisée fiscalement

Pierre Devolder (UCLouvain) épingle la taxe implicite qui frappe la pension légale. ©Frank Toussaint

Les cotisations pour le premier pilier ne sont pas plafonnées, alors que les pensions le sont. Cette taxe implicite contrebalance en partie l’avantage fiscal accordé au deuxième pilier.

Régulièrement décrié par les partis de gauche pour son coût fiscal jugé excessif et son côté inégalitaire, le deuxième pilier (pension complémentaire) n’est peut-être pas si coûteux et injuste que cela. À condition d’élargir le spectre et d’étendre l’analyse au premier pilier (pension légale).

C’est ce que propose l’économiste Pierre Devolder, professeur d’actuariat et de finance à l’UCLouvain, dans le dernier numéro de la revue "Regards Economiques" (n°166) publiée par l’Institut de recherches économiques et sociales (IRES).

Dynamique de long terme

L'auteur ne souscrit pas à la vision purement comptable qui consiste à comparer, sur une année donnée, l’avantage accordé par rapport aux taxes prélevées à la retraite. Il convient au contraire de prendre en compte la dynamique de long terme intrinsèque à la constitution de pension, à savoir que les contributions d’aujourd’hui sont le pendant des prestations de demain à la retraite et non des prestations payées aujourd’hui.

"L’État donne d’une main par les avantages au deuxième pilier ce qu’il reprend de l’autre par cette taxe de premier pilier."
Pierre Devolder
Professeur à l'UCLouvain

Comme dans la plupart des pays, un plafond de rémunération existe pour la détermination de la pension légale. Il est actuellement de l’ordre de 61.000 euros. Or ce plafond ne joue pas en Belgique, contrairement aux autres pays, pour le calcul des cotisations sociales. Les salariés se voient ainsi prélever sur la partie de leur salaire au-dessus du plafond des cotisations sans aucune ouverture de droit. "On pourrait dire que l’État donne d’une main par les avantages au deuxième pilier ce qu’il reprend de l’autre par cette taxe du premier pilier", résume Pierre Devolder.

Coût moitié moindre

En prenant un affilié type et un plan de pension de référence, il conclut que le coût brut annuel moyen du seul deuxième pilier s’élève à 47% des contributions de ce deuxième pilier. Une récente étude du Bureau du Plan mettait en évidence un coût annuel du deuxième pilier des salariés de 2,1 milliards d’euros sur 3,988 milliards de contributions, soit 53%. Si on tient compte des effets sur le premier pilier, c’est-dire la taxe implicite, le coût diminue de plus de moitié, selon le professeur néo-louvaniste, passant à 21% des contributions.

La ministre des Pensions Karine Lalieux (PS), qui ne cache pas ses réticences par rapport au deuxième pilier, avait indiqué dans nos colonnes (L’Echo du 3 septembre 2021) qu’elle ne toucherait pas à la fiscalité des pensions complémentaires mais qu’elle laissait aux partenaires sociaux le soin de formuler des propositions pour généraliser l’accès au deuxième pilier à l’ensemble des travailleurs.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés