La Solvay Business School s'offre une vitrine grâce au mécénat

©Serge Brison

Les donateurs privés ont allongé la moitié des 23 millions nécessaires à l’installation de la toute nouvelle faculté de l’ULB.

"Comme pourraient le dire les anthropologues, nous avons maintenant notre totem!", sourit le professeur Philippe Biltiau. Ancien président de la Solvay Business School, c’est lui qui a initié le projet de bâtiments spécifiques pour ce qui était alors une section de la faculté des sciences politiques, économiques, sociales et de gestion de l’ULB. "La qualité de l’enseignement était reconnue, mais Solvay manquait d’une image pour se positionner de façon symbolique face au monde extérieur", dit-il.

L’idée a mis huit ans à se concrétiser, avec cet ensemble de 9.350 m², contenant 14 auditoires, un vaste atrium et 75 bureaux.

La mue s’est réalisée en deux temps. La première fut la fusion avec la section de sciences économiques le 15 septembre 2008, jour de… la faillite de Lehman Brothers. "Je souligne le parallèle, car la crise financière a poussé le monde de l’entreprise à plus discuter avec les économistes, afin de saisir des évolutions qui peuvent l’affecter, analyse le professeur Mathias Dewatripont. Il y a une demande croissante du monde des affaires pour ce mélange de formation en management et en économie, que nous offrons."

Taille critique

Plus prosaïquement, il y avait aussi un double effet de taille. Pour tenir son rang dans la compétition planétaire entre écoles de commerce, la SBS devait se distinguer de l’énorme faculté "soco" (6.000 étudiants sur les 22.000 de l’ULB) et jouir d’une gestion plus "autonome". Mais, seule, elle ne pouvait atteindre la taille critique, en termes de personnel académique notamment. La fusion avec les sciences économiques s’est donc imposée.

On passe aujourd’hui à un stade supérieur, puisque les deux sections fusionnées forment désormais une nouvelle faculté: la Solvay Brussels School of Economics & Management. Celle-ci se conjugue à une refonte totale des programmes de Masters, de plus en plus anglophones. "Bruxelles est une force et nous voulons l’utiliser, insiste Mathias Dewatripont, premier doyen de la nouvelle faculté. Nous nous positionnons de manière plus vigoureuse encore vers les milieux européens."

L’ensemble jouira de la visibilité d’un bâtiment flambant neuf. Ces locaux hébergeront aussi des formations sur-mesure pour les entreprises. La qualité d’accueil devrait, espère la nouvelle faculté, doper les inscriptions (un millier). Les recettes de ces formations doivent assurer le remboursement de l’emprunt de 3 millions contracté pour le bâtiment.

Mécénat, pas sponsoring

La moitié des frais de construction ont été pris en charge par des donateurs (le solde provient de l’ULB, propriétaire du bâtiment). Belgacom et la CNP ont ainsi allongé plus de 2 millions chacune. "Ce n’est pas du sponsoring, nous ne promettons rien aux donateurs, précise Philippe Biltiau. Ils ont simplement une petite plaque à leur nom dans un auditoire."

Ce passage par le soutien privé est une tradition ici puisque les mécènes apportent déjà plus de 10 millions pour financer diverses chaires d’enseignement. Un exemple à suivre par d’autres facultés? "En Belgique, on frappe vite aux mêmes portes, répond le président du CA de l’ULB, Jean-Louis Vanherweghem. Cela ne fonctionne que dans les sections où il y a une très forte identification des anciens et des débouchés directs sur l’entreprise." En l’occurrence, certaines chaires de polytechnique ou des recherches médicales sont financées via le mécénat. Mais en matière d’infrastructure, l’exemple de Solvay semble unique.

Au départ, le projet immobilier a divisé les administrateurs. La fusion Solvay-Sciences éco a rassuré (pas de cavalier seul) et le besoin criant de locaux a fait le reste.

"Si l’on veut conserver un enseignement d’économie et de gestion de haute qualité et quasiment gratuit, il est nécessaire que ceux qui ont fait carrière grâce à ce système aident à le perpétuer, conclut le professeur Biltiau. On peut regretter la compétition internationale en la matière. Mais elle existe. Et l’alternative, ce serait l’installation d’écoles purement privées."

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