La taxe sur la spéculation financière coûte à l'Etat belge

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Chez Keytrade Bank, le nombre de transactions a baissé depuis l'entrée en vigueur de la taxe sur la spéculation. Les clients se tournent vers des produits qui ne sont pas touchés par la taxe. Rien que chez le plus gros courtier en ligne du pays, la perte nette pour l'Etat s'élève à 125.000 euros par mois.

La taxe sur la spéculation provoque un changement du comportement des investisseurs. Pour rappel, depuis le premier janvier, les résidents belges qui achètent des actions, des turbos en actions et des warrants en actions sont soumis à une taxe de 33% s’ils revendent ces titres endéans six mois.

1,08 million €
Depuis le début de l’année, la taxe sur la spéculation représente ce montant chez Keytrade. La TOB a baissé, en revanche.

Keytrade Bank a calculé que sur les trois premiers mois de l’année, cette taxe a rapporté 1,08 million d’euros à l’Etat auprès de sa clientèle. Mais le courtier constate en parallèle que la taxe sur les opérations de Bourse, de 0,27% sur l’achat et la revente d’actions, a elle rapporté moins qu’en 2015 sur la même période. Par mois, elle rapportait 1,170 million d’euros à l’Etat en 2015; désormais, ce montant a diminué à 680.000 euros.

Résultat: le courtier en ligne calcule que l’Etat belge perd 125.000 euros par mois. "On constate que le nombre de transactions a baissé dans l’ensemble", indique Gorik Nelissen, product Manager chez Keytrade. "Mais les clients se tournent aussi vers d’autres produits, à commencer par les ETF (fonds indiciels cotés en Bourse)", ajoute-t-il. Il précise que les volumes de transactions sur les ETF ont augmenté de 23% depuis le début de l’année par rapport à la même période en 2015. "Ce n’est pas un hasard. Les gens savent que les ETF ne sont pas soumis à la taxe sur la spéculation. Nous indiquons aussi, sur notre site, pour chaque produit s’il est soumis à la taxe ou pas. Et puis, c’est un produit qui leur convient, car les gens connaissent les indices qui ne connaissent pas les mêmes mouvements que les actions", relève Gorik Nelissen.

Poussés vers les CFD

Un autre type de produit tire aussi son épingle du jeu, les Contracts for difference (CFD). Keytrade a constaté que depuis le début de l’année, les volumes de transactions ont augmenté sur ces produits, qui ne s’adressent toutefois pas à tous les clients du courtier. Seuls les clients de la plateforme Keytrade Pro ont accès à ces titres, qui ne sont ni soumis à la TOB, ni à la taxe sur la spéculation. Depuis une semaine, le courtier propose aussi des CFD sans levier sur actions individuelles.

"On sentait que les clients cherchaient une alternative pour éviter la taxe sur la spéculation."
Gorik Nelissen
Product Manager chez Keytrade

Une initiative que le courtier néerlandais De Giro s’apprête à prendre ce mois-ci, selon son patron Gijs Nagel. Keytrade en propose sur toutes les valeurs du Bel 20 et d’autres titres liquides de la cote bruxelloise. De Giro vise les valeurs les plus liquides en Europe.

Gorik Nelissen explique avoir étendu la gamme des CFD à la demande des clients. "On sentait que les clients cherchaient une alternative pour éviter la taxe sur la spéculation", indique-t-il. Il constate que le nombre d’ouvertures de comptes Keytrade Pro a doublé par mois.

Incompréhensions

Gorik Nelissen souligne que depuis le mois de février, Keytrade calcule en temps réel la taxe sur la spéculation que ses clients doivent payer. "Les gens sont confrontés au montant qu’ils doivent payer, et parfois, cela peut porter leur compte en négatif. On a vu des cas où le portefeuille du client affiche une perte de 15% sur la totalité de sa valeur, mais le client doit quand même payer la taxe car il a généré de la plus-value sur une ligne de ce portefeuille", relève-t-il.

Il ajoute que les clients posent beaucoup de questions car des cas difficiles se présentent, comme la vente d’actions en devises étrangères. "Le calcul de la taxe ne tient pas compte du taux de change au moment de l’achat de l’action. La taxe prend seulement en compte le cours de change du jour, et le client peut se retrouver taxé, même s’il perd avec l’effet de change. Ça, c’est difficile à expliquer" souligne-t-il.

"Les gens commencent seulement à comprendre comment cette taxe fonctionne."
Gorik Nelissen
Product Manager chez Keytrade

Mais selon lui, le plus dur à comprendre pour les clients repose sur le principe du last in first out, où si le client achète des titres d’une même société à différents moments, il peut devoir payer la taxe sur la spéculation même s’il perd de l’argent au total avec ses titres. "Des clients se disent qu’ils vont arrêter. Mais il est encore trop tôt pour tirer des conclusions. Les gens commencent seulement à comprendre comment cette taxe fonctionne. Par contre, celle-ci peut freiner l’arrivée de nouveaux clients", craint-il.

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