"La Wallonie peut atteindre le plein-emploi dans 10 ans!"

Bernard Gilliot, le patron des patrons belges, est en Côte d'Ivoire avec la mission économique emmenée par la princesse Astrid. ©Dieter Telemans

Bernard Gilliot, le nouveau patron de la FEB, estime qu'atteindre le plein-emploi en Wallonie dans 10 ans est possible. Il nous explique comment.

Derrière le brouhaha des klaxons qui animent la grosse avenue qui longe l’hôtel, les Belges sont aux affaires à Abidjan, la capitale économique de la Côte d’Ivoire. Patrons, délégués commerciaux, hommes d’affaires et ministres, ils sont plus de 200 à arpenter les couloirs de ce grand palace à l’occasion de la mission économique emmenée par la princesse Astrid.

Bernard Gilliot, le nouveau patron de la FEB, enchaîne de son côté les réunions et cocktails avec les officiels et les chefs d’entreprises belges et locales. "Ici, les ministres ivoiriens parlent d’une croissance de 7 à 8% par an. Malgré la forte présente des Français, il y a du business à faire pour nos entreprises. Mais il est important de bien soutenir les PME. Je pense que dans ce type de missions, les grandes entreprises belges doivent jouer leur rôle de locomotive en entraînant les plus petites sociétés dans leur sillage. Il faut faire du partenariat belge."

 

• Davantage de missions économiques?

Fan de ces missions économiques qu’il pratique depuis plus de 10 ans comme numéro deux de Tractebel et aujourd’hui comme patron des patrons à la Fédération des entreprises de Belgique, il les juge indispensables. "Deux missions économiques par an, ce n’est certainement pas du luxe. Quand on voit les résultats de ces missions, c’est qu’il y a une demande. Une mission supplémentaire ne serait pas du superflu."

Nous avons vraiment une carte à jouer en misant sur la grande exportation.

Derrière ces missions, le patron du patronat belge décèle une des clés du redressement économique de la Wallonie. "La grande exportation est ce qui permettra à la Wallonie de se redresser. C’est une façon d’améliorer la situation économique en Wallonie. C’est vrai que les PME flamandes exportent plus que leurs homologues wallonnes. C’est culturel et c’est pourquoi la Wallonie doit mettre l’accent sur la grande exportation. La Wallonie doit être plus ambitieuse. La FEB doit certainement aussi jouer son rôle et promouvoir les entreprises."

 

• Comment faire?

Avant de quitter la Belgique, Bernard Gilliot a évidemment entendu les déclarations du socialiste Paul Magnette qui parie sur le plein-emploi en Wallonie dans 10 ans. Un pari possible? A ses yeux, le défi est réalisable.

La concertation sociale existe. Elle est compliquée mais il y a moyen d’avancer.

"La Wallonie est aujourd’hui à 10% de chômage. Il faudrait donc diminuer ce chômage de moitié et arriver à 5% de chômage pour qu’on parle de plein -emploi! Avec une bonne politique d’accompagnement, cet objectif de plein-emploi est envisageable en Wallonie. La Wallonie peut atteindre cet objectif si elle accélère certaines transformations. Les pôles de compétitivité doivent par exemple donner plus rapidement des résultats. Je suis aussi persuadé qu’avec la grande exportation, on pourrait déjà faire beaucoup. Le PIB belge est soutenu à 80% par l’exportation et dans ces 80%, il y a 80% qui se fait uniquement vers les pays limitrophes. Nous avons vraiment une carte à jouer en misant sur la grande exportation. Si on booste ces exportations hors de l’Europe, la Wallonie va voir son économie s’améliorer."

 

• Aller plus loin avec l'Isoc

 Mais revenons à cet objectif de plein-emploi. Les astres seraient selon lui tous alignés pour réaliser ce défi. "Au niveau de la compétitivité par exemple, la Belgique a fait ce qu’il fallait en diminuant l’impôt des sociétés. Faut-il pour autant s’arrêter à 25% chez nous alors que la Hollande pourrait viser 21%?"

Bernard Gilliot aborde également de la croissance belge qui a repris des couleurs. "Avec cette baisse de l’impôt des sociétés, on fera 2% de croissance en 2018. Cette croissance va créer de l’emploi." Il estime enfin que la symétrie politique dans les gouvernements entre le Fédéral et la Région wallonne va "faciliter certaines transformations".

 

• Attention au climat social

La Wallonie est aujourd’hui à 10% de chômage. Il faudrait donc diminuer ce chômage de moitié et arriver à 5% de chômage pour qu’on parle de plein -emploi!

Cela dit, cette marche vers le plein-emploi doit s’accompagner selon lui de quelques paramètres à tenir à l’oeil. Il insiste premièrement sur la flexibilité de plus en plus indispensable à l’ère du numérique. "Il va être possible de relocaliser une partie de l’industrie en Belgique grâce à la digitalisation. Le numérique (comme l’industrie 3D) rend à nouveau possible certaines productions chez nous. Les robots vont faire revenir l’industrie. Mais dans 10 ans, avec toute cette révolution numérique, des nouveaux métiers vont apparaître. D’autres vont disparaître. Il faudra veiller à donner de la formation pour affronter cette transformation."

L’autre facteur fait écho au climat social dans le pays, un thème qu’il manie avec prudence vu sa casquette de président du Groupe des 10. "Une atmosphère de sérénité est indispensable. La concertation sociale existe. Elle est compliquée mais il y a moyen d’avancer. Ce climat social apaisé doit nous permettre de dépasser 2% de croissance! On en est persuadé!" Il envoie également un signal au monde politique qui, d’après lui, joue avec le feu en remettant en cause le Ceta.

Verdict dans 10 ans!

La Princesse Astrid a emmené une mission économique belge en Côte d'Ivoire. On reconnaît Didier Reynders, et Bernard Gilliot à ses côtés. ©BELGA

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