La Wallonie protégée de la sécheresse... pour combien de temps?

Pour l'instant, quelques pics de consommation ont vidé trop vite des châteaux d'eau wallons, sans conséquence. Mais les prochains jours s'annoncent encore secs. ©Photo News

Ces deux derniers mois ont été particulièrement secs. La Flandre a déjà pris des mesures. Pour l'instant, la Wallonie a de bonnes réserves. Mais à court terme, on n'attend guère de pluie. Quelles conséquences pour cet été?

Juin n'est pas encore là que, déjà, la Flandre souffre de sécheresse. Les provinces du nord ont décidé l'interdiction du pompage de l'eau de certains cours d'eau. Aquaflanders demande de ne pas utiliser l'eau du robinet pour arroser les pelouses et laver les voitures.

"On a eu un gros déficit de précipitations depuis deux mois. Avril et mai n'ont jamais été aussi secs, dans notre station de référence à Uccle, depuis qu'on établit des mesures", explique le météorologue de l'IRM, Pascal Mormal. "Heureusement, on avait eu un hiver bien arrosé."

Pourquoi la Wallonie est moins impactée

En Wallonie et à Bruxelles, la situation est un peu moins inquiétante qu'en Flandre. Le manque de pluie concerne tout le pays, mais "la Wallonie est moins impactée parce que ses nappes phréatiques sont plus en profondeur et qu'elle a plus de réserves avec ses barrages."

Pas de quoi s'inquiéter? "Le problème perdure depuis 2017. Si on est encore confronté à une grosse sécheresse, si, ça sera inquiétant", indique Pascal Mormal qui annonce déjà que les prochains jours seront beaux et secs. "Tout au plus y aura-t-il une petite dégradation et un peu de pluie en fin de semaine prochaine." Les taux de précipitations devraient descendre sous ceux de 2011, lorsqu'on avait enregistré la saison la plus sèche depuis 1970.

"Toutes les grandes réserves aquifères de la Région ont été bien rechargées cet hiver et on entame l'été dans une situation bien meilleure qu'en 2019 et 2018."
Benoît Moulin
Porte-parole de la SWDE

La présence, cet été, de plus de Belges au pays que d'habitude, suite à la crise sanitaire, pourrait exacerber le manque d'eau. Mais pour l'instant, la Société wallonne des eaux (SWDE) ne s'inquiète pas. "Toutes nos grandes réserves aquifères ont été bien rechargées cet hiver et on entame l'été dans une situation bien meilleure qu'en 2019 et 2018", confirme Benoît Moulin, le porte-parole.

"Cela vaut autant pour nos grands ouvrages de surface, comme le barrage de la Gileppe, que pour les masses d'eau souterraines. Certaines sont même au-dessus du niveau 'normal'. Quelques semaines sans pluie n'ont guère d'impact sur les grandes nappes phréatiques".

Si la sécheresse se prolonge...

"Si le manque de précipitations se prolonge en juin, voire au-delà, l'impact se fera sentir."
Benoît Moulin
Porte-parole de la SWDE

Le fait que les activités touristiques soient en berne réduit aussi la consommation. Néanmoins, quelques pics ont déjà été enregistrés. Notamment le 21 mai, jour férié. "Il faisait très chaud, beaucoup de gens ont sans doute décidé de remplir leur piscine. Certains châteaux d'eau se sont vidés plus vite qu'ils ne pouvaient se remplir", explique Benoît Moulin. "Mais ça ne veut pas dire qu'on manque d'eau!"

Néanmoins, "si le manque de précipitations se prolonge en juin, voire au-delà, l'impact se fera sentir", admet-t-il. La traditionnelle solution de dérivation d'eau vers les châteaux d'eau qui se vident trop vite est utilisée en premier recours. Si ce n'est pas possible, des camions-citernes font l'appoint. "S'il n'y a vraiment plus d'alternative, on contacte les communes pour arrêter l'arrosage des terrains de football et le remplissage des piscines. Ensuite, on donne des consignes aux citoyens pour éviter l'usage inutile de l'eau."

Crainte des agriculteurs

Les agriculteurs, eux, dépendent directement des précipitations. Et, ils sont déjà inquiets. L'herbe se fait rare et "il faut nourrir le bétail au pré", explique Aurélie Noiret, de la Fédération wallonne de l'agriculture. "Nous sommes fort préoccupés par la situation. Il y a des problèmes de levée pour les chicorées, les betteraves et le lin. Les céréales auraient besoin d'eau pour se remplir. On craint que le maïs ne pousse pas correctement. Les légumes doivent déjà être irrigués, ce qui a un coût pour l'agriculteur." La FWA ne peut encore donner de prévision de rendements "mais a priori, ce ne sera pas une bonne année...".

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