La Wallonie relance l'idée de taxer les véhicules étrangers sur ses routes

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La Wallonie veut faire payer les voitures étrangères qui empruntent ses routes. On en compte entre 3 et 4 millions chaque année. Le gouvernement va ainsi profiter des prochaines discussions sur la réforme de la fiscalité automobile pour étudier la mise en place d’une vignette autoroutière pour les véhicules étrangers. Le sud du pays se dit prêt à le faire sans la Flandre.

Avec les affaires, on l’avait presque oubliée! Annoncée depuis plus d’un an par le ministre du Budget Christophe Lacroix (PS), la réforme fiscale wallonne pointe tout doucement le bout de son nez.

Sur le fond, difficile de vraiment savoir ce que le gouvernement sortira de son chapeau tant les divergences entre le PS et le cdH sont profondes. Prenons Christophe Lacroix. Le Wanzois pense que la Wallonie doit frapper les revenus de ses plus riches citoyens par une hausse de l’additionnel à l’impôt des personnes physiques. Il défend également la mise en place d’une taxe sur les robots destructeurs d’emplois. Du côté du partenaire cdH, ces deux propositions sont inaudibles!

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Du coup, ça se chamaille et on se crispe. Des ministres sont dos au mur. Certains vont jusqu’à dire que la montagne va accoucher d’une souris. C’est dire! Pour éviter que ce dossier pollue le fonctionnement du gouvernement, le traitement de la réforme fiscale a même été transféré à Bruxelles. Tout se joue entre les présidents du cdH et du PS Benoît Lutgen et Elio Di Rupo, avec à leurs côtés Paul Magnette et Maxime Prévot mais sans le ministre du Budget Christophe Lacroix!

Allo Bruxelles!

D’ici l’imprimatur des chefs – qu’on dit imminent – sur quelques symboles comme une suppression de la taxe de télé-redevance, le sujet continue malgré tout à agiter les esprits ministériels wallons.

Même si on parle bien d’une nouvelle taxe qui frappera tous les véhicules, l’idée est de compenser le montant payé par les Wallons par une baisse de la taxe de mise en circulation d’un montant équivalent au prix de la vignette.

Échaudé cette semaine par la sortie de son collègue flamand Ben Weyts (N-VA) sur l’instauration d’une taxe kilométrique pour les véhicules légers en Flandre, Carlo Di Antonio (cdH), le ministre en charge de la Mobilité en Wallonie, veut profiter des discussions autour de la révision de la fiscalité automobile pour remettre sur la table la vignette routière pour les voitures étrangères. "J’ai préparé une note sur la vignette automobile forfaitaire pour les véhicules légers. Elle sera déposée au moment de discuter de la réforme fiscale."

Même si on parle bien d’une nouvelle taxe qui frappera tous les véhicules, l’idée est de compenser le montant payé par les Wallons par une baisse de la taxe de mise en circulation d’un montant équivalent au prix de la vignette. Au final, seuls les véhicules étrangers empruntant les routes wallonnes paieraient. Carlo Di Antonio y voit une question de justice. "Il n’est pas normal que les véhicules légers étrangers ne payent rien sur notre territoire alors que les Wallons paient pour rouler en France, en Suisse et bientôt en Allemagne".

Neutralité pour les Wallons

"Toute la difficulté est de neutraliser le coût de la vignette pour les Wallons."
Carlo Di Antonio
Ministre de la Mobilité

Le mécanisme de compensation pour les Wallons ne sera pas si simple à mettre en place. "Toute la difficulté est d’arriver à mettre en place un mécanisme qui neutralise le coût de la vignette forfaitaire pour les Wallons. L’Europe a validé le système allemand qui compense le coût de la vignette pour les véhicules allemands. Nous pourrions les copier", estime le ministre.

Du côté des recettes, Carlo Di Antonio reste prudent. Malgré tout, même s’il continue à affiner ses chiffres, il estime que le système pourrait rapporter 150 millions d’euros par an à la Wallonie. "Sur base du modèle suisse, qui repose sur une vignette à 40 euros, et en les multipliant par les 3 à 4 millions de véhicules étrangers qui traversent la Wallonie chaque année, on pourrait gagner plus ou moins 150 millions d’euros."

150 millions
Du côté des recettes, Carlo Di Antonio reste prudent. Malgré tout, même s’il continue à affiner ses chiffres, il estime que le système pourrait rapporter 150 millions d’euros par an à la Wallonie.

Au PS, même si certains se disent agacés par la récente sortie de Di Antonio sur une hausse de la taxe kilométrique pour les camions en heure de pointe, le sujet est jugé suffisamment intéressant pour être étudié. "Nous ne pouvons pas rester au balcon et attendre qu’il y ait des vignettes partout en Europe sauf en Belgique. Mais nous avons une ligne rouge: cela doit être neutre au niveau global pour les Wallons", avance un cadre du parti à Namur.

Côté timing, rien n’est clair. PS et cdH espèrent rallier la Flandre à leur cause en la persuadant d’abandonner son projet de taxe kilométrique pour véhicules légers. "Le prélèvement kilométrique en Wallonie, c’est inaudible pour nous vu notre configuration géographique. Le mieux est de décrocher un accord avec les autres Régions pour lancer une vignette. Mais sans accord, on le fera seul", prévient Carlo Di Antonio.

D’ici le lancement des hostilités, certains attendent les résultats de l’étude commandée par le gouvernement sur la réforme de la fiscalité automobile. "Ce volet de la réforme fiscale ne sera pas discuté en juin. Il n’a même pas été abordé par les présidents des deux partis. Nous préférons attendre le rapport des universitaires. J’espère qu’il abordera la vignette automobile. Si pas, on leur commandera une nouvelle étude", explique un proche du dossier.

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