Le banc patronal répond à la Coalition Climat: "Évitons les tabous"

Un centre de recherche sur l'énergie hydrogène à Fukushima (Japon). Pour l'Union wallonne des entreprises, faire de l'hydrogène bleu un tabou, c'est se tirer une balle dans le pied. ©REUTERS

Syndicats et ONG ont fait mardi une centaine de propositions pour un pacte vert belge. Le patronat récuse des raccourcis et martèle: les entreprises sont des partenaires.

À la Fédération des entreprises de Belgique (FEB), on accueille la question avec le sourire: on n'avait plus été interrogé par la presse sur autre chose que le Covid-19 depuis les élections américaines. En pleine montée de la troisième vague de la pandémie, la Coalition Climat, qui réunit syndicats, ONG et autres associations, publiait mardi une centaine de propositions pour un "Green New Deal" belge, réclamant plus de cohérence et d'ambition dans la lutte contre le réchauffement. Qu'en pense le banc patronal?

Que la question de la trajectoire climatique belge est fondamentale, assurément: "Il y a vraiment une dynamique positive à trouver, c’est celle sur laquelle on veut travailler. C’est un débat positif et enthousiasmant", pose Rodolphe de Pierpont, porte-parole de Febelfin.

"Ce n’est pas le moment de cliver: le monde de l’entreprise est un levier, il faut l’activer."
Cécile Neven
Directrice du pôle partenariats de l'Union wallonne des Entreprises

Rehausser (encore) l'ambition ?

Ce qui ne veut bien sûr pas dire que sur ces sujets, l'harmonie soit au rendez-vous. À l'Union wallonne des entreprises (UWE), la directrice du pôle partenariats, Cécile Neven, lit en filigrane des propositions de la Coalition Climat une vision des entreprises comme entités à contraindre: "Ce n’est pas le moment de cliver: le monde de l’entreprise est un levier, il faut l’activer, voir les entreprises comme des partenaires pour développer des alternatives crédibles."

À la FEB, certaines propositions de la Coalition Climat crispent, à commencer par la révision à la hausse d’un objectif de réduction d’émissions pour 2030 qu'Olivier Van der Maeren, spécialiste énergie, juge déjà difficile à atteindre. "Ils demandaient -55%, on passe maintenant à -60%: leurs positions évoluent en fonction des acquis et on n’en fait jamais assez", s'irrite-t-il. Même logique à ses yeux pour les voitures-salaires: l’avantage sera supprimé en 2026 pour les véhicules polluants, la Coalition Climat demande désormais une échéance à 2023.

Un hydrogène vert mais pas bleu?

À l'UWE, Cécile Neven déplore le peu de cas que font à ses yeux les syndicats et ONG de l’enjeu de la sécurité d’approvisionnement énergétique. "Il faut garantir la compétitivité des entreprises wallonnes. Or le prix de l'électricité est déjà défavorable par rapport aux pays voisins", souligne-t-elle.

En matière de production d’énergies renouvelables, poursuit-elle, "je vois beaucoup de 'il n'y a qu'à', mais sur le terrain, la moitié des dossiers éoliens font l'objet d'une procédure de recours." Alors quand la Coalition Climat pose des lignes rouges sur certaines technologies, Cécile Neven vitupère. Ériger des tabous en matière de technologies bas carbone est contre-productif, estime-t-elle: "Il faut être ouvert à toutes les technologies qui aident à s’approcher de la neutralité carbone: s’il faut prolonger deux réacteurs, il ne doit pas y avoir de tabou. Je lis que l’hydrogène doit être vert et pas bleu (dont les émissions générées à la production sont captées, NDLR). Non, si le bleu doit être maintenu le temps de développer un marché pour un hydrogène complètement vert, il faut le faire!"

Le tertiaire neutre pour 2050 ?

La Wallonie s’est déjà fixé pour objectif un parc résidentiel qui tendrait en moyenne vers le label A d’ici 2050 - cela coûterait 120 milliards d’euros. La Coalition Climat réclame cette ambition pour la Belgique et demande que l’ensemble du secteur tertiaire soit climatiquement neutre pour la même échéance. À la Confédération construction wallonne, on est largement en phase avec les syndicats et associations sur ces questions et notamment sur la demande de moduler la fiscalité immobilière en fonction de l’efficacité énergétique, indique Aymé Argelès, coordinateur des projets transversaux.

"Il faut un cadre incitatif, voire des obligations de rénovation, par exemple lors de changements de propriétaires."
Aymé Argelès
Coordinateur des projets transversaux à la Confédération construction wallonne

"La question est comment massifier la rénovation. L’objectif est très ambitieux, mais on a les technologies. On a un problème de financement et de main d’œuvre. Il faut un cadre incitatif, voire des obligations de rénovation, par exemple lors de changements de propriétaires."

Le climat au bilan des banques?

Pour financer la transition, la Coalition Climat mise notamment sur la réorientation des flux d'investissements privés que provoquerait une réforme des règles prudentielles des banques. "C’est nécessaire que les règles prudentielles évoluent", acquiesce Rodolphe de Pierpont, à l’organisation patronale du secteur. "Tout le monde conçoit bien que cette dimension climatique doit faire partie intégrante du volet financier. On travaille clairement dans ce sens-là." Mais Rome ne s’est pas faite en un jour, ajoute-t-il : "C’est une transition et il faut des mesures d’accompagnement et de soutien."

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