Le Belge place ses nouvelles économies dans l'immobilier

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Les ménages épargnent un peu plus mais actions, obligations et autres produits financiers n’ont plus trop la cote. C'est donc vers la brique que le Belge se tourne.

"Je me rappelle, entame le gouverneur Jan Smets. Il y a deux ans, lorsque je présentais pour la première fois le rapport annuel de la Banque nationale, de nombreuses incertitudes économiques régnaient il était notamment question d’un risque de déflation." Un contexte qui a positivement évolué à l’heure de présenter le cru 2017 de cet exercice de rétrospective. "À présent, tout va nettement mieux. Une croissance plus forte est de retour, avec nettement moins de fragmentations au sein de la zone euro, et associée à de la création d’emplois."

Un constat qui, si l’on zoome davantage, peut s’appliquer tel quel à nos contrées. Tel est le regard porté par la BNB sur la Belgique de 2017: même s’il a encore de nombreux défis à relever, le pays se porte mieux. Ce qui ne veut pas dire que tout est parfait, tempère Jan Smets. "D’où le titre du rapport." Qui suggère de convertir ledit redressement en une croissance plus durable et inclusive.

Des conclusions qui n’ont pu être partagées par l’un des huit régents que compte la BNB. À savoir Rudy de Leeuw, président de la FGTB, qui reproche au rapport de "soutenir le nouveau cadre de formation des salaires, restreignant l’autonomie des partenaires sociaux", et de ne guère accorder "suffisamment d’attention à la nécessité d’une fiscalité plus juste". Entre autres. Notez qu’en 2016, le tandem FGTB et CSC avait refusé d’avaliser le rapport – cette année-ci, le syndicat socialiste joue cavalier seul.

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-> L’économie belge s’est redressée. La croissance du PIB belge s’est accélérée l’an dernier, pour se fixer à 1,7%, contre un taux moyen de 1,4% les trois dernières années.

Oui, mais. La critique est fréquemment maniée: depuis 2014, l’économie belge croît plus lentement que celle de la zone euro. "Il existe plusieurs facteurs venant nuancer cet écart de croissance", argumente Jan Smets. Déjà, la crise passée a frappé plus durement certains pays, comme l’Espagne ou l’Irlande. Il est logique que, partant de plus bas, ceux-ci connaissent un rattrapage plus marqué. Et si l’on se focalise sur nos trois principaux voisins? La Belgique est encore embarquée dans un exercice de consolidation budgétaire, "qui est nécessaire mais peut peser à court terme sur les revenus et la consommation". Tandis qu’Allemagne et Pays-Bas ont, eux, tourné cette page. Allemagne où les dépenses ont augmenté pour cause d’immigration et Pays-Bas qui ont traversé une petite crise immobilière, causant ici aussi un épisode de rattrapage. "Si l’on regarde la croissance cumulée depuis 2008, conclut Jan Smets, la Belgique ne s’en sort pas si mal." Mieux que la France, les Pays-Bas et la moyenne de la zone euro.

-> 66.000 emplois de plus. "La croissance belge s’est montrée très riche en emplois", souligne le gouverneur. La BNB a chiffré: 66.000 emplois ont été créés l’an dernier, contre 58.000 en 2016. Corollaire évident, le chômage a baissé de quelque 28.000 unités. "Dans le même temps, grâce notamment aux mesures d’activation, environ 38.000 personnes sont venues renforcer l’offre de travail."

Et qu’en est-il de la critique, elle aussi récurrente, relative à la qualité des emplois créés, qui seraient de plus en plus précaires? "Les chiffres actuels ne permettent pas encore de faire la distinction en fonction du type de contrat." Mais, de manière générale, "il n’y a à ce jour que peu d’indices selon lesquels les changements que le marché du travail a subis auraient entraîné une forte augmentation des inégalités de revenus ou une détérioration notable des caractéristiques des postes occupés, écrit la BNB. Ainsi, neuf employés sur dix ont toujours un contrat de travail à durée indéterminée, bien que les contrats temporaires deviennent plus courants. De plus, il y a en Belgique nettement moins de travail à temps partiel involontaire qu’ailleurs en Europe." Et, ajoute Jan Smets, "il n’y a pas beaucoup de raison de penser que cette image ait beaucoup changé en 2017".

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-> Le "mismatch" du marché du travail. "En dépit des progrès, le chômage se situe encore à un niveau intolérablement élevé, relève le rapport. Et le taux d’emploi reste trop bas, surtout pour certains groupes, dits à risques, ainsi que dans les Régions bruxelloise et wallonne." C’est l’un des classiques, et des drames, du marché du travail belge. "Trop peu de gens de faible qualification ou d’origine étrangère surtout non européens ont accès à un emploi", déplore Jan Smets.

-> Le pouvoir d’achat des ménages retrouve quelques couleurs. Après deux années de croissance très modérée (0,2% en 2015 et 0,7% en 2016), les salaires bruts se sont remis à augmenter dans le secteur privé, souligne la Banque nationale: +2%. Ce qui n’est évidemment pas sans impact – positif – sur le pouvoir d’achat. "Le revenu disponible des particuliers a nettement rebondi en 2017 et a progressé de 1,3% en termes réels, contre 0,9% en 2016 et une moyenne de 0,4% les trois années précédentes."

La consommation s’étant accrue de 1,1%, il ne faut pas s’étonner de voir le taux d’épargne repartir très légèrement à la hausse, de 11,2% en 2016 à 11,3% l’an dernier. Enrayant ainsi une chute de sept ans – le taux d’épargne s’établissait à 17,7% en 2009.

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Il est aussi intéressant de noter ce que les Belges font de cette épargne, que la BNB définit comme le revenu disponible amputé de la consommation. Actions, obligations et autres produits financiers n’ont plus trop la cote. "Confrontés depuis plusieurs années à des rendements exceptionnellement bas, non seulement les particuliers ont modéré leurs acquisitions d’actifs financiers, mais ils se sont également davantage tournés vers des instruments associés à des risques plus élevés." Contrairement à l’immobilier qui, lui, continue à attirer, et participe à la hausse de l’endettement des particuliers, via des emprunts hypothécaires affichant de faibles taux d’intérêt.

En résumé, moins d’actifs financiers, plus de dettes et de briques. "En 2017, le montant des dépenses de consommation et d’investissements réels des particuliers s’est approché de celui de leur revenu disponible."

"C’est quand le soleil brille que l’on répare son toit."
Jan Smets
Gouverneur de la Banque nationale de Belgique

-> Des investissements publics en rade. Les investissements publics sont restés stables par rapport à 2016, à 2,2% du PIB. Mais, considérant qu’ils sont censés partir à la hausse à mesure que le scrutin communal pointe le bout de son nez, la BNB conclut que leur croissance "se situe depuis quelques années en deçà de son rythme habituel". Qui n’est déjà pas brillant, la qualité générale de nos infrastructures se dégradant.

-> Le déficit fond. Tout comme son cousin nominal (voir notre infographie), le déficit structurel, c’est-à-dire débarrassé des aléas de la conjoncture et des mesures "one shot", recule, s’établissant en 2017 à 1,2% du PIB. Un effort à poursuivre, insiste la BNB, qui accorde plus d’importance au chemin qu’à la date d’arrivée. Afin de constituer des réserves budgétaires pour faire face à l’avenir, dont le vieillissement annoncé de la population. "C’est quand le soleil brille que l’on répare son toit", sourit Jan Smets, citant Kennedy.

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