Le Belge reste très taxé, y compris sur le patrimoine

©Sofie Van Hoof

"Comme au Danemark, le contribuable belge devrait mieux savoir à quoi servent ses impôts", indique Sylviane Delcuve, "senior economist" de BNP Paribas Fortis.

La Belgique reste une championne en matière de taxation, y compris sur le patrimoine. C’est ce que l’on peut déduire des chiffres compilés par Sylviane Delcuve. La senior economist de BNP Paribas Fortis a comparé les recettes fiscales en pourcentage du Produit intérieur brut (chiffres de 2016) sur base des catégories et chiffres recensés par l’OCDE.

Il apparaît que notre pays affiche des impôts (44,2% du PIB) supérieurs à nos voisins que sont les Pays-Bas et l’Allemagne ainsi qu’à la moyenne de l’OCDE. Seule la France (45,3%) fait quasiment jeu égal avec la Belgique. D’où la nécessité perçue par le gouvernement belge d’abaisser le taux de l’impôt des sociétés mais aussi de réformer l’impôt sur les personnes physiques (IPP). Mais il faudra un certain temps avant que cela ne se traduise dans les chiffres.  

En matière d’impôts sur les revenus, les bénéfices et les gains en capital (catégorie recensée par l’OCDE), la Belgique trône au sommet avec 15,7% de recettes en pourcentage du PIB, avec une lourde charge (12,3%) pesant sur les personnes physiques, bien plus élevée qu’ailleurs.

En matière de cotisations de sécurité sociale, la Belgique est devancée par la France où la part payée par les employeurs est particulièrement lourde. D’où d’ailleurs les réformes entreprises par Emmanuel Macron.

« Pourquoi la Belgique serait-elle le seul pays où l’on est incapable de réduire les dépenses.»
Sylviane Delcuve
Senior Economist BNP Paribas Fortis

Les chiffres des impôts sur le patrimoine sont particulièrement intéressants à analyser. Avec 3,5% du PIB, la Belgique se situe en effet largement au-dessus des Pays-Bas et de l’Allemagne. Certes, elle est devancée par la France où l’impôt sur la propriété immobilière est particulièrement lourd.Mais la Belgique se distingue avec 1,3% d’impôt sur l’immobilier (cadastre), 0,7% d’impôt sur les décès, successions et donations et encore 1,1% d’impôt sur les transactions  mobilières et immobilières.

Et il faut encore ajouter toute une série de petites taxes que l’on ne retrouve pas dans les autres pays, ce qui représente au total 0,4% du PIB, un montant qui n’est pas négligeable. Cela concerne, dit l’économiste, des postes comme des impôts sur les piscines ou les terrains de tennis.  "On semble avoir compliqué les choses chez nous, avec une multitude de taxes que l’on ne sait plus d’ailleurs trop comment classer à l’OCDE."

©MEDIAFIN

Comme au Danemark?

Au total, le Belge a le sentiment de payer beaucoup d’impôts pour recevoir peu en retour. Pour réduire l’impôt, il faudra oser s‘attaquer à certaines dépenses dans la fonction publique, dit Sylviane Delcuve. "Pourquoi la Belgique serait-elle le seul pays où l’on est incapable de réduire les dépenses?"

Mais il convient aussi de savoir à quoi sert l’argent des impôts. Elle prend  comme pays modèle le Danemark, un pays à la taille comparable à celle de la Belgique.  Les Danois paient aussi  beaucoup d’impôts (45,9% du PIB !), mais des comités de citoyens ou d’usagers ont un droit de regard sur les dépenses effectuées par l’Etat ou leur région. Cela devrait inspirer la Belgique, dit l’économiste. 

"Au Danemark, j’ai rencontré un jour quelqu’un qui m’a parlé d’un projet d’installation d’éoliennes dans sa commune. Dans un premier temps,  les gens ont dit non au projet. Une réunion de citoyens a alors été organisée où l’on a expliqué que les économies réalisées grâce aux éoliennes serviraient notamment à des travaux dans les écoles et à la création de crèches. Un nouveau vote a été réalisé et cette fois, il était positif."

L’économiste prend un autre exemple: "J’habite à Waterloo où une initiative intéressante avait été lancée. Une partie des impôts locaux a servi à offrir un stage de conduite prudente sur le circuit de Nivelles à des jeunes qui avaient leur permis depuis 6 mois. Tout le monde a salué le projet, les parents comme les enfants. Pourtant, l’initiative a été abandonnée." Dommage assurément.

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