Le blanchiment par cryptomonnaies, toujours un trou noir

Certains groupes d’extrême droite demandent explicitement que leurs collectes de fonds s’effectuent en cryptomonnaies telles que le Bitcoin ou l’Ethereum. ©REUTERS

Personne ne doute que les cryptomonnaies permettent de réaliser de gigantesques opérations de blanchiment. Mais, en 2021, les autorités s’avèrent toujours impuissantes à les contrer. Et pourtant, toutes sortes de criminels et de terroristes les utilisent, prévient la cellule antiblanchiment.

Parmi les 1.228 dossiers représentant plus de 1,63 milliard d’euros d’argent suspect qui ont été transmis à la justice l’an dernier, seuls 5 dossiers concernaient du blanchiment par "monnaie électronique" interposée. Un bien maigre bilan par rapport aux 816 dossiers dont les parquets ont été saisis l’an dernier concernant des virements, versements et retraits d’argent traditionnels.

5
dossiers
Parmi les 1.228 dossiers représentant plus de 1,63 milliard d’euros d’argent suspect qui ont été transmis à la justice l’an dernier, seuls 5 dossiers concernaient du blanchiment par "monnaie électronique" interposée.

Ainsi, la cellule antiblanchiment a mis à jour l’an dernier comment le compte d’un Belge a été utilisé pour collecter le butin de fraudeurs opérant à l’étranger. Le Belge recevait une commission chaque fois qu’il convertissait l’argent sur une plateforme étrangère en cryptomonnaies qu’il envoyait ensuite aux escrocs.

Un autre dossier visait les comptes d’une nouvelle entreprise de nettoyage qui recevait de nombreux montants d’autres entreprises de nettoyage pratiquant la fraude sociale. Juste avant d’être démantelée, elle comptabilisait encore sur ce compte des millions d’euros constitués du butin d’un hacking à l’étranger. Ici aussi, une partie de l’argent avait transité par une plateforme de cryptomonnaies.

Pseudo-anonymat

Les "cryptopaiements" financent également le terrorisme. "En 2020, un signalement émanant de la cellule antiblanchiment française (FIU Tracfin) a permis d’identifier un nouveau système de financement du terrorisme qui pouvait garantir la discrétion des virements aux djihadistes en Syrie", écrit notre cellule antiblanchiment. Ce système passe par ce qu’on appelle des "cryptovouchers". Les bailleurs de fonds des terroristes peuvent acheter, auprès d’un commerçant dans notre pays (comme un magasin de nuit ou un libraire), des cryptovouchers anonymes dont ils peuvent à travers des messages cryptés transférer les références aux djihadistes qui sont encore présents au nord-ouest de la Syrie ou détenus dans le camp Al-Hol ou Al-Roj. Actuellement, le nombre d’offreurs de cryptovouchers est encore limité dans notre pays, mais il peut augmenter très vite, prévient la cellule antiblanchiment.

"Certains groupes d’extrême droite demandent également que les paiements qui leur sont destinés s’effectuent en cryptomonnaies telles que le Bitcoin ou l’Ethereum. Ils en apprécient le pseudo-anonymat", avance la cellule antiblanchiment.

Dès que toutes les règles en la matière seront fixées clairement, la cellule antiblanchiment ainsi que l’autorité des marchés FSMA espèrent enfin avoir une vue plus claire sur les risques de blanchiment.

Depuis juillet dernier, les offreurs de portemonnaies de dépôt et de services d’échange de monnaies virtuelles, tels que les plateformes d’échange et les "crypto-ATM", doivent également signaler les transactions suspectes dans notre pays. Dès que toutes les règles en la matière seront fixées clairement, la  cellule antiblanchiment ainsi que l’autorité des marchés FSMA espèrent enfin avoir une vue plus claire sur les risques de blanchiment.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés