Le choc de la crise sur le chômage ne sera pas résorbé avant 2025

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Pas de retour à la normale de l’activité économique avant la mi-2022, prévient le Bureau du Plan. Il faudra même attendre 2025 pour revenir au taux de chômage d'avant-crise.

C’est un tableau assez sombre de l’économie que dresse le Bureau fédéral du Plan dans ses projections à cinq ans (2020-2025). Il n’envisage pas de retour à la normale en termes de croissance avant la mi-2022. C’est dire si nous ne sommes qu’au tout début de la crise économique qui nous attend.

Croissance

En 2020, l’économie belge encaissera sa plus forte récession depuis 1945, avec une contraction du Produit intérieur brut (PIB) de 10,5%. Celui-ci rebondirait de 8,2% en 2021 et de 3,3% en 2022. Par la suite, on devrait renouer avec un niveau de croissance moyen de l’ordre de 1,3% par an de 2023 à 2025.

À ce moment-là, on n’aura pas récupéré le niveau de PIB que l'on aurait dû avoir en l’absence de la crise. "Autrement dit, il y aura une perte permanente d’activité économique", résument les experts du Plan. Bien sûr, il s’agit de projections et non de prévisions. Les modèles fonctionnent à politique inchangée, sans tenir compte d’une éventuelle intervention du politique.

146.000
chômeurs de plus
Le Bureau du Plan prévoit 146.000 chômeurs supplémentaires en 2020 et 2021.

Grâce à l’intervention des stabilisateurs automatiques, la consommation sera moins touchée que les investissements des entreprises. La consommation devrait baisser de 8,8% en 2020 alors que les investissements des entreprises, eux, plongeront de 21%. En cause, l’incertitude importante concernant les perspectives de la demande. Le revenu disponible des ménages ne devrait reculer que de 1,9% cette année, avant de progresser de 2,7% l’an prochain et 2,1% en 2022. 

Emploi

Si l’impact de la crise s’est surtout fait sentir au premier semestre 2020 au niveau des emplois temporaires non reconduits, l’emploi régulier devrait subir les effets de la crise à partir du second semestre et en 2021. Le Bureau du Plan prévoit 146.000 chômeurs supplémentaires en 2020 et 2021. Le chômage grimpera de 8,9% en 2019 à 11,5% en 2021 et il faudra attendre 2025 pour revenir au taux de chômage de 8,9% qui prévalait avant la crise.

Le Plan n’envisage que 97.000 emplois nouveaux créés sur la période 2020-2025. Ce chiffre contraste avec les 77.000 emplois créés pour la seule année 2019, qui était – il est vrai – une année record.

Aucune branche d’activité ne sera épargnée par les pertes d’emploi, à l’exception notable du secteur public.

"Le creusement de la dette en 2020 était indispensable et salutaire pour la population. De plus, avec les taux plancher actuels, il ne faut pas craindre d’effet d’emballement ou d’effet boule de neige."
Michel Saintrain
économiste au Bureau du Plan

Finances publiques 

La crise sanitaire laissera surtout des traces profondes sur les finances publiques. En 2020, le déficit se creusera à 11,1% du PIB, ce qui représente 47,5 milliards d’euros. En 2025, le déficit aura, certes, diminué mais il se situera toujours à un niveau élevé de 4,8% ou 25,8 milliards d’euros. "Le déficit n’est toutefois pas entièrement imputable au Covid-19, tempère Michel Saintrain, économiste au Bureau du Plan, car il existait déjà un déficit avant le déclenchement de la crise."

Dans le détail, le déficit 2020 de 47,5 milliards d’euros comporte 15,6 milliards (3,2%) de déficit d’avant-crise, 8,6 milliards (2%) de mesures de soutien dans le cadre de la gestion de la crise et 23,4 milliards (5,9%) d’impact des stabilisateurs automatiques (pertes de recettes, dépenses de chômage, etc.).

11,1%
du PIB
En 2020, le déficit se creusera à 11,1% du PIB, ce qui représente 47,5 milliards d’euros.

Il faudrait un supplément de croissance de 1% pendant 8 ans pour combler le déficit de près de 5% qui se profile en fin de période, en 2025. Un objectif qui semble à ce stade très difficile à atteindre. La conséquence de tout cela, c’est un bond de l’endettement qui passe de 100% du PIB en 2019 à 120% en 2020. La dette se tassera quelque peu avec la reprise en 2021, mais elle remontera ensuite à 120% en 2025 du fait d’un déficit largement supérieur à la croissance.

Michel Saintrain tient cependant à relativiser quelque peu ce dernier aspect. "Le creusement de la dette en 2020 était indispensable et salutaire pour la population. De plus, avec les taux plancher actuels, il ne faut pas craindre d’effet d’emballement ou d’effet boule de neige, même en cas de légère remontée des taux."

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