Le chômage économique grimpe et c'est inquiétant

Quand les commandes ne rentrent plus, les entreprises utilisent le chômage économique pour mettre les ouvriers en "inactivité temporaire". En espérant des jours meilleurs... ©ISTOCK

Le chômage économique n'a plus été aussi élevé depuis 4 ans en Belgique. Que se passe-t-il?

En 2019, le chômage économique en Belgique s'établissait à 0,95%. Il s'agit d'une augmentation de 50% en douze mois et c'est le niveau le plus élevé en 4 ans. On ne peut pas parler de surprise vu que les neuf premiers mois de 2019 présentaient déjà une hausse par rapport aux années précédentes. Le groupe de services RH Acerta a compilé les chiffres, sur base de sondages auprès de 32.000 employeurs, qui sont un bon indicateur de conjoncture. 

C'est inquiétant parce que ça fait maintenant une bonne année que la situation s'aggrave, on voit que les entreprises sentent réellement la baisse économique.
Olivier Marcq
Juriste, Acerta

Alors, pourquoi de plus en plus de travailleurs doivent-ils rester chez eux, en attendant l'appel de leur patron? Dans quelle mesure est-ce inquiétant? 

Le Brexit, les voisins...

Pourquoi le chômage économique augmente-t-il? "Il augmente depuis début 2019 et c'est une conséquence du ralentissement économique général. La situation internationale est moins stable, il y a le Brexit, la croissance stagne dans les pays voisins et surtout en Allemagne", explique Olivier Marcq, conseiller juridique chez Acerta. Ce dernier rappelle aussi que le chômage économique est resté longtemps à un faible niveau chez nous.

"La situation économique était idéale, les entreprises ont engagé pour faire face à l'embellie", rappelle-t-il. Aujourd'hui, ce personnel est là, contrat signé, mais les commandes ne suivent plus. "Plutôt que de se séparer rapidement de leur personnel qualifié, les entreprises ont recours au chômage temporaire." 

Quelles sont les entreprises les plus touchées? Les grandes entreprises, celles de plus de 200 personnes. Et ça, c'est plutôt nouveau. "Normalement, elles sont plus flexibles et peuvent se permettre de confier d'autres tâches à leurs travailleurs quand le travail manque", constate l'expert d'Acerta.

Plutôt que de se séparer rapidement de leur personnel qualifié, les entreprises ont recours au chômage temporaire.

Est-ce alarmant? "C'est inquiétant parce que ça fait maintenant une bonne année que la situation s'aggrave, on voit que les entreprises sentent réellement cette baisse économique. Celle-ci se marque aussi dans les chiffres de l'intérim, d'ailleurs...", relève le spécialiste d'Acerta.

Et si la situation empire encore? Les entreprises devront licencier. "Mais plus globalement, si leur chiffre d'affaires diminue, les bénéfices aussi. Or, il y aura des indemnités de chômage à payer... Il y a là derrière un effet boule de neige qui n'est pas bon pour l'économie", note Olivier Marcq.

Bruxelles ne connaît pas la crise?

Pourquoi Bruxelles se démarque-t-elle? Dans la capitale, le chômage économique est ultra bas, à 0,07%. Cela ne démontre néanmoins pas du tout une situation saine. "Ce chiffre témoigne de la guerre des talents. Les employeurs ont du mal à trouver du personnel compétent, ils hésitent donc à mettre en chômage économique leurs travailleurs, qui pourraient alors démissionner facilement, sans préavis. Les patrons font tout pour les garder!" En outre, à Bruxelles, de nombreuses boîtes sont actives dans le service aux entreprises, où l'impact de la conjoncture morose se fait sentir moins directement que dans l'industriel.

Pourquoi la Flandre est-elle plus touchée que la Wallonie? Au nord, le chômage économique était de 1,16% l'an passé, contre 0,79% pour le sud du pays. "La Flandre a une économie plus ouverte sur l'international, commente Olivier Marcq. En Wallonie, il y a beaucoup de PME, qui travaillent entre elles et sont donc moins impactées. Sans compter qu'une société de trois personnes peut plus difficilement se passer d'un tiers de son personnel..."


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