Le coût du vieillissement à un sommet en 2040

©BELGA

Le Comité d'étude sur le vieillissement a rendu son rapport annuel, cru 2019. 2040 y figure toujours comme un cap périlleux à franchir: c'est à cette époque que la facture de la prise d'âge de la population belge culminera à 29,1% du PIB, soit 3,8 points de plus qu'en 2018. Une facture qui s'adoucira quelque peu à l'horizon 2070. Quant au risque de pauvreté des pensionnés, il ne fait que baisser.

Au fil du temps, c'est devenu un classique. Voilà dix-huit ans que le Comité d'étude sur le vieillissement (CEV) surveille l'évolution des dépenses sociales de la Belgique, au regard de la multiplication des calvities et cheveux blancs au sein de la population. Et un joli motif d'inquiétude, au passage: plus le Belge prend de l'âge, plus il pèse dans le budget de la sécurité sociale. 

Où en est-on, à l'heure actuelle? Décortiquons ensemble le rapport annuel 2019 du CEV.

Quelques hypothèses 

Le CEV ne dispose nullement d'une boule de cristal, avertit d'emblée son président, Johan Van Gompel. Il établit des prévisions à long terme, faites de tendances du passé et d'hypothèses sur l'avenir, devant servir à ajuster la décision politique. 

Hypothèses, dites-vous? Oui: elles sont nombreuses à sous-tendre le scénario de base avancé par le Comité. Il y est question de démographie, avec par exemple un taux de fécondité (1,7 enfant par femme en 2017) ne revenant à son niveau d'avant crise financière qu'en 2030 (1,9). De paramètres macroéconomiques, avec une croissance annuelle du PIB fixée à 1,3% d'ici 2024 - il y a un an, le CEV tablait encore sur 1,5% - et à 1,5% par an en prenant 2070 pour repère. Ou une progression de la productivité belge de 0,6% par an d'ici 2024 - contre une moyenne annuelle de 0,3% durant la dernière décennie -, et même de 1,2% avec 2070 dans le viseur. Un peu de socioéconomique enfin, avec un taux de chômage s'établissant à 9,6% sur la période 2019-2024, pour s'établir structurellement à 7% à partir de 2026.

Le pic de 2040

Voilà pour la tuyauterie. Place à présent aux conséquences budgétaires. On savait déjà que la prochaine législature s'annonçait complexe sur le plan budgétaire, avec un PIB croissant de 1,3% l'an, mais des dépenses de l'État progressant, en termes réels, au rythme de 1,8%. Eh bien, les comptes de la Belgique n'ont pas fini de tanguer.

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Le pic de 2040
En 2040, le surcoût (par rapport à 2018) du vieillissement de la population est estimé à 3,8% du PIB, soit 17,1 milliards d'euros.

Joies du baby-boom, le pic du coût du vieillissement se profile pour 2040. À cette échéance, les pensions pèseront 2,3% de PIB de plus qu'en 2018 (soit 13% du PIB) et les soins de santé, 2,4% de plus (soit 10,4% au total). Heureusement, les autres dépenses sociales (comme le chômage et les allocations familiales) afficheront un recul de 0,9% (à 5,6% du PIB). Au total donc, le vieillissement pèsera 3,8% de PIB en sus de ce qu'il pesait l'an dernier, passant de 25,2% à 29,1% du PIB. Soit une facture supplémentaire de quelque 17,1 milliards d'euros (si l'on s'appuie sur le PIB du cru 2018). 

En cause, un marché du travail connaissant davantage de sorties (vers la pension) que de nouvelles arrivées. Un basculement attendu durant la prochaine législature - initialement, on parlait de 2010, mais l'immigration a reculé l'échéance. Une tendance qui devrait durer une vingtaine d'années, et s'inverse une fois passé le cap de 2040.

À plus long terme: objectif 2070

À l'horizon 2070, cette douloureuse s'adoucit légèrement, passant à 2,4% du PIB, l'ensemble des prestations sociales reculant entre 2040 et 2070. Ce qui représente, à l'heure actuelle, environ 10,8 milliards d'euros. 

Pour qui se penche sur le rapport 2018 du CEV, cela représente toutefois une aggravation, toujours à l'horizon 2070, de l'ordre de 0,5% du PIB. Qui s'explique par la révision à la baisse de la croissance économique, par des perspectives démographiques un brin plus défavorables, mais aussi, pour une petite moitié, par un nouveau modèle utilisé par le Bureau du plan et cernant plus finement les dépenses en soins de santé.

Le pic du coût du vieillissement est attendu pour 2040. ©Mediafin

Quelques variantes

"Nous sommes parfois critiqués pour notre optimisme", reconnaît Johan Van Gompel. C'est pourquoi le CEV a également planché sur des scénarios intégrant des déviations d'hypothèse. Tenez: une croissance de 1,2% de la productivité belge, n'est-ce pas illusoire, au vu des performances récentes? Le CEV a analysé l'impact d'un rabotage de 0,3 point de cette hypothèse, soit une croissance, à l'horizon 2070, de 0,9% par an. Avec quelles répercussions? Le surcoût du vieillissement bondit alors à 5% du PIB, soit un doublement de la facture. "D'où l'importance de soigner la compétitivité de la Belgique et du rapport remis à ce sujet par l'OCDE ce lundi même.

Et si le taux de chômage à long terme s'établissait à 6% à partir de 2030, au lieu des 7% prévus? La facture 2070 chuterait à 2% du PIB, soit 1,8 milliard de moins. "Comme quoi, il n'est plus tellement important de revoir l'âge légal de la pension, insiste Johan Van Gompel. Il faut plutôt s'atteler à relever l'âge effectif, qui tourne actuellement autour des 61 ans." Le relèvement à 67 ans de l'âge légal constitue un cadre, enchérit Philippe Donnay, le patron du Bureau fédéral du plan. "Reste maintenant à le remplir."

Et le risque de pauvreté, dans tout cela?

"La soutenabilité budgétaire n'est pas tout, poursuit le commissaire au Plan. Il faut également se pencher sur la soutenabilité sociale.Le CEV a donc soupesé le risque de pauvreté auquel font face les pensionnés, c’est-à-dire la probabilité de voir leur revenu net équivalent valser sous le seuil de pauvreté. Quelle est la tendance? Le risque de pauvreté pour les pensionnés a reculé entre 2005 et 2014, et stagne depuis. Malgré le relèvement des pensions minimales – c’est que le seuil de pauvreté évolue, lui aussi.

"Si le prochain gouvernement poursuit le relèvement des minimas au même rythme que nous, le fameux seuil de 1.500 euros pour une carrière complète pourrait quasiment être atteint", fanfaronne le ministre des Pensions, Daniel Bacquelaine (MR).

Après la stagnation actuelle, le moyen et le terme devraient se montrer un rien plus cléments envers les pensionnés, puisque le risque de pauvreté devrait repartir dans une baisse continue entre 2019 et 2070, passant, dans le scénario de référence du CEV, de 10% à moins de 6%. Restera tout de même à relever cet âge de départ effectif à la retraite, qui s’obstine à traîner la patte.

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