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Le coût du vieillissement met les finances belges à rude épreuve

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Les prochains gouvernements auront fort à faire sur le plan budgétaire. Selon les derniers chiffres du Comité de monitoring, le déficit structurel de la Belgique devrait s’élever à 13,27 milliards en 2024.

Peut-on encore parler de nouvelles quand c’est attendu à ce point? Les perspectives budgétaires belges ne sont pas folichonnes, voilà des mois que le Bureau fédéral du plan, pour ne citer que lui, le prévoit, sans que l’on fasse grand cas de cet avertissement.

Le Comité de monitoring est venu plaquer des chiffres incontestables sur cette détérioration; incontestables parce que ce club de hauts fonctionnaires est chargé de chiffrer l’ampleur des efforts à réaliser afin de respecter la trajectoire budgétaire que notre pays s’est tracée. Fin juillet, il livrait une première analyse, portant sur 2019 et établissant le prix de l’inaction. À savoir le fait de ne disposer, depuis décembre 2018, que d’un exécutif démissionnaire et minoritaire. Selon que l’on observe uniquement la dégradation enregistrée ou que l’on y ajoute les améliorations non réalisées, la facture oscillait entre 2,15 et 4 milliards d’euros.

Comme promis, le Monitoring a remis le couvert en ce début septembre, en se penchant cette fois sur la période 2020-2024.

1. Comme prévu, le déficit repart en vrille.

Ce n’est donc pas une surprise. Surtout que les informateurs royaux avaient précisé, fin de semaine dernière et devant les partis susceptibles d’atterrir, un jour ou l’autre, dans le prochain gouvernement fédéral, l’ampleur de la menace. Il était alors question d’un déficit structurel de 2,3% du PIB en 2024. Une prévision en ligne avec les données lâchées par le Monitoring ce lundi.

"Il est plus que nécessaire d’avancer dans la formation d’un gouverne-ment fédéral."
Sophie Wilmès
Ministre du budget

Jetons un œil au déficit nominal. Parti de 3,1% du PIB en 2014 et ramené à 0,69% fin 2018, il repartirait à la hausse dès cette année-ci: 1,54% en 2019; 2,17% en 2020 et 2,59% d’ici 2024. Un trou à charge essentiellement de l’étage fédéral et de la sécurité sociale – rassemblés sous la bannière "Entité I" –, les entités fédérées et les pouvoirs locaux, soit "l’Entité II", ne pesant que 0,39% de PIB dans le déficit 2024.

Pour nous tourner ensuite vers le déficit structurel, qui n’est autre que le nominal nettoyé des effets de la conjoncture et des mesures non récurrentes. Soit un thermomètre un rien plus fiable: c’est sur lui qu’est centrée l’attention de la Commission européenne, qui attendait de la Belgique qu’elle le soigne annuellement à hauteur de 0,6% du PIB – largement loupé. Tournant autour de 1,24% du PIB fin 2018, le déficit structurel belge passerait de 1,65% en 2019 à 2,12% en 2020, pour finir à 2,47% en 2024, soit la bagatelle de 13,27 milliards. L’Entité I, là-dedans, est une fois de plus en première ligne, son propre déficit structurel suivant la trajectoire suivante: 1,5% du PIB en 2019, 1,81% en 2020 et 2,12% en 2024, soit une ardoise de 11,38 milliards d’euros.

On rappellera pour la route que la Belgique est censée renouer avec l’équilibre structurel en 2021; à cette date et à politique inchangée, elle fera surtout face à un gouffre de 11,08 milliards.

2. Le vieillissement de la population pèse de tout son poids.

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Lorsque l’on évoque le dérapage budgétaire belge, cela ne rate jamais, on le colle sur les épaules du vieillissement de la population. Et à raison, vient rappeler le Comité de monitoring, qui ne dit pas autre chose que le Comité d’étude se penchant sur le phénomène. Pour en avoir un aperçu, il suffit d’inspecter les comptes de la Sécu. Un trou de 233 millions en 2019, qui ne cesse de s’agrandir: 1,32 milliard en 2020, puis 9,28 milliards en 2024 – précisons que, pour l’heure, plus aucune dotation d’équilibre n’est assurée à partir de 2021.

Penchons-nous plus avant sur la période 2020-2024. Les prestations à destination des salariés décollent de 9,53 milliards, portées par les indemnités maladie et invalidité (+ 23,9%) et les pensions (+ 22,6%), qui pèsent à elles deux 8,99 milliards. Dans le même temps, la Sécu des indépendants plonge dans le rouge, affichant un déficit de 330 millions en 2024 et soumise à la même tendance, avec des prestations en hausse de 933 millions. Et encore: ces chiffres ne prennent pas en compte la pension des fonctionnaires nommés.

"Il est plus que nécessaire d’avancer dans la formation d’un gouvernement fédéral afin de ne pas hypothéquer les résultats déjà engrangés mais surtout de faire face aux défis qui s’imposent à nous", a réagi la ministre du Budget, Sophie Wilmès (MR). Et dans les rangs gouvernementaux, il se murmure que l’assainissement budgétaire risque d’être un exercice sans fin tant que le dossier du vieillissement et de son coût n’est pas remis sur la table.

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