Le Covid a relégué les investissements au frigo

Google est présent à Saint-Ghislain. ©BELGAIMAGE

Neuf entreprises sur dix envisagent de reporter ou d'annuler leurs projets d'investissements. L’année 2019 avait pourtant été un excellent cru pour les investissements étrangers en Belgique.

En 2019, la Belgique est restée un pays attirant pour les investisseurs étrangers. D’après EY, société de consultance qui récolte les données en la matière, notre pays a accueilli l’an dernier 267 projets d’investissement, ce qui a permis la création de 5.401 emplois. C’est un léger tassement (-4%) par rapport à 2018 qui avait été une année record (+29% par rapport à 2017). La Belgique se maintient ainsi dans le top 5 des pays européens qui attirent le plus d’investissements étrangers derrière la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne et l’Espagne. Les Pays-Bas, notre principal concurrent en la matière, sont sixièmes.

267
projets d'investissement
La Belgique a accueilli l’an dernier 267 projets d’investissement, ce qui a permis la création de 5.401 emplois directs.

Qui plus est, le nombre de nouveaux projets d’investissement n’a jamais été aussi important (197). Or ce sont ces projets-là qui sont les plus prometteurs pour l’avenir, car ils peuvent donner lieu par la suite à des investissements d’expansion. "Ceci montre qu'une base solide a été créée pour la croissance dans les années à venir", souligne Marie-Laure Moreau, associée chez EY Belgique.

La Wallonie, en particulier, se distingue, avec une progression de 33% des investissements étrangers sur son territoire. Même si, en chiffres absolus, la Flandre continue d’attirer la majorité des projets. À noter le nombre d’emplois importants liés à ces investissements: 27 par projet en moyenne en Flandre et en Wallonie. À Bruxelles en revanche, le nombre de projets progresse certes de 25% mais ceux-ci sont très peu intensifs en main-d’œuvre, puisqu’on ne dépasse pas 0,4 emploi par projet en moyenne.

Parmi les investisseurs étrangers qui ont jeté leur dévolu sur la Belgique, les Américains arrivent en tête devant les Français. Quant aux secteurs les plus porteurs, la vente et le marketing arrivent largement en tête avec 105 projets, suivis par l’industrie manufacturière avec 60 projets et la logistique avec 51 projets. Ces trois secteurs pèsent plus de 80% des investissements étrangers réalisés en Belgique l’an dernier.

Contrastes wallons

EY a également interrogé les investisseurs quant à la perception qu’ils ont de notre pays. Là, c’est moins emballant. La Belgique souffre toujours de la réputation d’être une localisation onéreuse, en raison du coût élevé du travail et d’une fiscalité prohibitive. S’y ajoute côté wallon un climat social jugé plus difficile qu’en Flandre et une main-d’œuvre moins portée sur les langues étrangères que le Nord du pays.

Ces réserves n’empêchent toutefois pas les entreprises étrangères d’apprécier le niveau de qualification de la main-d’œuvre, la densité des infrastructures de transport et, dans le cas de la Wallonie, la disponibilité de terrains à prix abordables. Le revers de la médaille, c’est la mobilité perçue comme problématique par les sociétés déjà installées sur notre territoire.

Investissements gelés

Le Covid marquera sans aucun doute un coup d’arrêt brutal à cette dynamique prometteuse. D’après EY, 9 entreprises sur 10 en Europe prévoient de diminuer, reporter ou supprimer leurs projets d’investissement. Dans le détail, 51% s’attendent à une légère diminution, 15% s’attendent à une diminution substantielle et 23% prévoient de reporter complètement les nouveaux projets jusqu'en 2021. Et parmi les projets déjà mis en chantier en 2019, 25% seront retardés et 10% annulés.

Les prochains mois s’annoncent donc difficiles tant au plan sanitaire qu’économique. "Plus que jamais, les pouvoirs publics vont devoir adopter des mesures fortes de soutien aux entreprises s’ils veulent continuer à attirer des investisseurs étrangers", indique Marie-Laure Moreau.

"Les pouvoir publics vont devoir adopter des mesures fortes de soutien aux entreprises s’ils veulent continuer à attirer des investisseurs étrangers."
Marie-Laure Moreau
associée chez EY Belgium

Elle estime qu’avec cette crise, les entreprises vont chercher à diminuer les risques pour leurs chaînes d'approvisionnement en élargissant leurs options logistiques. "L'amélioration des infrastructures de transport va devenir un enjeu de plus en plus important."

Les autorités publiques vont également devoir se pencher sur la stabilité du cadre politique et réglementaire. Cet élément est pointé en deuxième position derrière le coût du travail parmi les facteurs de préoccupation des investisseurs, en particulier pour ceux qui sont déjà présents en Belgique (47%). L’immobilisme politique qui dure depuis un an est (heureusement) beaucoup moins connu des potentiels nouveaux investisseurs (23%).

Enfin, le politique devra se concentrer sur le développement des technologies vertes. Celles-ci sont perçues par les investisseurs comme le premier gisement de croissance dans le futur. Il y a donc une carte importante à jouer si on ne veut pas rater le train de la transition écologique.

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