Le déficit belge dérape plus que prévu

Alors que Koen Geens a été chargé par le Palais d'avancer dans la formation fédérale, le budget se dégrade. Compliquant la situation pour le gouvernement en affaires courantes. ©Photo News

Le déficit budgétaire belge s'élève cette année à plus de 12 milliards d'euros, soit près de 3 milliards de plus qu'en 2019. C'est ce qui peut être déduit du budget économique qui vient d'être publié par le Bureau du plan.

La semaine passée, nous annoncions dans ces pages que le budget belge 2019 enregistrait un déficit de 1,85% du produit intérieur brut (PIB) ou 9 milliards d'euros. Soit deux fois plus que ce que le gouvernement Michel avait estimé lors de l'élaboration du budget fin 2018.

On peut aujourd'hui déduire des nouvelles estimations du Bureau fédéral du Plan (BfP) que le trou s'est accru encore plus que prévu pour cette année. Le déficit atteindra 12,3 milliards d'euros, soit 2,5% du PIB selon nos calculs - un rapport détaillé a été demandé par le ministre du Budget au comité de monitoring jeudi, dans la foulée de la publication des chiffres de l'organisme.

Et ce, alors que l'année dernière, en septembre, les fonctionnaires du comité de monitoring estimaient encore que le déficit atteindrait 10 milliards d'euros en 2020. Entre-temps, plus de 2 milliards se sont donc ajoutés à l'ardoise. 

Surprenant

1,4%
Croissance économique
En comparaison avec ses prévisions de septembre dernier, les perspectives de croissance de l’économie belge pour 2020 du Bureau du plan sont revues à la hausse, de 1,1 % à 1,4 %.

Ce qui est surprenant, car les attentes de croissance économique du Bureau du Plan ont été revues à la hausse. Au lieu d'une croissance économique de 1,1%, le Bureau de la planification évoque désormais une croissance de 1,4% en 2020 - de même qu'une progression, niveau emploi, de 53.000 personnes cette année, tandis que l’inflation fléchirait à 1,1 %. Principalement due à des exportations et une consommation des particuliers qui devraient se renforcer alors que, dans le même temps, les importations devraient afficher un net rebond, Or, normalement, une croissance plus élevée s'accompagne généralement de plus de rentrées, ce qui est positif pour les finances publiques. Mais cela ne semble pas être le cas cette fois.

Une explication de ces perspectives plus noires tient en réalité au résultat moins bon qu'escompté... en 2019. En effet, l'année dernière, les recettes fiscales ont été inférieures de 3,1 milliards d'euros aux prévisions, en partie parce que les revenus du gouvernement Michel provenant des versement anticipés (soit les paiements d'impôts payés à l'avance) des entreprises ont été surestimés sur base des niveaux élevés des années précédentes, influencés alors par un changement régulatoire. Un simple retour de flamme est donc à noter dans le budget 2020, dont les estimations ont été brouillées.

"Ce fonds blouse blanche est totalement irresponsable."
Open Vld et CD&V

Une deuxième explication tient aux fonds supplémentaires qui ont été alloués pour apaiser la colère des blouses blanches. L'année dernière, le PTB a forcé à dégager des moyens pour les infirmières. Le parti a présenté un amendement au budget qui a été soutenu par d'autres partis de l'opposition. Résultat, l'an passé, la facture s'est chiffrée à quelque 67 millions d'euros, passant à 400 millions cette année. "Totalement irresponsable", se sont offusqués les partis flamands du gouvernement Wilmès. Mais étant donné qu'ils ne disposent plus de majorité au Parlement aux côtés du MR, ils n'ont pu enrayer l'initiative de l'extrême-gauche, avec des conséquences aujourd'hui palpables.

"Bonne résistance"

Pour sa part, le ministre du Budget, David Clarinval, a tenu à souligner la "bonne résistance" de l’économie belge, "dans un contexte international de détérioration de la conjoncture économique marqué par une forte incertitude (Brexit, impact du coronavirus, etc.)", qui "n’empêche pas une dégradation naturelle de la situation budgétaire, notamment liée à l’augmentation des charges de pensions en lien avec le vieillissement de la population". Même fort des "réformes structurelles réalisées durant la législature précédente", critiquées jeudi matin encore avec force par le président du PS, Paul Magnette.

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