Le péage pour les particuliers divise les Régions

La Wallonie n’entend pas imposer un péage aux particuliers qui roulent en voiture. ©BELGA

La Wallonie rejette l’idée du ministre flamand Ben Weyts d’imposer un péage aux automobilistes. Bruxelles y est favorable, mais pour son ministre Guy Vanhengel, il doit remplacer la taxe de mise en circulation.

La taxe kilométrique qui entrera en vigueur le 1er avril 2016 pour les poids lourds d’au moins 3,5 tonnes sera-t-elle un jour appliquée aux véhicules des particuliers? L’idée a été émise samedi chez nos confrères du "Tijd" par le ministre flamand de la Mobilité, Ben Weyts (N-VA). Ce dernier estime qu’imposer un péage pour les particuliers participera à une bonne gestion de la mobilité. "Nous trouvons tous normal de payer lorsque nous empruntons les autoroutes françaises et suisses. Pourquoi ne pas introduire le même principe en Flandre, alors que nous sommes un pays de transit par excellence?", a-t-il argumenté.

Impossible en Wallonie

La matière étant désormais régionalisée, le ministre Weyts est dans son bon droit en évoquant une telle option pour la Flandre. Mais s’il avance sur cette voie sans être suivi par les autres Régions, il prend le risque d’instaurer un système à deux vitesses sur les routes belges.

Contactées par nos soins, les autorités wallonnes opposent une fin de non-recevoir à la proposition du ministre flamand. "Il n’est pas dans les intentions du gouvernement wallon d’imposer un péage pour les particuliers. Politiquement, c’est non, d’autant plus que rien de tel n’est prévu dans la Déclaration de politique régionale (DPR)", nous a indiqué la porte-parole du ministre wallon du Budget, Christophe Lacroix (PS). "Par ailleurs, juridiquement, c’est impossible, car il y a un aspect qui est lié à la vie privée des citoyens. Techniquement, cela demandera des investissements importants pour adapter les infrastructures (installation de portiques, etc.)", poursuit-elle.

"C’est non pour une taxe kilométrique comme l’envisage le ministre Ben Weyts, mais je suis preneur d’une mesure susceptible de rapporter des recettes nouvelles pour améliorer nos infrastructures routières", observe Maxime Prévot (cdH), vice-Président wallon et ministre des Travaux publics. Toutefois, il refuse une taxe qui pénalisera les ménages. "Je refuse d’imposer une double peine aux particuliers qui n’ont déjà pas assez de dessertes en matière de transport public et qui sont obligés de prendre leurs voitures. Je préfère une vignette comme en Suisse, mais à condition qu’il y ait une compensation pour les Wallons, l’objectif est de faire contribuer les véhicules étrangers qui empruntent nos routes", dit-il.

Bruxelles est favorable

Elle rappelle qu’actuellement, la taxe kilométrique pour poids lourds devrait concerner environ 20.000 camions de plus de 3,5 tonnes en Wallonie. En décidant de l’imposer aux particuliers, il faudrait compter environ 1,7 million d’automobiles supplémentaires. Les installations prévues pour garantir la perception de la taxe pour poids lourds ne sont pas dimensionnées pour les voitures individuelles.

La Région de Bruxelles-Capitale semble être sur la même voie que la Flandre. En effet, son ministre du Budget, Huy Vanhengel (Open VLD) est favorable à l’instauration d’un péage pour les voitures sur les chaussées bruxelloises. Toutefois, précise-t-il, "il ne faut pas taxer la voiture, mais son utilisation. Et évidemment, la taxe kilométrique devrait remplacer les taxes existantes, c’est-à-dire, la taxe de mise en circulation et la taxe routière annuelle."

Du côté de Viapass, la structure créée par les trois Régions pour piloter la mise en place de la taxe kilométrique pour poids lourds, le son de cloche est mesuré. "Le système est extensible, mais actuellement, il est uniquement dimensionné pour les poids lourds de plus de 3,5 tonnes et pas pour les voitures. Si on veut intégrer les véhicules des particuliers dans le système, il faudra faire des adaptations, mais pour l’instant, ce n’est pas prévu", rétorque Johan Schoups, patron de Viapass. C’est la structure qui a signé le contrat confiant la conception, le financement, l’entretien et le fonctionnement du dispositif de la future taxe kilométrique à Satellic.

Concertation d’abord

Même si la matière est régionalisée, la ministre fédérale de la Mobilité, Jacqueline Galant (MR) invite son homologue flamand à se concerter avec les autres Régions et le Fédéral avant de se lancer dans la concrétisation d’un tel projet. Car, "par manque de concertation et de coopération, les systèmes diffèrent entre les trois régions, ce qui ne fait qu’ajouter aux charges administratives pour nos entreprises", a-t-elle indiqué.

Elle espère donc que les Régions qui envisagent d’imposer un péage pour les voitures personnelles privilégieront la concertation pour éviter de pénaliser les entreprises. "Il en va de l’intérêt à la fois des citoyens et des employeurs de notre pays", dit-elle.

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